Chronique 1: C'est un départ!

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«Ah, les voyages! dirait Ulysse. Rien de plus merveilleux, mais encore faut-il partir. Cette année, notre départ est retardé, et pour cause, nous serons grands-parents pour la seconde fois. Jusqu’à présent, l’automne nous avait gâtés et attendait sournoisement que nous trouvions un abri au chaud pour se manifester dans toute sa froideur. Psychologiquement et physiquement, nous ne sommes pas prêts à affronter la neige. Eh oui! La manne blanche a fini par arriver et nous avons subi son agression, car lorsqu’on se promène avec un manteau léger et des souliers de course dans la gadoue, on peut parler d’agression. Nous ne pouvons lui répondre que par de grands frissons, un foulard enroulé autour du cou et les mains rivées dans les poches.

Finalement, la récompense arrive et mademoiselle Marion se présente le bout du nez. Tout d’un coup, la froidure est oubliée et fait place à la joie d’accueillir cette jolie brunette dans notre famille.

Le matin du 24 novembre, nous partons donc pour le canal de Panama avec un mercure qui oscille aux alentours de –6 °C. Nous avons une très longue route à parcourir, près de 10000 km. Durant la première journée, nous en gobons plus de 800 après le premier arrêt à la frontière américaine, au poste des Mille-Îles. Le douanier qui, depuis plus d’un mois, voit passer des snowbirds se montre compréhensif pour les retardataires que nous sommes. Dès la Pennsylvanie, nous disons adieu à la neige. Les bordures d’autoroutes reverdissent et le mercure remonte lentement, mais pas assez rapidement pour coucher dans notre caravane portée, alors nous nous rabattons sur un motel; un repos au chaud est bien mérité.

Au moment de repartir, notre vieux Dodge 93 nous fait une surprise. Nous le savions frileux, mais tout de même, à –4 °C, il n’y a pas de quoi faire le difficile. Dès que l’on tourne la clé de contact, il émet des tut, tut, tut, qui ne laissent présager rien de bon. Décidément, il a mal choisi sa journée pour faire des siennes. En fait, y a-t-il de bonnes journées pour refuser de voyager? Ne reste qu’une solution: la dépanneuse! Mais avant de s’y résoudre, Raymond décide de lui demander un dernier effort. C’est à ce moment bénit des dieux, qu’il se rappelle avoir mis l’antidémarreur. Ça y est, le camion ronronne comme un gros matou. Nous tirons vite la conclusion qui s’impose: il faut reprendre nos réflexes de voyageurs et réveiller notre sixième sens. Nous redécouvrons la Pennsylvanie et ses fermes toutes proprettes, ses clôtures blanches qui délimitent les propriétés et les animaux qui broutent encore dans les champs. La Virginie n’est pas moins belle que sa voisine. On y voit quantité de chênes encore habillés de leur brun automnal et qui défient les mélèzes devenus ocres. Nous enfilons les États du Tennessee, tout en collines et cèdres, l’Alabama et ses forêts de pins, le Mississippi et son célèbre fleuve et la Louisiane, cette cousine oubliée au milieu des bayous.



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