Femmes et AVC: un danger sous-estimé

Sharon McCutcheon via Unsplash

Toutes les 20 minutes, une femme meurt d’une maladie du cœur ou d’un AVC au Canada. Parmi les facteurs de risque liés à ce fléau: le fait d’être une femme, tout simplement. Pourquoi? 

Chaque année, 31 000 Canadiennes succombent à des maladies encore trop souvent associées aux hommes. Et selon le Centre canadien de santé cardiaque pour les femmes, celles de moins de 50 ans ayant subi un infarctus présentent 50 % plus de risques de mourir que les hommes. En fait, 42 % des femmes victimes d’une crise cardiaque décèdent durant l’année suivante, comparativement à 24 % chez les hommes. Bref, si les statistiques liées aux maladies du cœur ne n’épargnent personne, elles sont vraiment inquiétantes pour les femmes.

Bien entendu, des facteurs comme les antécédents familiaux, le mode de vie, un surplus de poids, l’hypertension, le diabète ou un haut taux de cholestérol multiplient les risques de maladies du cœur et d’AVC, qu’on soit un homme ou une femme. Mais si on est une femme enceinte, préménopausée ou ménopausée, qu’on fait partie des Premières Nations, qu’on est d’origine asiatique, qu’on a la peau noire ou qu’on a déjà souffert de dépression post-partum, ces risques grimpent à la vitesse grand V. 

Trop peu de recherches

Une telle augmentation des risques est également liée aux fluctuations hormonales et à l’arrêt de production d’œstrogène passé 50 ans. Car cette hormone exerce un effet protecteur contre les maladies du cœur. Il est donc rare qu’une femme souffre d’une de ces pathologies avant que son taux d’œstrogène commence à chuter. L’aspect physiologique entre aussi en ligne de compte: chez les femmes, les maladies du cœur affectent plus souvent les petits vaisseaux sanguins que les grandes artères, comme chez les hommes. Cette caractéristique influence les symptômes, le dépistage et même le traitement des maladies.

Par ailleurs, si les femmes sont plus durement touchées que les hommes, c’est aussi parce que les recherches et les tests cliniques sont majoritairement menés auprès de la population masculine. Résultat: les symptômes propres aux femmes, les traitements et les diagnostics ne sont pas toujours bien évalués, voire pas du tout dans certains cas.

Même les statistiques liées à «l’après-maladie du cœur ou AVC» marquent des différences importantes entre les sexes: moins de la moitié (46 %) des femmes suivent les programmes de réhabilitation, d’où le fait que les femmes sont 60 % moins susceptibles que les hommes de retrouver leur autonomie, qu’elles réalisent moins de gains fonctionnels et accèdent donc à une qualité de vie moins bonne. 

Des signes différents

Les femmes meurent cinq fois plus de maladies du cœur et d’AVC que du cancer du sein. Il importe donc de savoir reconnaître les signes précurseurs de ces pathologies. Le hic, c’est que 78 % des symptômes sont imperceptibles. Étonnamment, 54 % des crises cardiaques chez les femmes passent inaperçues! L’image du sexagénaire en cravate s’agrippant la poitrine, foudroyé par une crise cardiaque, est loin de définir ce qui se passe chez les femmes. Pour elles, ça se manifeste surtout par une fatigue importante, de l’essoufflement, de vagues nausées, une douleur diffuse et difficile à localiser. Il arrive aussi qu’elles ressentent des étourdissements ou qu’elles tombent sans raison apparente. Autant de signes annonciateurs que bien des femmes ne reconnaissent pas, auxquels elles ne portent pas attention ou qu’elles repoussent du revers de la main, se disant qu’il doit s’agir de pas grand-chose. 

Quand ces femmes se présentent chez le médecin, les symptômes qu’elles décrivent ne sont pas toujours aisément identifiables, ce qui ne mène donc pas forcément à une évaluation adéquate. Le mot d’ordre: ne rien laisser au hasard et demander à passer les tests nécessaires pour savoir si un problème guette réellement le cœur, surtout si certains facteurs y prédisposent (âge, mode de vie, hérédité, etc.).

On éprouve une douleur un peu floue, qui disparaît, puis revient et ainsi de suite, même au repos? Il faut alors composer le 911 sans tarder. Même chose si on perçoit ces signes «VITE» de l’AVC: Visage qui s’affaisse, Incapacité de lever les bras facilement, Trouble de la parole (difficulté à prononcer les mots), qui traduisent une Extrême urgence.

Les précautions à prendre

Comme on vit de plus en plus vieux, il est «normal» qu’un jour notre cœur fasse des siennes. Après tout, notre mécanique a ses limites… Mais les maladies du cœur touchent souvent les femmes tôt et représentent pour elles la cause première de décès prématuré. Une femme qui a subi une crise cardiaque court plus de risques d’en mourir ou d’en subir une deuxième qu’un homme. Dès lors, comment se protéger?

On s’informe. Lire sur le sujet, connaître ses antécédents médicaux, apprendre à déceler les symptômes, amorcer la conversation avec son médecin, poser des questions, exprimer ses préoccupations… Selon un sondage récent de la Fondation des maladies du cœur du Canada mené auprès de 2000 femmes, à peine une sur cinq reçoit de l’information sur la santé du cœur de la part de son médecin. 

On surveille son hygiène de vie. En appliquant d’abord les mesures universellement reconnues: ne pas fumer, bouger au moins une trentaine de minutes par jour (même s’il s’agit simplement de marcher) et manger sainement (plus de fruits et de légumes, des grains entiers, des produits laitiers faibles en gras, et moins de viandes rouges, d’aliments transformés et de sucres). On réduit aussi la quantité de sel à 2400 mg par jour, voire à 1500 mg si on a besoin de réduire sa pression artérielle. 

On limite – ou mieux, on élimine – les facteurs de risque. Si personne n’a de prise sur son bagage héréditaire, chacun peut influer sur son taux de cholestérol. On surveille régulièrement sa pression sanguine, on contrôle son diabète, s’il y a lieu, et on prend les médicaments prescrits pour ce type de problème. Si le médecin estime qu’on est vulnérable à une éventuelle crise cardiaque, il prescrira parfois une dose d’aspirine (pour éviter la formation de caillots de sang). Cela dit, en aucun cas on ne devrait prendre de l’aspirine à titre préventif sans avis médical. 

On réduit le stress. Parce que trop de stress nuit à la santé du cœur, et cela affecterait davantage les femmes que les hommes. Selon une étude de l’American Heart Association, le stress psychologique joue un rôle important dans le déclenchement d’ischémie myocardique, soit un flux sanguin trop faible dû à l’obstruction ou au rétrécissement des artères. 

On consulte son médecin chaque année (ou plus souvent, si nécessaire). Ce rendez-vous peut éviter bien des tracas, car le médecin évaluera notre condition générale et les possibles facteurs de risque. Il prescrira aussi des examens plus poussés s’il le juge nécessaire. On peut d’ailleurs demander soi-même de passer ces examens si on a un doute quant à sa santé cardiaque. Certains tests traditionnels – par exemple, celui du tapis roulant – ne sont toutefois pas aussi efficaces chez les femmes, notamment en raison de leur physionomie. La plupart des établissements de santé se sont d’ailleurs adaptés en proposant des tests plus adéquats pour les femmes, comme l’échographie ou des examens en médecine nucléaire.

Faut-il éviter l’hormonothérapie?

Selon certaines études, l’hormonothérapie augmenterait les risques de maladies du cœur et d’AVC. D’autres s’avèrent plus nuancées, voire contradictoires. Cette zone grise découle surtout du fait qu’encore bien peu de recherches de longue haleine ont été menées. La règle à adopter, dans le doute: si les effets de la ménopause ne nous causent pas d’ennuis, on évite d’avoir recours à l’hormonothérapie dans un seul but préventif. Dans le cas contraire, on s’informe et on en discute avec notre médecin. 

Voir rouge

Histoire d’aller au-delà des statistiques ahurissantes, la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC a mis sur pied la campagne #TempsDeVoirRouge, qui informe les femmes et les sensibilise aux risques qui les guettent. Pour en savoir plus, on consulte le site coeuretavc.ca/femmes.

Un grand merci à la Dre Christiane Laberge, spécialiste en médecine familiale, et au Dr Nicolas Noiseux, chirurgien cardiaque, pour leur précieuse collaboration. 


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Commentaires

Pour toutes les femmes

Un article fort instructif à partager avec toutes les femmes de notre entourage.

Je pleure beaucoup trop

Je pleure pour tout et pour rien. J’essaie de ne pas pleurer mais j’ai énormément de difficulté à m’arrêtre. Je n’étais pas comme ça mais mon père oui. Il est décédé d’engine à 77 ans. J’ai 75 ans.