Je diversifie mes placements!

Je diversifie mes placements!

Mathieu Stern via Unsplash

«Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.» Cet adage s’applique particulièrement à nos placements. Mais comment bien les choisir?

Nos économies sont souvent gérées par plusieurs professionnels au sein d'institutions financières différentes. Certains confient le mandat à un ami de la famille, un cousin, une nièce. D’autres font fructifier eux-mêmes une part de leur capital parce qu’ils espèrent battre les marchés. En s’éparpillant, on peut perdre le fil de notre stratégie financière et notre portefeuille global devient alors mal ou peu diversifié avec le temps. 

Selon l’économiste et prix Nobel américain Harry Markowitz, la diversification dans nos placements est le seul «repas gratuit» (free lunch) en finance. En gros, un investisseur correctement diversifié peut réduire le risque de son portefeuille sans diminuer ses rendements. Placer toute son épargne dans un seul titre boursier ne fait pas de sens. Si on se trompe, que l’entreprise fait défaut ou déclare faillite, on pourrait tout perdre. Plutôt que d’opter pour une poignée d’actions et d’obligations, on devrait se construire un portefeuille contenant beaucoup de titres. 

Y a-t-il un nombre idéal? «En sélectionnant adéquatement une trentaine de titres, on peut aller chercher jusqu’à 90 % de l’effet de diversification qu’on obtient en détenant 1000 titres dans notre portefeuille», souligne Richard Guay, professeur de finance à l’ESG UQAM et ancien président de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

 

Les types de diversification 

Une sélection adéquate signifie qu’on recherche une diversification par région géographique, par secteur d’activité et selon la taille des sociétés. On ne souhaite donc pas acheter seulement des entreprises québécoises ou des titres bancaires. Mais encore faut-il avoir le temps et l’expertise pour choisir ces sociétés, ce qui est rarement le cas. Mieux vaut alors faire appel à un expert, comme un conseiller en placement ou un gestionnaire de portefeuille, pour la sélection de titres ou de fonds. 

Par ailleurs, il est important de noter que la diversification géographique ou par pays n’est plus aussi attrayante qu’il y a 30 ou 40 ans. «En raison de la mondialisation de l’économie, il est plus efficace aujourd’hui de se diversifier par secteur d’activité», estime Richard Guay. Ce dernier donne l’exemple du secteur aurifère. Que vous déteniez des parts dans une mine d’or en Australie ou en Afrique du Sud, il existe un prix mondial de l’or, tout comme pour le pétrole. La diversification géographique aura peu d’effet. «Par contre, si on détient un titre minier canadien et une action d’une grande banque canadienne, on sera beaucoup mieux diversifié (même pays, différents secteurs).»

Au Canada, on dénombre 11 secteurs d’activité. Ceux-ci n’ont pas le même poids dans l’indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto. Les plus importants sont le secteur bancaire (un tiers de l’indice), l’énergie, les matériaux et le secteur industriel. Contrairement au S&P 500 aux États-Unis, l’indice boursier phare au Canada, le S&P/TSX, n’est pas aussi bien diversifié. Des secteurs comme ceux de la santé ou des technologies de l’information y sont sous-représentés. «Il pourrait être intéressant de ne pas détenir autant de titres financiers que l’indice canadien et de miser plutôt sur des entreprises technologiques ou du secteur de la santé, en sélectionnant des titres aux États-Unis, par exemple.»

Afin de réduire le niveau de risque de notre portefeuille, on devra aussi tabler sur diverses approches de diversification, notamment en possédant plusieurs classes d’actifs comme des actions, des obligations, des matières premières et de l’immobilier. La philosophie ou le style de gestion du portefeuilliste peut également accentuer l’effet de diversification. Cela suppose que l’investisseur mise sur un gestionnaire actif qui tentera de battre les indices boursiers. 

Certains privilégieront une approche valeur, où l’on choisit des titres dont le prix est déprécié, alors qu’une stratégie de croissance cherche plutôt à dénicher des actions susceptibles de croître rapidement. Quant au style «momentum», il vise à profiter d’une lancée de certains titres pour y investir. Le gestionnaire achètera donc des sociétés dont les profits sont en forte croissance et qui devraient continuer à surperformer à court ou moyen terme. La gestion active n’est pas gratuite. En plus de rémunérer cet expert, rien ne garantit qu’il soit aussi talentueux qu’un Warren Buffett et autres gourous de la finance.

Dans les faits, les rapports SPIVA (pour S&P Indices Versus Active) indiquent année après année que moins de 3 gestionnaires sur 10 génèrent des rendements à long terme supérieurs à ceux des indices des marchés après la déduction des frais. Bien souvent, la surperformance correspond à peu près aux frais de gestion. On remarque également une absence de persistance: même s’il a bien fait dans le passé ou pendant un certain temps, un gestionnaire n’a pas plus de chances de mieux performer dans le futur. 

Devant un tel constat, il est tentant de pencher pour la gestion de type indicielle ou passive. Effectivement, on peut maintenant acheter pour une bouchée de pain des fonds négociés en Bourse (FNB) et posséder ainsi des milliers de titres. Ces derniers calqueront des indices boursiers de différentes places boursières dans le monde. Prenons le FNB Vanguard Total Stock Market (VTI): il regroupe plus de 3500 titres. Avec un ratio de frais de gestion de trois points de base (0,03 %!), il en coûte très peu pour se coller au marché américain.

 

Retraités, attention!

La diversification par classes d’actifs sera plus délicate si l’investisseur est à la retraite et qu’il décaisse du capital. «Ces portefeuilles seront plus sensibles à des baisses boursières. Il faut détenir assez d’actions par rapport aux obligations, mais pas trop non plus. Ce pourcentage dépendra de la situation particulière de l’investisseur et de sa tolérance au risque», observe Raymond Kerzhéro, directeur de la recherche chez PWL Capital. Selon ce dernier, construire un portefeuille diversifié internationalement avec une gestion passive ou indicielle à peu de frais est la meilleure façon de gérer le risque pour un particulier, afin de lui permettre d’atteindre ses objectifs à long terme. 

Mais diversifier la portion obligataire du portefeuille n’est pas si simple. Même si ces titres versent des revenus stables au retraité, les obligations de bonne qualité procurent depuis quelques années des rendements faméliques. On peut donc être tenté de prendre du risque de crédit en misant sur des obligations de société avec des taux d’intérêt plus élevés qu’un crédit gouvernemental, provincial ou municipal (crédit de qualité supérieure). C’est le cas des obligations à rendement élevé dont la cote de crédit est inférieure à BBB- par l’agence Standard & Poor’s.

Là encore, des nuances s’imposent. Acheter une obligation de qualité supérieure n’est pas sans risque non plus. Prenons l’exemple d’une obligation du gouvernement canadien d’un terme de 30 ans offrant un rendement de 1,7 % environ. «Si l’inflation grimpe à 2,5 %, je serai pris pendant 30 ans avec un rendement réel négatif. En ne couvrant même pas le taux d’inflation (évolution du coût de la vie), je m’appauvris», prévient Richard Guay.  

Il faut donc faire attention non seulement à la qualité du crédit des titres dans le portefeuille, mais aussi à leur échéance et au rendement offert. «Si on croit que les taux d’intérêt vont monter dans les prochains mois, on peut choisir des titres obligataires avec des échéances plus courtes. Si une crise financière advenait comme en 2008-2009, en détenant des obligations de crédit de haute qualité, la volatilité de mes rendements sera aussi bien moindre», confirme Richard Guay. Mais comme leur rendement est aujourd’hui près de l’inflation, il sera bien difficile de s’enrichir avec ces titres. C’est pourquoi on voudra également détenir des titres plus risqués, comme des actions, afin de profiter d’une embellie boursière. 

 

Trop, c’est comme pas assez

Le célèbre gestionnaire américain Peter Lynch a inventé un terme pour exprimer les effets pervers de la diversification à outrance: diworsification (un jeu de mot avec worst – pire). Un gestionnaire de portefeuille actif pourrait avoir tendance à acheter et vendre plus souvent s’il détient trop de titres, ce qui est coûteux pour l’investisseur. 

Suivre et analyser des centaines de titres boursiers est une lourde tâche. En ayant trop d’actifs avec de corrélations semblables, on peut ajouter du risque au portefeuille plutôt que le réduire. La corrélation est le degré de relation existant entre deux titres financiers. Afin d’être mieux protégé des soubresauts de la Bourse, mieux vaut posséder des actifs peu corrélés. Cette corrélation est généralement plus faible entre les secteurs d’activité d’une économie qu’entre les pays. «Si je devais choisir seulement un type de diversification, j’opterais pour la diversification sectorielle, qui est la plus efficace», indique Richard Guay.