Placements: Détectez les fraudes!

Placements: Détectez les fraudes!

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Earl Jones, Vincent Lacroix, Carole Morinville… trois noms souvent apparus dans les médias et surtout trois fraudeurs notoires qui ont mis à rude épreuve notre confiance dans les placements! Depuis ces affaires, les campagnes de sensibilisation se sont succédé. L’Autorité des marchés financiers (AMF), qui veille à la protection des investisseurs, propose même un guide pour mieux détecter les fraudes. Selon Cathy Beauséjour, porte-parole de l’AMF, l’éducation financière demeure le premier rempart de protection contre les malversations. Adopter certains réflexes comme celui de communiquer avec le régulateur en cas de doute sur une offre de produit et service financier, c’est déjà un bon moyen de se protéger.

1 Ce conseiller est-il autorisé?

«Chaque année, plusieurs procédures judiciaires visent des individus qui ne sont pas inscrits auprès de l’AMF et ont offert des produits financiers souvent non autorisés aux consommateurs», souligne Cathy Beauséjour. C’était le cas du pseudo-conseiller financier Earl Jones, qui avait mis en place une chaîne de Ponzi (voir notre encadré) lui permettant de voler sur plus de 20 ans quelque trente millions de dollars à plus d’une centaine de petits épargnants. Beaucoup d’investisseurs ignorent d’ailleurs que le terme «conseiller financier» n’est pas un titre professionnel. Il ne figure pas au registre de l’AMF. Certains spécialistes peuvent détenir plusieurs permis sans être nécessairement autorisés à vendre tous les produits financiers. Par exemple, un représentant de courtier spécialisé uniquement en épargne collective ne pourra pas proposer les mêmes produits que celui spécialisé en valeurs mobilières. Certains planificateurs financiers ne possèdent même aucun autre permis et n’ont pas le droit d’offrir de produits, leur expertise se limitant à donner des conseils.

On vérifie donc si celui qui nous propose un placement ou un produit d’assurance, ou l’entreprise pour laquelle il travaille, sont autorisés à le faire en contactant le Centre d’information de l’Autorité des marchés financiers (1 877 525-0337). Il est également possible de consulter en ligne (lautorite.qc.ca) le registre des entreprises et des individus autorisés à exercer. Mieux vaut en effet se renseigner, car, en achetant un produit financier d’une personne ou d’une entreprise non autorisée à le vendre, on limite malheureusement nos recours en cas de pépin. Il existe un fonds d’indemnisation permettant à certaines victimes de fraude, de détournement de fonds ou d’opérations malhonnêtes de réclamer jusqu’à concurrence de 200 000 $, mais les conditions d’admissibilité sont strictes: si un représentant inscrit nous propose un produit qu’il n’est pas autorisé à vendre et que les choses tournent mal, on n’aura pas droit à ce fonds d’aide.

2 En quoi consiste le produit proposé?

L’AMF rappelle que c’est la responsabilité de l’investisseur de bien comprendre le produit financier avant de l’acheter. Pour ce faire, on doit avoir en main plusieurs documents d’information. Voici les points importants à surveiller.

-> Pour un investissement:

·       De quel type de placement s’agit-il (action, obligation, fonds, etc.)?

·       Quels sont les risques liés à ce produit?

·       Est-il possible d’accéder à son argent au besoin et à quelles conditions?

·       Quels sont les frais associés au placement?

·       Dans le cas d’un fonds commun de placement, on demande à recevoir l’«aperçu du fonds», un court document expliquant en langage simple la composition du fonds, le niveau de risque (avec une échelle de faible à élevé) et les différents frais.

-> Pour un produit d’assurance:

·       Quelles sont les garanties offertes?

·       Quel est le coût de cette assurance?

·       Quelles sont les exclusions?

3 Qu’est-ce qui est garanti?

Quand c’est trop beau pour être vrai, on se méfie... Un placement qui procure des rendements mensuels de 10 % et plus sans prise de risque, cela n’existe pas! On compare donc le rendement promis avec ce qui est offert dans le marché pour un risque semblable. Et si le placement est garanti, il doit l’être par une banque, par exemple. La Société d’assurance-dépôts du Canada (SADC) protège les dépôts effectués auprès d’une institution financière membre jusqu’à concurrence de 100 000 $ par institution. Cela inclut notamment les certificats de placement garantis (CPG), les dépôts à terme et les comptes d’épargne et de chèques. On s’informe aussi sur ce qui est garanti exactement: le rendement, le capital investi ou les deux? Des frais sont-ils liés à cette garantie, et quelles sont les conditions pour en profiter? Il faut parfois conserver ses placements plusieurs années afin d’y avoir droit.

4 De quelles phrases se méfier?

Les fraudeurs ont plus d’un tour dans leur sac pour nous convaincre d’investir avec eux, souligne l’AMF. Voici quelques-unes de leurs phrases fétiches:

·       J’ai une source fiable, la valeur de ce placement fera un bond vertigineux. C’est garanti.

·       J’ai moi-même investi tout mon argent et celui de mes parents.

·       Tous mes clients ont déjà investi dans ce placement.

·       Si vous êtes insatisfait, je vous rembourse personnellement.

·       Vous faites partie d’un club sélect: vous êtes un des rares chanceux à pouvoir profiter de cette offre exceptionnelle.

·       Très peu de gens le savent, mais l’entreprise est sur le point d’être achetée et sa valeur va doubler.

·       La société sera bientôt cotée en Bourse.

·       Le gouvernement va leur accorder un brevet.

·       Vous devez absolument investir aujourd’hui: demain, ce sera trop tard.

·       Signez-moi une procuration afin que je puisse gérer votre portefeuille de placements.

5 Quels comportements doivent nous alerter?

Certains comportements, typiques des fraudeurs, devraient nous mettre la puce à l’oreille. On redouble de prudence, notamment, si notre interlocuteur…

·       trouve souvent des similitudes entre notre situation et la sienne.

·       vante ses compétences et ses succès de façon démesurée.

·       nous propose des placements en nous faisant miroiter l’offre de nos rêves.

·       nous culpabilise si on ne prend pas les placements offerts ou si on met en doute ses affirmations.

·       refuse de dire pour quelle firme il travaille ou tente de changer de sujet après nous avoir donné très peu d’information à ce sujet.

·       fait pression sur nous pour qu’on investisse dans le placement proposé.

·       nous incite à mentir, par exemple, sur notre situation financière, afin de pouvoir profiter de certains placements.

·       nous demande d’investir avec un chèque à son nom ou en lui remettant de l’argent comptant.

·       ne nous pose pas de questions afin de connaître notre profil d’investisseur (qui permet de déterminer notre tolérance au risque et notre type, prudent, modéré ou audacieux).