Tout sur les REER

Au moment où nous écrivons ces lignes, les marchés financiers ont les nerfs à vif. En effet, la reprise économique mondiale est beaucoup plus faible que prévu, la dette des États-Unis suscite de fortes inquiétudes, et la situation budgétaire de plusieurs pays européens tracasse les grands investisseurs. Ces sentiments négatifs se répercutent sur les Bourses de tous les continents. Clairement, la tendance des cours est à la baisse.

La vraie nature des REER

Le but d’un REER est de financer une retraite. Plus celle-ci approche, plus on doit être prudent avec son argent. La protection du capital étant l’une des règles cardinales en planification de la retraite, soyez donc vigilant avec les fonds de croissance «dynamiques» ou «spécialisés», et les actions. Certes, il serait tentant de profiter de la faiblesse des cours pour entrer dans le marché, mais il faut savoir s’y prendre.

 Vous voulez jouer à la Bourse? Très bien, mais faites-le à partir d’un compte hors REER. Si vous subissez des pertes, vous pourrez peut-être les déduire dans votre déclaration de revenus. Au contraire, une perte subie dans un REER est une perte sèche.

 La puissance des REER tient dans deux caractéristiques: l’accumulation des intérêts à l’abri de l’impôt et la possibilité de réduire son revenu imposable. Les gouvernements consentent des avantages fiscaux afin que vous puissiez bâtir un capital-retraite. Il serait bête de les sacrifier sur l’autel de la spéculation.

Examinons deux types d’instruments financiers qu’on trouve souvent dans les REER.


Les produits garantis

On pense ici aux obligations d’épargne du Canada et du Québec, et aux certificats de placement garanti (CPG). Depuis quelques années, leur rendement a été anémique en raison de la faiblesse des taux d’intérêt. Y a-t-il de l’espoir pour les mois à venir? L’été dernier, le gouverneur de la Banque du Canada a déclaré que les taux d’intérêt allaient finir par monter, mais il n’a pas précisé à quel moment. L’augmentation des taux d’intérêt est habituellement une bonne nouvelle pour les épargnants, car elle leur permet de renouveler leurs obligations d’épargne et leurs CPG à de meilleurs taux. Afin de tirer le meilleur parti des CPG, il est recommandé d’échelonner l’échéance des placements de manière à profiter de chaque hausse.

 Par exemple, si vous avez 5 000$ à réinvestir, vous pouvez placer:

• 2000$ dans des CPG de 1 an (environ 1,5%);

• 1500$ dans des CPG de 2 ans (environ 1,9%);

• 1 500$ dans des CPG de 3 ans (environ 2,5%).

 Évidemment, ce n’est pas le Pérou, mais cette méthode procure une marge de manœuvre. En effet, au cours de chacune des trois prochaines années, vous aurez un CPG qui viendra à échéance et que vous pourrez renouveler à un taux supérieur.

Les fonds communs d’obligations

En théorie, des taux d’intérêt à la hausse nuisent à la performance de ces fonds. Pourquoi? Parce que leur rendement fluctue à l’inverse de celui des taux: si ces derniers montent, le rendement des fonds baisse, et vice versa. Mais cette vérité n’est pas universelle.

 Depuis un an, la valeur des fonds d’obligations canadiennes a augmenté significativement, jusqu’à 4% dans certains cas. Pourtant, les taux d’intérêt sont demeurés stables. Bizarre, non? «C’est une question d’offre et de demande. Tout le monde craignait une augmentation des taux, mais il ne s’est rien passé», explique Michel Marcoux, président du cabinet Avantages Services Financiers.

 De fait, oui, il s’est passé quelque chose. Les difficultés monétaires dans la zone euro et la stagnation économique aux États-Unis ont poussé les investisseurs, petits et grands, à trouver refuge dans des valeurs en béton comme le dollar canadien et les obligations fédérales et provinciales. De janvier à juin 2011, par exemple, les investisseurs étrangers ont acheté pour 23,6 milliards de dollars d’obligations libellées en dollars canadiens. Une telle demande ne peut que faire grimper le prix des titres.

 Puisque les cours ont beaucoup progressé, est-ce dangereux d’investir aujourd’hui dans les fonds d’obligations? M. Marcoux préfère ne pas analyser le problème sous cet angle. «L’important est d’avoir un plan d’investissement personnel pour commencer. Quand les éléments de ce plan sont définis, vous entrez ensuite graduellement dans le marché, que ce soit avec des fonds d’actions ou d’obligations», indique-t-il. L’erreur à éviter est de prendre position d’un seul coup, car si les cours reculent de 5% du jour au lendemain, la perte sera douloureuse. En investissant à intervalles réguliers, vous répartissez le risque.

Attention aux prêts REER

De nombreux travailleurs arrivent dans la cinquantaine sans régime de retraite d’employeur et avec un petit REER. Sentant l’échéance de la retraite arriver rapidement, ils contractent un prêt REER à leur institution financière afin de rattraper le temps perdu. Est-ce une bonne idée? Oui, mais seulement si deux conditions sont réunies.

1. Avoir déjà de l’argent pour cotiser.

2. Pouvoir éliminer entièrement la dette avec le remboursement d’impôt. En effet, si vous empruntez la totalité de la somme à cotiser, le remboursement d’impôt ne vous permettra probablement pas d’effacer la dette d’un coup. Pour y parvenir, vous devez avoir au préalable de l’argent pour cotiser, à défaut de quoi vous vous retrouverez avec un paiement – un autre! – à faire chaque mois. Daniel Laverdière recommande la prudence avec les prêts REER. «Admettons que vos droits de cotisation inutilisés sont de 30000$. Si un prêt REER établi à cette somme se traduit par des mensualités de 500$ par mois, par exemple, pourquoi ne pas simplement faire des cotisations REER de 500$ par mois et laisser faire l’emprunt?», suggère cet expert-conseil auprès de Banque Nationale Gestion privée 1859. C’est que le recours à l’endettement peut se révéler insidieux.

 • En cas de perte d’emploi ou de difficulté budgétaire, vous pourriez être pris de court avec vos remboursements. «Si vous êtes obligé de sortir de l’argent de votre REER pour respecter vos obligations, vous ne serez pas plus avancé », dit M. Laverdière.

 • Si vous investissez d’un seul coup les 30000$, vous subirez des pertes plus lourdes en cas de recul des marchés financiers. Le contraire est aussi vrai (vous pourriez faire un coup d’argent), mais, en matière de dettes, il importe de considérer le scénario du pire. Bien sûr, vous pouvez placer ces 30000$ dans des produits garantis, mais alors les rendements que vous obtiendrez risquent d’être plus bas que vos coûts d’emprunt. Dans ces circonstances, il sera difficile, voire impossible, de rentabiliser cette opération. Quant au remboursement d’impôt résultant de cette forte cotisation, il pourrait être décevant si votre taux d’imposition ne se situe pas au maximum de l’échelle. «Les personnes qui tiennent absolument à emprunter pour cotiser à leur REER devraient y aller graduellement», conseille le spécialiste. Par exemple, commencer avec un prêt de  6000$ et voir comment cela se gère durant un an. Si les résultats sont positifs, elles peuvent relancer le processus l’année suivante, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous leurs droits de cotisation soient honorés.



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