Psycho

Oui, j’ose dire non!

On se fait encore prendre à consentir, alors que notre petite voix intérieure nous souffle de refuser? Nos conseils et astuces pour ne plus dire oui quand le cœur n’y est pas.

Oui, j’ose dire non!

iStock Photo

Malgré notre grand vécu, il arrive qu’on se sente incapable d’opposer un refus, même si on n’a guère envie d’accepter. Pourquoi ne pas dire tout simplement non? Ça dépend de la situation et des acteurs en jeu, répond Stéfanie Rinfret, psychologue, et notamment de certaines croyances profondes que nous portons: «La peur du conflit, d’être seul, abandonné, de s’affirmer ou de blesser l’autre est parfois très ancrée en nous. La quête d’approbation, le sentiment de culpabilité, le manque d’estime de soi ou de confiance en nos propres valeurs peuvent aussi y être reliés.» Pour Line Bolduc, conférencière et formatrice, le besoin d’être aimé nous pousse souvent à tout accepter sans broncher ou presque. «Lorsque je demande à mes auditeurs s’ils sont capables de dire non, 80 % me répondent… non. Le souci de ne pas compromettre la relation avec un proche fait en sorte qu’on éprouve de la difficulté à prendre notre place.»

Refuser, c’est positif

À la longue, tous ces assentiments accordés en hésitant ou à son corps défendant finissent par nous user. «On s’oublie soi-même, par exemple en effectuant une tâche supplémentaire dont un autre aurait pu se charger, ce qui pourrait nous irriter ou nous priver sur le moment, explique Mme Rinfret. On peut dépasser nos limites, par exemple physiques, financières ou même morales. Dans les cas extrêmes, il peut même s’agir d’une forme d’abus.» Alors qu’au contraire, dire non, c’est se dire oui, affirme Mme Bolduc: «En osant respecter nos limites et nos besoins, on se défait d’un stress énorme, ce qui a pour effet de favoriser notre mieux-être global.» 

C’est affirmatif: on gagne donc à dire non! Voici des situations-clés et leurs solutions, pour mieux maîtriser les tactiques anti-oui.

1 Face à des corvées 

Je dis non à ceux qui ont le don de nous confier des tâches chronophages. Josée, par exemple, ne veut plus recevoir des dizaines de gens chez elle. Mais comment l’annoncer aux siens? «Une bonne façon d’amorcer la discussion est de faire part de notre malaise, confie Line Bolduc. Des paroles comme «J’ai peur de vous déplaire ou de vous faire de la peine, mais j’ai besoin de vous en parler» aident à diminuer la résistance de nos interlocuteurs, au lieu de faire naître un conflit. En donnant nos raisons de décliner – un cours auquel on s’est inscrit, une activité bénévole qui nous tient à cœur –, on dédramatise la situation et on leur fait comprendre que ce n’est pas à eux qu’on dit non, mais à la situation.» Ainsi, la formule location de salle et repas-partage proposée par Josée a reçu un oui unanime.

Un patron tyrannique peut aussi surcharger son équipe sans qu’elle ait le courage de s’opposer à lui. Dans ce cas, si on veut éviter le burn-out, mieux vaut prendre le temps de peser le pour et le contre: «On gagne à vérifier le réalisme de notre situation, commente Stéfanie Rinfret. Risque-t-on vraiment de se faire monter la porte si on refuse de prendre une corvée de plus? Veut-on continuer à travailler à cet endroit dans ces conditions? Il s’agit alors d’oser décider de ce qui nous convient.» Se convaincre de sa propre valeur, qui est égale à celle de son oppresseur, peut aussi aider à se forger une armure: «Comme cette dame qui a choisi de voir le meilleur en elle et de tirer une leçon devant un directeur contrôlant, raconte Line Bolduc. Au contact de celui-ci, elle a appris à se respecter davantage et à mieux exprimer ses besoins.» 

L’astuce anti-oui Avant de pouvoir pleinement s’affirmer dans le refus, un peu d’introspection serait utile. «C’est la base», nous assure Mme Bolduc, qui ajoute que, pour doubler nos chances d’aller au fond des choses et en ressortir avec des solutions gagnantes, on n’y va pas comme s’il s’agissait d’une corvée, mais plutôt d’une activité agréable. «Prendre plaisir à se découvrir, ça rehausse l’assurance et l’estime de soi.»

2 Face à des pros

Je dis non à des travaux de rénovation mal effectués par un entrepreneur ou au discours insistant d’un vendeur qui veut nous faire souscrire une assurance inutile. «Comme cette personne est payée pour ce travail, il n’est pas question ici d’imposition ou d’attaque personnelle, observe Mme Bolduc. En disant poliment non merci, avec détachement et fermeté, on signifie clairement que cela ne convient pas à nos besoins.»

L’astuce anti-oui Pas facile de rester sur sa position face à un homme de métier qui en impose? «Les gens timides ou introvertis devraient saisir toutes les occasions qui les feront sortir de leur zone de confort, comme demander l’heure à un passant sur la rue, recommande la formatrice. La peur de l’inconnu nous empêche souvent de prendre notre place. Mais en s’y habituant, on apprend à se respecter et à faire respecter nos besoins. Le non devient alors plus naturel et plus ferme.»

3 Face à nos enfants

Je dis non à mes rejetons. Pour opposer un refus à l’enfant adulte qui nous demande de l’argent, par exemple, il est nécessaire d’abord de se libérer des liens de dépendance affective vis-à-vis de lui. «En lui disant oui, on ouvre la porte à la manipulation et au siphonnage de notre énergie, met en garde Mme Bolduc. Et il ne nous en aimera pas davantage.» Plus facile à dire qu’à faire? «En effet, la situation est délicate, et l’enfant ne possède pas forcément les outils pour se tirer d’affaire tout seul, ajoute la conférencière. Mais en lui opposant un refus, on l’incite à se prendre en main et à se regarder en face. Il nous vouera peut-être une haine profonde pendant quelque temps, mais il finira par admettre que c’est le plus beau service qu’on pouvait lui rendre.» 

L’astuce anti-oui Être une bonne personne, un bon parent, c’est aussi d’être capable de se choisir. «J’ai cinq petits-enfants sur qui j’adore veiller quand l’occasion se présente, mais, si j’ai prévu une sortie avec mon amoureux ce soir-là, je refuse, témoigne Line Bolduc. Mes enfants le comprennent et sont même contents de voir que je me respecte.»

4 Face à nos parents

Je dis non à ma mère ou mon père quand, par exemple, l’un ou l’autre s’obstine à conduire même si c’est devenu risqué en raison de sa vue faiblissante ou à vivre à la maison malgré une maladie handicapante. «Il ne s’agit pas de culpabiliser un parent récalcitrant ou de lui imposer notre volonté, mais plutôt de lui exprimer notre point de vue et nos inquiétudes, nuance Stéfanie Rinfret. On lui fait comprendre que ses habiletés ne sont pas les mêmes qu’avant. En cas de conflit, les deux parties peuvent réfléchir à la situation, prendre un peu de recul et faire leur bout de chemin pour arriver à un compromis, dans le respect des besoins et des limites de chacun.» 

L’astuce anti-oui Dans le cas d’un parent envahissant, critiqueur ou qui nous fait du chantage affectif, tout comme dans celui d’un enfant ou d’un ami parasite, on gagne à fixer nos limites, assure Line Bolduc. «Cela nous permet d’acquérir une stabilité intérieure qui favorise notre épanouissement. Et parfois celui des autres.» 

5 Face aux critiques

Je dis non aux remarques qui font se sentir tout petit, voire à la violence psychologique. «La première chose à faire est de reconnaître que ça nous dérange, que ça atteint notre intégrité et notre estime de soi, conseille Stéfanie Rinfret. On s’affirme ensuite en manifestant notre désaccord et en fixant nos limites, sans agressivité ni accusation. On peut partir de soi en disant, par exemple: "Ça me fait du mal quand tu me dis ça. Pourrais-tu arrêter, s’il te plaît?" On peut carrément refuser de vivre une situation plus grave, et même choisir de s’éloigner. La formule n’est pas la même pour toutes les situations. À nous de choisir celle qui convient.»

L’astuce anti-oui «Quand on ne parvient pas à se faire respecter, on peut chercher une aide extérieure, comme en consultant un thérapeute ou en se joignant à un groupe d’entraide, ajoute la psychologue. Et si on veut arrêter de se conformer à la volonté des autres, Line Bolduc suggère aussi l’exercice suivant: en pensant à quelque chose qu’on aimerait refuser, on s’entraîne à dire non à voix haute, avec le sourire, voire en chantonnant. «De cette façon, on prend plaisir à prendre notre place. Et si on se sent à l’aise de le dire, l’autre le recevra sans se sentir offensé.» 

Pour plus d’info: S’affirmer et communiquer, par Madeleine Beaudry et Jean-Marie Boisvert, aux Éditions de l’Homme, et 7 clefs pour oser dire Non et vous affirmer, sur linebolduc.com.

Partagez votre opinion

Réagissez à cet article

Oui, j’ose dire non!

Laissez ce champ vide, il est là pour prévenir contre les soumissions automatisées en spam.

Voir les politique de commentaires