Chronique 10: Semaine sainte au Mexique

Pour une autre fois, nos yeux de Québécois ont constaté la différence de nos cultures. Alors qu’au Québec tout le monde gèle, le Mexique vit l’exode vers ses plages ensoleillées. La Semana santa représente une période de vacances pour beaucoup de Mexicains, sauf encore une fois pour les petits marchands qui survivent avec quelques sous. Ils n'ont d'autre possibilité que quelques heures de repos, car ces gommes à mâcher et suçons, il faut bien les vendre si on veut manger. Les premiers à donner le ton sont les étudiants qui durant deux semaines complètes font relâche; puis, suivent les autres qui prennent la vie du bon côté et qui ramassent tente, poteaux et glacière pour se rendre sur les côtes du Pacifique ou du golfe du Mexique. Une destination comme la Costa Esmeralda sur le golfe, aujourd’hui boudée par les étrangers, fait tout juste l’affaire pour le Mexicain moyen qui se fout bien que le ciel soit plus gris qu’ailleurs. Il veut juste se baigner et s’amuser. Et il y a l’autre qui envahit les musées, les églises et le centre-ville à la recherche d’un bon café ou d’une aubaine artisanale.

Tout ce remue-ménage et ce brasse-camarade donnent un drôle de résultat. Les autobus sont vides, le secteur des écoles est devenu muet, les rues des quartiers désertés. Même les oiseaux sentant le bruit et le mouvement moins préoccupants reprennent leurs droits. On dirait que la ville dort. Mais attention! Il ne faudrait pas s’y méprendre. Il suffit de prendre un de ces bus et de se rendre près d’une maison du Seigneur. Ici, on affiche complet. Le nombre d’offices religieux offerts a de quoi vous renverser. Toutes les églises sont ouvertes et c’est le temps de visiter celles qui vous fermaient toujours la porte au nez. Si la piété devait se calculer à l’échelle Richter, nous sommes certains que nous aurions un tremblor de tierra formidable.

La ferveur chrétienne atteint son apogée le Vendredi saint. Au programme entre autres, une procession silencieuse. Le parcours est délimité, gardé et sécurisé. Les trottoirs sont envahis par une foule bigarrée parmi laquelle des femmes vêtues de noir, portant sur la tête une mantille de même couleur. On a soif, va, le café du coin profite de la manne. Un chuchotement traduit les conversations parfois animées des uns et des autres. Puis la parade s’ébranle. À tout seigneur tout honneur, les indigènes, pieds nus, ouvrent la marche. Ils tiennent dans leurs mains une faible lumière et ils avancent au rythme d’une petite flûte qui émet une note régulière. Suivent alors une vingtaine d’hommes revêtus d’une bure et portant une croix de bois. Mais au lieu d’être fouettés, quelqu’un veille à leur confort et au redressement de leur trajectoire. Puis apparaissent les Christ de plâtre dans des positions tout aussi souffrantes les unes que les autres et où le sang n’a pas été ménagé. Chaque église a sorti son Christ de la passion. Chacun est fièrement porté par des hommes cagoulés. Puis les saintes femmes, tout habillées de noir, coltinent sur leurs épaules une Madone en pleurs et en douleur.



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