Chronique 3: Le Guatemala

Dès notre départ, nous avions privilégié la formule suivante: se rendre rapidement jusqu’au canal de Panama et visiter en revenant, ce qui nous permettrait de mieux gérer notre temps, pensions-nous. Le fait d’entrer dans un pays, signifie quitter l’autre en règle, mais avant de s’attaquer à l’administration guatémaltèque, il faut passer à travers Cuauthemoc qui tient son marché hebdomadaire. La rue principale menant à la frontière est complètement bloquée. Qu’à cela ne tienne, un policier nous indique une rue secondaire qui nous apparaît plus étroite. Visiblement le camion est trop gros, mais avons-nous le choix? Nous voici donc dans une rue en terre, en très mauvais état qui, elle aussi, compte son lot d’étals. Cahin-caha, avancées et reculs, nous finissons par tourner un coin de rue, quand soudain un cri… Le toit de la caravane vient d’arracher la toile qui servait d’abri à un comptoir. Après de plates excuses et un petit exercice de reculons, nous avançons lentement et chaque boutiquier lève à l’aide d’une perche ce qui lui sert de couverture. Bon, nous laissons derrière nous les chiffons. Nous sortons sans autre problème du Mexique. En ce qui concerne le passage des personnes, le Mexique et le Guatemala ne sont pas tatillons, mais lorsqu’il s’agit de traverser le camion, le nombre de feuilles à remplir et de tampons exigés augmente.

Nous attaquons donc la frontière du Guatemala par La Mesilla. Une horde de tramitadores, agents qui facilitent le passage aux douanes moyennant une rémunération volontaire, et de changeurs de monnaie nous assaille. Ils s’accrochent même au camion et on a beau multiplier les muchas gracias, ils en remettent. Nous promenant d’un édifice à l’autre, nous réussissons à obtenir les papiers voulus, et ce, en moins de trente minutes, mais des plus intenses ce qui est tout de même mieux que lors de notre dernier passage il y a deux ans. Négocier la monnaie du pays avec un requin qui vous brandit une liasse de billets sous le nez n’est pas des plus faciles. Avec une bonne calculatrice, la connaissance du taux de change et une voix ferme, on arrive à des miracles, ou presque.

Le Guatemala est un pays dont la population est à 80% indienne. Dire qu’ils sont pauvres est une pâle vérité. Les gens vivent dans des cabanes accrochées dans les montagnes, en fait un assemblage de planches et de tôle d’où émane un feu de bois, et des enfants crottés qui se tiraillent. Les femmes portent toujours le costume du pays et s’échinent devant une montagne d’épis de maïs à éplucher qu’elles mettront ensuite sur le toit de tôle pour les faire sécher. Les cultures de subsistance se pratiquent à même les flancs des montagnes.



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