Pleut-il plus qu’avant?

Pleut-il plus qu’avant?

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Les inondations printanières survenues en mai dernier, particulièrement dans l’Outaouais, la région métropolitaine de Montréal, la Montérégie et la Mauricie, ont eu l’effet d’un coup de tonnerre sur bien des gens. En voyant l’armée arriver pour leur prêter main-forte, les citoyens de Rigaud, l’une des municipalités les plus touchées, ont été frappés d’étonnement: «Même les résidents plus âgés, ayant habité ici toute leur vie, n’avaient jamais connu pareille histoire», témoigne Marie-Andrée Gagnon, directrice du Service des Communications de la ville. Après la catastrophe, les régions sinistrées ont entrepris de se remettre sur pied, mais aujourd’hui, une question demeure: cela risque-t-il de se reproduire?

Un nouveau phénomène?

Avec la chute de plus de 150 millimètres d’eau en avril dernier sur une grande partie de la province, pas étonnant qu’on ait réagi comme des Gaulois pensant que le ciel leur tombe sur la tête! La grosse pluie n’a toutefois pas été seule à faire sortir les rivières de leur lit. La fonte de neige abondante, des températures élevées et des sols saturés d’eau y ont aussi contribué. «Le scénario de ce printemps ressemble à celui survenu en 2011 en Montérégie, explique Karel Mayrand, directeur de la Fondation David Suzuki au Québec, alors que le bassin du lac Champlain et de la rivière Richelieu a connu un débordement historique.» 

Ces inondations-ci ont été exceptionnelles en ce sens qu’elles ont touché l’ensemble du sud de la province, précise ce spécialiste. Plus de 50 rivières ont en effet déversé leur trop-plein tout le long du bassin hydrographique du Saint-Laurent. Selon Urgence Québec, 261 municipalités, de l’Outaouais jusqu’en Gaspésie, ont eu les pieds dans l’eau, même des endroits qui ne sont habituellement pas touchés, comme Pierrefonds et Deux-Montagnes. À cause des refoulements d’égout, même certains centres urbains, comme Montréal et Laval, n’y ont pas échappé.

La météo n’est pas seule en cause. «Le fait qu’on construise depuis longtemps dans des zones inondables et qu’on ait détruit beaucoup de couvert forestier et de milieux humides, qui servent d’éponge et retiennent l’eau, y est aussi pour quelque chose», précise Karel Mayrand.

Bouillon chaud

Qu’on soit riverain ou citadin, les prochains printemps nous semblent redoutables. Et avec raison. Des experts ont en effet prédit que les crues éventuelles seront plus importantes au cours des prochaines années, au printemps, à l’automne et même l’hiver. «Depuis plus d’une quinzaine d’années, on observe au Canada, comme ailleurs dans le monde, une augmentation importante des inondations, qui ne sont pas forcément la conséquence de crues printanières, confirme Karel  Mayrand. Les événements comme le déluge du Saguenay de 1996, où il est tombé une quantité importante d’eau sur la vallée du Saint-Laurent en plein mois de juillet, contribuent à le démontrer.» Les nuages seront-ils plus noirs à l’avenir? «Les pluies torrentielles ne sont pas un phénomène nouveau et uniquement attribuables au changement climatique. Celles de juillet 1987 à Montréal, par exemple, en sont la preuve. Par contre, on constate au fil des années une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces pluies.» Par ailleurs, partout où il neige habituellement, les chutes deviendront moins importantes en raison de températures plus clémentes. 

Le monde à l’envers? «Dans le fond, le climat est comme une grosse soupe, poursuit Karel Mayrand. En la remuant, on change les courants chauds et froids, ce qui influence la température et les précipitations de neige et de pluie. Même si on prédit des hivers plus doux, certains pourraient s’avérer très froids et neigeux, ce qui entraînerait des crues importantes au printemps. Malgré les prévisions météorologiques, il peut donc se produire de grandes variations, accentuées par le réchauffement de la planète. Mais chose certaine, plus il y aura de changements climatiques, plus on pourra s’attendre à des inondations plus fréquentes et pas forcément au printemps.» 

Bien à l’abri

Pour éviter la catastrophe, l’idéal serait de ne pas acheter ou de faire construire en zone inondable. «Mais si on y tient, on veille à connaître les risques et à pouvoir les assumer», conseille Karel Mayrand. Dans tous les cas, on gagne à protéger notre nid, et ce, sans tarder: «Même si on a eu la chance de ne pas subir d’inondations jusqu’à présent, alors que nos voisins à deux maisons de chez nous sont fréquemment victimes des eaux, il faut malgré tout se préparer à cette éventualité.» L’inspection des drains et de l’entrée d’eau, le scellage des fissures, le nettoyage des gouttières sont autant de gestes gagnants. On fait appel à des ouvriers qualifiés, par exemple pour les travaux de mises à niveau et la pose de clapets anti-refoulement d’égout. Et on fait plaisir à Dame nature en boisant. «Pour prévenir les inondations, tout comme les vagues de chaleur d’ailleurs, l’idéal est de planter des arbres. Le verdissement favorise la diminution de la chaleur et la rétention de l’eau.»

Pour nous aider à nous préparer en cas d’alerte d’inondation, les sites gouvernementaux mettent aussi à notre disposition une foule de renseignements utiles. «Le site de sa municipalité est aussi une source d’information à ne pas négliger, assure Olivier Cantin, de la direction des communications du ministère de la Sécurité publique. Le service de sécurité incendie d’une municipalité s’avère également une importante source d’information concernant la prévention et la préparation aux situations d’urgence.» Bon à savoir: certaines municipalités offrent un service d’alerte automatisé. «Si on est abonné, on reçoit des avis, sur son téléphone résidentiel ou son cellulaire, ou encore par courriel ou message texte, informant des situations d’urgence dans le quartier ou sur l’ensemble du territoire, ce qui permet de mieux se préparer», ajoute Olivier Cantin.

Face à la menace de futures inondations, les municipalités touchées sont sur leurs gardes. À Rigaud comme ailleurs, les changements climatiques inquiètent les citoyens, mais pour l’heure, ces derniers se concentrent sur la restauration des lieux et le soutien des personnes déracinées. «Un travail que nous accomplissons sous le signe de la solidarité, avec l’aide de résidents bénévoles, de la Croix-Rouge et de municipalités ayant été épargnées, raconte Marie-Andrée Gagnon. C’est en se serrant les coudes qu’on va s’en sortir et trouver des solutions pour l’avenir!» 

Pour plus d’information: preparez-vous.gc.ca, au volet Prévention Inondation, urgencequebec.gouv.qc.ca, infoassurance.ca et Chambre de l’assurance de dommages (chad.ca).

Suis-je bien couvert?

Depuis peu, quelques assureurs au Québec ont commencé à offrir une assurance inondation. Comme c’est nouveau, mieux vaut magasiner pour trouver le produit correspondant à notre situation. Si on est assuré, on contacte notre compagnie afin de connaître les détails de notre contrat et d’y ajouter, si nécessaire, un avenant de couverture supplémentaire pour les inondations. 



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