En vacances à Haïti

En vacances à Haïti

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Cap vers le nord et la Citadelle Laferrière

Après un vol de moins d’une heure jusqu’à Cap-Haïtien, au nord, Wismith nous attend au volant de sa Nissan 1977 dont le tableau de bord tient avec de la corde. Wismith a pris soin d’apporter un coussin pour ma mère et je devrai, comme lui, m’accommoder des ressorts. «C’est mon seul oreiller», se défend-il, laissant à Marie l’odieux de mettre ses fesses sur un objet aussi personnel... Conscientes que ce véhicule pourrait nous faire faux bond à tout moment, nous partons à l’aventure avec la certitude que si la Nissan faillit à la tâche, Wismith, lui, ne va jamais se défiler. Deux crevaisons nous donneront raison, et Wismith, comme tous les chauffeurs qui nous ont transportées, s’est avéré parmi les plus grands gentlemen que la terre ait portés. Ce ne sont pas des chauffeurs qui nous ont menées partout en Haïti, ce sont des chevaliers! 

Le lendemain, direction Citadelle Laferrière pour voir cette spectaculaire forteresse de 200 ans construite par des esclaves haïtiens pour refouler d’éventuels agresseurs. Au passage, Wismith, trop fier d’avoir de l’argent (et de l’essence dans le réservoir), ramasse au passage six amis qu’il transporte «gratuitement», dont sa douce qu’il amènera jusqu’à la Citadelle avec nous. 

Une fois les billets achetés au guichet, il faut encore être transportés à huit dans la boîte d’un (autre) camion de fortune, sur une route en lacets le long de laquelle les habitants nous gratifient d’un chaleureux sourire. Marie ressemble à Élisabeth II avec ses salutations de la main droite. Lorsque le camion nous lâche, le plaisir commence. Les femmes s’agglutinent par dizaines pour nous vendre leur pacotille, et on sait combien l’argent qu’elles en tireront leur est nécessaire. Des hommes s’approchent avec leur âne pour terminer la montée de 970 mètres. «Mes enfants, je marche!» annonce Marie en commençant son ascension. Ils la suivent... 

Nous grimpons silencieusement. Marie a à sa suite une bonne douzaine de bergers et autant d’ânes. Ils n’attendent que la fatigue de la Mama pour monter leur prix. Mais la Mama, à 72 ans, s’entraîne au 10-kilomètres et refuse obstinément d’obtempérer. La sueur coule sur le front de tous, et lorsque ma mère fait une pause pour reprendre son souffle, ce sont les espoirs de chacun qui renaissent. Au bout d’une heure de ce petit jeu, elle a finalement raison de nos bergers, et c’est une Marie moite et triomphante qui se présente au sommet. La vue est à couper le souffle. Dans chaque direction, on découvre une île superbement montagneuse. Mais la plus grande surprise réside dans le fait que ce site, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, est presque désert. 



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Commentaires

article «En vacance à Haïti»

Bravo et merci, j'ai fait plusieurs voyages à Haïti (je suis trésorier de la Fondation Haïti Partage) et j'ai vécu les sensations que vous avez décrites à plusieurs reprises. J'ai beaucoup apprécié votre texte imagé et vos descriptions vivantes. Merci