Placements éthiques: mode d'emploi

Placements éthiques: mode d'emploi

Carlos Muza via Unsplash

Épargner de l’argent tout en respectant nos valeurs? L’investissement responsable permet ce doublé gagnant!

Rien ne nous oblige à investir dans des sociétés qui sont mêlées à des scandales. On peut décider de plutôt faire travailler nos deniers au service de nos convictions personnelles. 

D’après un récent sondage de l’Association pour l’investissement responsable (AIR), commandité par la Société de Gestion AGF Limitée (AGF), la majorité des investisseurs canadiens sont préoccupés par les changements climatiques. Plus de 86 % des répondants s’attendent à ce que les conseillers financiers et les institutions financières les informent des risques liés aux facteurs ESG (facteurs environnementaux, sociaux et liés à la gouvernance des entreprises) sur leurs placements. 

Un constat sans équivoque

«Cette étude démontre que les investisseurs canadiens prennent au sérieux les changements climatiques et les enjeux de société, et qu’ils veulent que leurs fournisseurs de services financiers en fassent tout autant. Ils comprennent que ces changements présentent des risques financiers et souhaitent investir dans des solutions responsables», affirmait Dustyn Lanz, chef de la direction de l’AIR, en décembre 2018. Un placement «responsable» n’est donc pas effectué simplement sur la base des critères financiers habituels. 

La stratégie à adopter

Des fonds communs de placement, des fonds négociés en Bourse (FNB) et des titres individuels sont disponibles pour investir de façon responsable. L’univers de l’IR n’est donc pas très différent des fonds habituels. Plusieurs stratégies permettent ainsi d’investir selon nos convictions.

Exclure ce qui ne correspond pas à nos valeurs 

Un des moyens de plonger dans l’univers de l’IR est d’adopter une approche de sélection négative visant à exclure les industries ou les entreprises dont le rendement ESG est faible. On pourrait décider d’éviter certains secteurs dans nos placements. Cela dit, l’investisseur qui renoncerait au secteur de l’énergie de la Bourse canadienne pour ne pas investir dans des titres pétroliers s’éloignerait de la stratégie indicielle qu’il convoite peut-être ou de celle exigée par son profil d’investisseur. «Des sociétés minières, gazières et pétrolières font partie de plusieurs fonds IR. Bien souvent, les gestionnaires tentent de dénicher les perles du secteur, celles dont la performance ESG est en progression ou surpasse celle des concurrents», explique Annie-Pier Laplante, conseillère en placement à la Financière Banque Nationale, Gestion de patrimoine. 

Favoriser ce qui nous convient

À l’inverse, une approche de sélection positive serait d’investir dans des sociétés à la cote de responsabilité sociale élevée et opérant dans des secteurs en adéquation avec nos valeurs, comme celui des énergies renouvelables. On pourrait aussi déterminer que seules les entreprises bénéficiant d’une mixité hommes-femmes au conseil d’administration méritent une place dans notre portefeuille. Pas facile, toutefois, d’identifier aisément les sociétés, les titres individuels ou les fonds qui répondent aux critères souhaités. 

Exercer notre droit de vote

«À la Bourse, détenir une action implique un droit de vote», rappelle Annie-Pier Laplante. C’est sur ce terrain de l’engagement des actionnaires que se déroulent souvent les avancées de l’IR. L’activisme financier est la pierre angulaire de cette philosophie. «Certains gestionnaires de fonds tentent ainsi d’influencer le comportement des entreprises dans lesquelles ils investissent pour les inciter à adopter de meilleures pratiques ESG.» Ces détenteurs de parts, vu le poids de leur actionnariat, engagent le dialogue avec les dirigeants ou déposent des résolutions d’actionnaires pour faire changer les choses. Un bémol, cependant: ces initiatives activistes entraînent généralement un ratio des frais de gestion (RFG) plus élevé.

Le bon choix

La plupart des grandes banques offrent leur programme de fonds éthiques, comme les Fonds et Portefeuilles SociéTerre de Desjardins. Dans les fonds communs de placement, les Fonds IA Clarington Inhance (Industrielle-Alliance), les Placements NEI (une filiale à part entière de Patrimoine Aviso inc., elle-même détenue à 50 % par Desjardins Holding financier) et les Fonds Summa Investors (Investors Group), notamment, proposent aussi des solutions d’épargne pour l’investisseur responsable. Sans oublier deux fonds de placements Mackenzie lancés en 2017: le Fonds équilibré de durabilité mondiale et d’impact et le Fonds mondial de leadership d’impact, qui utilisent plusieurs des stratégies IR mentionnées dans le cadre de leur mandat.

Le premier peut constituer un pilier dans le portefeuille des investisseurs, alors que le second investit dans des sociétés favorisant la représentation des femmes à des postes de leadership. 

Quant au Fonds d’actions mondiales Croissance durable AGF, qui tire son épingle du jeu depuis 1991, il permet d’investir dans les technologies propres: énergie renouvelable, santé et bien-être, gestion des déchets, contrôle de la pollution. Plusieurs secteurs en sont exclus, dont les combustibles fossiles, l’alcool, les jeux d’argent, la pornographie et l’ingénierie génétique.Plusieurs FNB sont aussi disponibles. Ces paniers de titres permettent d’investir à plus faible coût. En voici trois qui sortent de l’ordinaire:

1. FNB Horizons chefs de file mondiaux en matière de durabilité (ETHI-T)

Lancé en octobre 2018, ce panier de titres cherche à reproduire le rendement de l’indice Nasdaq Future Global Sustainability Leaders, qui s’expose à des chefs de file mondiaux du domaine des changements climatiques (en fonction de leur efficacité carbonique relative) et à des entreprises qui n’exercent pas d’activités importantes jugées incompatibles avec l’IR. Avec ce FNB en devises canadiennes et affichant un RFG raisonnable de 0,65 %, on pourrait avoir des titres tels que Visa (V-N), Home Depot (HD-N), Apple (AAPL-Q) et Netflix (NFLX-Q) dans notre portefeuille.

 

2. FNB Evolve indiciel lié à la cybersécurité (CYBR-T) 

Premier panier de titres du genre au pays, ce FNB reproduit l’indice Solactive Global Cyber Security en dollars canadiens, investissant dans des compagnies développant du matériel informatique et des logiciels dans le secteur de la cybersécurité, dont Palo Alto Networks inc. (PANW-N), Akamai Technologies inc. (AKAM-Q), Symantec Corp. (SYMC-Q) et F5 Networks inc. (FFIV-Q). Le RFG se situe à 0,40 %.

3. FNB Etho américaines Leadership climatique (ETHO-A) 

Disponible depuis 2015, ce fonds se négocie sur les marchés américains. Il s’agit d’un produit financier socialement responsable, sans aucune exposition aux ressources fossiles. Aucun titre ne provient donc du secteur de l’énergie. Plus de 290 titres individuels le composent, dont ceux de Lululemon Athletica inc. (LULU-Q) et d’Advances Micro Devices inc. (AMD-Q). Le RFG est à 0,49 %.

Le rendement attendu

L’objectif reste de ne pas nous appauvrir au nom de nos convictions, le rendement demeurant l’objectif ultime du placement. Mais l’investisseur n’a pas besoin de sacrifier du rendement pour investir de façon responsable. «Le rendement net de frais d’un portefeuille bien diversifié comprenant des produits IR devrait correspondre, à long terme, à l’indice ou à celui de produits comparables», évalue la conseillère Annie-Pier Laplante. Ainsi, bien qu’un fonds éthique impose un RFG plus élevé qu’un fonds traditionnel comparable, c’est le rendement net de frais (ce qui reste dans nos poches) qui doit être considéré.

L’utilisation des facteurs ESG dans la recherche d’occasions de placement pourrait aussi améliorer le profil risque-rendement des portefeuilles, dans la mesure où elle réduit les risques de pertes importantes liées à certains événements. «Les entreprises au profil ESG bien établi font généralement preuve de gestion prévoyante, portent des responsabilités juridiques moins lourdes et protègent la réputation de leurs marques», soutient l’experte. Elles pourraient donc être davantage à l’abri d’une poursuite judiciaire coûteuse, par exemple.

Les mêmes règles s’appliquent aussi pour la constitution de notre portefeuille. «Ce dernier doit être bâti dans l’objectif de respecter notre profil d’investisseur, en adéquation avec notre horizon de placement et en fonction d’une répartition d’actifs optimale.»

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