Grandes entrevues Le Bel Âge: Luc Cousineau

Grandes entrevues Le Bel Âge: Luc Cousineau

Martin Laprise

Au milieu des années 1960, on assiste à l’émergence d’une génération de Québécois libres, bien dans leur peau et déterminés à changer le monde pour le meilleur et sans le pire. Le duo musical Les Alexandrins, que Luc Cousineau forme avec Lise Vachon et qui fait partie de cette mouvance joyeuse et psychédélique, se hisse en tête des palmarès. À la même époque que Les Séguin et plusieurs autres groupes qui vont définir l’univers musical de l’heure. La pilule permet aux filles de faire l’amour librement, les communes de hippies se multiplient dans les campagnes. Vêtus de couleurs criardes, les jeunes ont pour eux le poids du nombre: par toute la planète, les baby-boomers règnent sur les arts. C’est le début d’un temps nouveau.

Luc Cousineau reçoit un jour une proposition payante: la maison Canada Dry veut utiliser son succès Hé, les copains! pour une publicité. D’abord insulté que son art serve à vendre un produit, Luc décide, sur les conseils de son père, de pasticher sa propre chanson pour la pub. Succès immédiat! C’est le début d’une carrière parallèle qui permettra au musicien de vivre très confortablement et de financer ses disques d’auteur-compositeur. Certaines de ses chansons publicitaires nous sont restées dans l’oreille: «Il est parti prendre son Bovril»... c’est de lui. De même que des dizaines d’autres.

Cette liberté financière, si rare chez les créateurs, permet à Luc Cousineau d’enregistrer ses compositions à son rythme, sans trop se préoccuper de l’industrie de la musique. Devenu moins présent dans les médias et sur scène, il doit par contre rebâtir son image publique à chaque parution de disque. C’est le côté sombre de la liberté. Le grand succès de sa carrière, Vivre en amour, lui assure cependant une place unique au panthéon de la chanson québécoise.



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