Travailleur autonome? Préparez votre retraite!

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Dans un monde où la sécurité est une idée fixe, les travailleurs autonomes, qui sont un demi-million au Québec, nagent à contre-courant. La sécurité d’emploi est une notion parfaitement abstraite pour eux. Aucune organisation ne les protège financièrement advenant un accident ou une maladie. Certes, ils peuvent souscrire une assurance invalidité privée, mais à quel prix!

Il en est de même pour la préparation de leur retraite. Fonds de pension de l’employeur? Retenues à la source admissibles à une déduction d’impôt? Ils ne profitent de rien de tout cela. S’ils veulent se constituer un capital-retraite intéressant, ils doivent contribuer à leur REER et économiser le plus possible, car ils sont les seuls artisans de leurs vieux jours.

Le choc de Martine

Martine a 52 ans. Travailleuse autonome dans le domaine du marketing et des communications graphiques, elle produit des catalogues de vêtements de sport, conçoit des cartes professionnelles, fait du montage photo pour des magazines, etc. Son chiffre d’affaires est d’environ 55 000$ par année. Ses dépenses d’entreprise s’élèvent à 15 000$, pour un revenu annuel net de 40 000$. Jumelé au salaire de son mari, cela lui permet d’avoir une maison en banlieue de Montréal et de verser 300$ par mois dans son REER, qui vaut actuellement 87 000$.

Martine souhaite prendre sa retraite dans 13 ans, lorsqu’elle aura 65 ans. Dans un article sur la planification financière, elle a lu qu’une personne a besoin d’environ 70% de son revenu annuel moyen des trois dernières années de travail pour maintenir son niveau de vie à la retraite. Dans son cas, il s’agit de 28 000$ après impôt (40 000$ x 70%). Son espérance de vie est de 87 ans, selon les statistiques. Cela signifie que si elle prend sa retraite à 65 ans, elle devra vivre de ses rentes pendant 22 ans. Son REER a besoin d’être bien garni!

Pour savoir de quel montant d’épargne-retraite elle devra disposer à 65 ans, et combien elle doit verser dans son REER chaque année pour accumuler cette somme, Martine cherche sur Internet une calculatrice REER en ligne qui permet de faire ces prévisions. Celle qu’elle utilise se trouve sur le site des fonds communs Altamira. Elle a l’avantage de tenir compte des 300$ qu’elle met déjà dans son REER. Martine entre ses données; les résultats figurent dans le tableau La retraite de Martine, hypothèse: 70% du revenu, ci-dessous.

Revenu après impôt recherché28 000 $
Revenu brut nécessaire35 000 $
Épargne REER totale requise à la retraite444 707 $
Cotisation annuelle requise11 670 $
Cotisation mensuelle972,50 $

Martine subit un choc ! À sa cotisation mensuelle REER de 300$, elle doit rajouter 972,50$! Ça n’a pas d’allure. Martine n’a pas ces moyens-là.

«La règle du 70% doit être prise avec un grain de sel. C’est une mesure aléatoire», dit Jacques Dupont, vice-président, développement des affaires, à Optimum Placements. En effet, des personnes vivent une belle retraite avec seulement 40% ou 50% de leurs anciens revenus . «Elles ont réorganisé leur budget, déménagé dans des régions moins coûteuses et accepté de réduire leur train de vie», souligne l’expert.

Fernand Loiselle, directeur régional du Groupe Investors à Sainte-Foy, acquiesce lui aussi. La règle du 70% donne un «aperçu général» des besoins éventuels à la retraite. Elle ne tient pas compte de la capacité d’adaptation des personnes à leur nouvelle vie. «Jusqu’à 70 ans environ, les retraités mènent une vie active, dit-il. Ils ont donc besoin de plus de revenus. Après, ils ont tendance à moins dépenser.» Un planificateur financier peut faire intervenir de telles variables dans ses calculs. Une machine, non.

Encouragée, Martine reprend les calculs en supposant cette fois qu’elle aura besoin de 60% de son revenu annuel moyen. Ce n’est donc plus 28 000$ après impôt qu’elle doit viser, mais 24 000$. Quel sera l’impact sur sa cotisation REER requise? Les nouveaux résultats paraissent dans le tableau La retraite de Martine, hypothèse: 60% du revenu, ci-dessous.

Revenu après impôt recherché24 000 $
Revenu brut nécessaire30 000 $
Épargne REER totale requise à la retraite381 177 $
Cotisation annuelle requise8 516 $
Cotisation mensuelle 709,67 $

Une cotisation de 709,67$ par mois, c’est plus réaliste que 972,50$, mais ça reste quand même beaucoup d’argent. Pourtant, Martine n’a pas le choix. Elle aura beau tourner les chiffres dans tous les sens, elle sait qu’elle doit faire un important effort d’épargne si elle désire avoir une retraite confortable. Martine a plusieurs atouts en main: une maison, un REER, des clients fidèles et encore plusieurs années devant elle. Par ailleurs, elle doit se rappeler que 709,67$, c’est un objectif à atteindre. Si elle rate cette cible à l’occasion, ce n’est pas dramatique. Cependant, les mois où elle aura plus d’argent, elle compensera le déficit…

Avant toute chose, Martine devrait rencontrer un planificateur financier pour faire le point et étudier différents scénarios: retraite avec 50% ou 55% des revenus de travail, possibilité d’emprunter pour cotiser à son REER, report d’un an du départ à la retraite, etc. Beaucoup de ces professionnels sont en pays de connaissance, étant eux-mêmes travailleurs autonomes.

Ensuite, Martine pourrait hausser ses tarifs (les bons travailleurs autonomes sont toujours en demande!) et évaluer la pertinence de sous-traiter certaines parties de ses contrats. Cela lui permettrait d’accepter plus de mandats et d’augmenter son chiffre d’affaires. Elle pourrait aussi déposer la TPS et la TVQ qu’elle perçoit de ses clients dans l’un de ces comptes à haut taux d’intérêt que proposent les banques virtuelles, comme ING Direct. Un tel compte pourrait lui rapporter 200$ (imposables) par année, sans qu’elle ait à faire d’effort particulier ou courir de risque supplémentaire.

Ne pas «rapper» son REER

Comme de nombreux travailleurs autonomes, Martine a établi son bureau à la maison. Elle peut inscrire à titre de dépenses d’entreprise la partie des frais de chauffage, d’électricité, d’assurances et d’entretien qui sert à faire fonctionner son bureau. Même chose pour les intérêts hypothécaires et les taxes foncières. Cette partie admissible est égale à la superficie qu’occupe le bureau dans la maison (au Québec, seule la moitié des frais encourus peut être inscrite). Puisque le fisc absorbe ces dépenses, on comprend l’avantage d’avoir un bureau à la maison.

Mais quel est le lien entre le bureau à domicile et la planification de la retraite? C’est que plusieurs travailleurs autonomes pourraient être tentés de «rapper» leur REER afin d’acheter une première maison. En effet, le Régime d’accession à la propriété (RAP) permet de retirer jusqu’à 20 000$ d’un REER, sans incidence fiscale, pour acheter ou construire une résidence. Une fois la maison acquise, on doit rembourser son REER à l’intérieur d’une période de 15 ans.

Si le RAP du REER comporte plusieurs avantages, il présente toutefois deux inconvénients majeurs: il fait perdre l’effet d’accumulation (le REER est entamé) et il peut obliger son détenteur à vendre des produits financiers à un moment inopportun, engendrant ainsi une perte non déductible.

Les travailleurs autonomes qui, comme Martine, comptent uniquement sur leur REER pour préparer leur retraite devraient y songer à deux fois avant de le «rapper». En effet, lorsqu’ils auront fini de rembourser leur dette dans une quinzaine d’années, ils auront sans doute encore une hypothèque à payer et leur REER sera au même point qu’au jour de l’emprunt. Leur objectif d’être financièrement autonomes à la retraite s’en trouvera affecté.

Transparence!

Les travailleurs autonomes peuvent être tentés de cacher au fisc une partie de leurs revenus. Ce faisant, ils se tirent dans le pied, et plutôt deux fois qu’une. D’une part, ils commettent une infraction à la Loi de l’impôt sur le revenu. Si le gouvernement les pince, ils regretteront amèrement leur audace. D’autre part, leur rente de retraite du RRQ risque d’être diminuée. En effet, le montant de cette rente est fonction des revenus inscrits à la Régie. Plus ceux-ci sont modestes, plus petites sont la rente de retraite du RRQ et la rente en cas d’invalidité.

En 2006, le montant maximal sur lequel on peut cotiser est de 42 100$. Pour les travailleurs autonomes, c’est la même somme, mais il s’agit du revenu net, soit le chiffre d’affaires moins les dépenses d’entreprise.

Évidemment, les travailleurs autonomes doivent payer une double cotisation au RRQ: celle de l’employé et celle de l’employeur, pour un maximum de 3 821,40$ en 2006. Notons que la moitié de cette somme est déductible d’impôt.

Mise à jour: août 2007



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