En vacances à Haïti

En vacances à Haïti

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Être touriste en Haïti

J’ai connu mon premier choc alors que, en ligne pour passer la douane, nous étions au milieu d’ingénieurs, d’architectes et d’autres spécialistes de la reconstruction. Plusieurs avaient l’air de se connaître. «Vous travaillez pour qui?» m’a lancé «l’expat» derrière moi. Trois autres attendaient ma réponse. J’aurais voulu dire que je venais soigner des malades, m’occuper d’orphelins, rebâtir une route, faire oeuvre utile, quoi! À la seule pensée que, dans quelques heures, j’allais habiter un palace sur trois étages pour me reposer me donnait le tournis. Plus tard, j’apprendrai qu’être touriste en Haïti est loin d’être honteux. C’est peut-être même, actuellement, l’une des manières les plus efficaces d’aider ces gens aux prises avec cinq décennies d’une aide humanitaire qui ne vient visiblement pas à bout de redresser le pays. D’ailleurs, je ne compte plus le nombre d’Haïtiens qui nous ont remerciées, ma mère et moi, d’être venues les visiter. 

Mais pour apprécier Haïti, il faut d’abord l’apprivoiser, et ça commence à la réception des bagages. Dans ce pays où trois personnes sur quatre vivent avec moins de deux dollars par jour, tout a une valeur. Les porteurs semblent sortis d’un autre temps, celui où les valises n’avaient pas de roulettes… Ils sont une dizaine autour de moi, mais on dirait qu’ils sont 100. Je garde un oeil sur les valises et l’autre sur ma mère. Parmi nos bagages, il y a deux grosses valises de vêtements à donner. On doit ensuite affronter la chaleur, puis la marée humaine à l’extérieur. Je dois foncer, en ayant toujours ma mère à l’oeil – ce n’est pas le moment de se perdre – , tout en étant sourde aux bouches qui proposent, aux mains qui quémandent… jusqu’à ce qu’on puisse s’engouffrer dans une voiture. Mais celle que nous attendions n’y est pas. L’agence de voyages «Jacquie» a oublié d’envoyer le chauffeur promis. Ma mère tient tête à tous ceux qui veulent nous faire monter dans leur véhicule, et elle leur raconte, pour meubler le temps, qu’un ami viendra la chercher. Si les Haïtiens sont tenaces, que dire de ma mère, l’Irlandaise! Lorsque notre chauffeur arrive enfin, au bout de deux heures d’attente, Marie et moi l’accueillons comme s’il était un héros. Les autres, résignés, le regardent partir avec les trophées convoités… 



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Commentaires

article «En vacance à Haïti»

Bravo et merci, j'ai fait plusieurs voyages à Haïti (je suis trésorier de la Fondation Haïti Partage) et j'ai vécu les sensations que vous avez décrites à plusieurs reprises. J'ai beaucoup apprécié votre texte imagé et vos descriptions vivantes. Merci