Cher père Noël

La dernière fois – non, l’avant-dernière fois – que je vous ai écrit, je devais avoir sept ou huit ans, peut-être neuf. Si je me souviens bien, je vous avais demandé une petite bague avec ma pierre de naissance. Et comme j’avais peur que vous me trouviez un peu vaniteux– une bague pour un garçon ! –, j’y étais allé d’un deuxième choix : une caméra pour faire du cinéma. J’ai été chanceux, j’ai eu les deux. La caméra, c’était un jouet, bien sûr, une fausse caméra. Rien à l’intérieur, pas de moteur, pas de pellicule. Et pourtant, si vous saviez tous les beaux films que j’ai tournés avec ce bidule !

Après l’année de la caméra, j’ai rangé ma plume. Vous n’avez plus eu de mes nouvelles pendant un long moment. C’est que j’étais devenu une grande personne sage et raisonnable. Et pourtant, je gardais au fond de moi un je ne sais quoi, une sorte de nostalgie de ce temps où j’étais à peine plus haut que trois pommes.

Il m’est souvent arrivé par la suite d’avoir envie de vous écrire encore. Puis, il y a quelques années, j’ai flanché. Je vous ai envoyé une longue lettre. Souvenez vous: j’étais alors rédacteur en chef du magazine Madame qui traversait des heures difficiles et était même menacé de fermeture. Je vous avais demandé dans l’un de mes billets de faire quelque chose, d’intervenir. Ma demande n’a pas été exaucée. Madame a fermé. Je vous en ai voulu un peu. J’ai pensé que ma lettre ne s’était peut-être pas rendue jusqu’à vous. Puis on m’a proposé de diriger Bel Âge. Ça m’a aidé à vous pardonner. J’en suis même venu à me dire qu’à toute chose malheur est bon. 



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