En vacances à Haïti

En vacances à Haïti

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À Ayiti, faut faire comme les Ayitiens

À Pétionville, après une virée de 7 km jusqu’à l’épicerie pour 1 500 gourdes (30$) en transport privé – il aurait dû nous demander 10$, ce cher Limke –, nous apprenons les rudiments du tap-tap à 25 cents la course. Haïti a beau être pauvre, tout ce que consomme le Blanc, l’étranger, est hors de prix. Nous faisons connaissance avec les employés de la maison. Je leur pose des questions sur la Côte des Arcadins, si populaire dans les années 80, sur les plages des Abricots, de Bonbon ou de Port-Salut ou sur le marché d’artisanat de Croix-des-Bouquets, à Noailles. Je me rends vite compte que les connaissances de la plupart de mes vis-à-vis se résument au trajet en tap-tap entre leur habitation et leur lieu de travail. Si belle que soit leur île, ils n’ont jamais eu la chance de la sillonner. 

Notre première destination: l’Île à Vache. «Le bus vers les Cayes part en face du stade Sylvio Castor», a dit la jeune fille au téléphone. Mais la ville est si bondée que même la recherche d’un terminus en face d’un stade s’avère un défi! Trouver l’information juste l’est tout autant. Le premier employé me dit que le bus quittera à 9 h; le deuxième, à 8 h; la troisième, à 9 h 30. Finalement, le bus part dès qu’il est plein… à 8 h 20! Ma mère et moi aboutissons dans deux bus différents. J’ai tous les bagages et je m’en vais aux Cayes… mais elle? Marie, qui est anglophone, et le créole ne font pas très bon ménage… La moitié du bus ne tarde pas à être au courant de ma panique… Plus rapides que moi, deux bons samaritains la récupèrent – une blonde aux yeux bleus est facile à repérer –, et la voilà qui s’avance vers moi, souriante et encadrée de deux colosses. On s’installe pour une “méharée” de quatre heures sur les routes cahoteuses de l’île de Christophe Colomb. 

Je me tourne vers la fenêtre... pour apercevoir un pied nu se balancer à la hauteur de mon visage. C’est celui du bagagiste, installé sur le toit. Sur la route, mes yeux ne sont pas assez grands pour tout voir. Autour des nombreux comptoirs de loterie, le Bar Dieu est grand, le resto Le Poulet de Dieu, ou mieux encore, l’atelier de mécanique La Foi – Auto Parts font sourire. J’ai le coeur qui bat en traversant Petit Goâve, le village natal de Dany Laferrière. Comme une imbécile, je voudrais dire à tous que je le connais. Mais que me répondraient-ils, ces humbles Haïtiens? Qu’ils le connaissent bien mieux que moi, sans doute… Par la fenêtre, je vois que, entre deux studios de beauté dont les affiches semblent tout droit sorties des années 1960, trône Merci Jésus, un salon érotique! 



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Commentaires

article «En vacance à Haïti»

Bravo et merci, j'ai fait plusieurs voyages à Haïti (je suis trésorier de la Fondation Haïti Partage) et j'ai vécu les sensations que vous avez décrites à plusieurs reprises. J'ai beaucoup apprécié votre texte imagé et vos descriptions vivantes. Merci