Chronique 7: Le Nicaragua

la cathédrale de Grenada

Il nous présente une face riche, celle des paradis côtiers de l’Ouest, soit le Pacifique, en grande partie développé par les intérêts étrangers, et une autre pauvre, soit celle de sa population qui survit dans des conditions difficiles. Traverser la frontière qui sépare le Costa Rica du Nicaragua à Las Peñas tient de la folie et exige une dose peu commune de patience. Étant donné des niveaux de vie très dissemblables, des centaines de travailleurs nicaraguayens traversent régulièrement la frontière afin d’aller chercher de quoi subsister dans le pays voisin.

La géographie particulière du Nicaragua nous offre en son centre un immense lac, nommé simplement Nicaragua, au nord-ouest duquel se situe la ville de Granada, seule ville coloniale restaurée du pays. Pour quelques jours, nous installons nos pénates dans un parc national bordant cette vaste étendue d’eau douce qui fait la joie de tous les habitants de la région. C’est d’ailleurs à cet endroit que l’on a tenté de tracer le premier canal transocéanique, mais c’est Panama qui a remporté la palme. Il faut voir arriver les vacanciers du dimanche, hamac et panier à provisions sous le bras, se lancer dans l’eau, complètement habillés, car ici le costume de bain ne semble pas être porté… Pendant que les Nicaraguayens font la trempette ou frissonnent dans leur jean mouillé, nous découvrons Granada. Cette ville est tout simplement magnifique et riche d’une histoire peu commune et pas toujours joyeuse. À quatre reprises, les habitants ont dû reconstruire leurs maisons, leurs édifices et leurs commerces, s’acharnant à faire revivre les vieilles pierres jetées par terre. L’épisode la plus pathétique est celle concernant William Walker, un flibustier américain qui occupa la ville durant deux ans et au moment où il fut sommé de la rendre, il y mit le feu, ne laissant qu’un bout de planche sur lequel était inscrit : «Ici était la ville de Granada».

Mais il n’y a pas que Granada qui a subi les mauvais coups du sort. Nous nous dirigions vers l’ancienne capitale du Nicaragua, León, quand nous décidons d’arrêter sur le bord de la route. Ce ne fut pas l’idée du siècle! Pow! Pff! Une crevaison au milieu de nulle part. Rapidement, nous devenons actifs et inventifs en sortant chandail rouge, manche à balai planté dans un garafon d’eau afin d’indiquer notre mauvaise position. Il faut dire, que par deux fois quelques heures avant, nous avions eu un sermon policier nous obligeant à posséder des triangulos, articles de loi à l’appui. C’est bien maintenant que nous aurions besoin de ces fameux triangles orangés. La situation est précaire, car nous sommes à l’étroit sur le bas côté de la route et il est impossible, avec un seul cric, de soulever suffisamment le camion pour changer le pneu complètement éventré. Heureusement, l’Église baptiste a mis sur notre route un pasteur mécano qui en moins de deux a soulevé le camion à l’aide de deux crics, le temps que Raymond déboulonnait la roue de secours.



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