Le design adapté aux aînés

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«Les aînés veulent rester chez eux. Si on améliore les espaces de vie, on va prolonger le maintien à domicile», déclare d'emblée l'architecte. Ernesto Morales s'intéresse particulièrement aux salles de bains et aux cuisines «qui ont tendance à s'agrandir, mais qui demeurent en général beaucoup trop petites, alors qu'il s'agit des deux pièces les plus utilisées d'une maison. Il faut donc transformer ces lieux de vie pour les rendre plus faciles et plus agréables à utiliser. On peut les adapter selon les différents problèmes vécus par les personnes âgées. Rupture de la hanche, AVC ou fauteuil roulant: les solutions seront différentes.»

Stressants, les bains

Pratique peu courante, Ernesto Morales rencontre les aînés pour connaître de première main les problèmes qu'ils rencontrent. «Les salles de bains sont en général inconfortables et difficiles d'accès, voire dangereuses à cause des risques de chute. Prenons le bain, par exemple. Les personnes autonomes s'y allongent et relaxent. Les personnes souffrant de problèmes de mobilité ont souvent peur des chutes en entrant ou en sortant du bain. Il s'agit donc de trouver une façon de réduire le stress, de rendre cet espace apaisant. Les Américains appellent ça healing spaces. Les nouveaux bains annoncés à la télé apportent des améliorations, mais il y a encore quelques problèmes dont le fait qu'on ne peut toujours pas s'y allonger et se détendre.» Sans compter que, côté esthétique, il faudrait se remettre à la planche à dessin…



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Commentaires

Un potager au CHSLD

Le vieillissement de la population amène son lot de transformations sociales. Plusieurs propositions favorisent le maintien des gens dans leur milieu naturel. On peut penser aux subventions du Programme d'adaptation de domicile (PAD) ou, plus récemment, aux investissements prévus du gouvernement du Québec pour les soins à domicile. La multitude des solutions adaptées d'aménagement auxquelles votre texte fait référence fait écho à la pluralité des réalités du vieillissement (Lavoie et Guberman, 2004). Tous n'ont pas les mêmes besoins. Or, les solutions d'aides apportées révèlent un certain nombre d'enjeux communs, notamment celui du renforcement à long terme du sentiment d'aisance. Dans l'optique où certains seront confrontés à devoir quitter leur domicile (perte d'autonomie plus grave, besoins journaliers de plusieurs heures de soins, etc.), serait-il possible de transposer de tels effets dans un contexte institutionnalisé? Avant d'explorer cette question, il est pertinent de soulever d'autres enjeux sous-jacents à travers un projet développé près de chez nous.

Si les mesures sont de plus en plus nombreuses pour favoriser le maintien à domicile, c'est qu'une plus grande majorité de gens font face à ces problématiques au quotidien. En effet, l'espérance de vie a augmenté considérablement depuis 60 ans (Statistique Canada, 2013). En plus des adaptations domiciliaires pour les gens ayant de légères pertes d'autonomie, d'autres ont vu des solutions à plus grande échelle. En effet, une analyse de cas existants m'a permis de découvrir le projet Village to Village, un organisme communautaire qui a été mis sur pied il y a dix ans à Boston (http://www.vtvnetwork.org). Il s'agit d'une organisation qui se dirige pour et par ses membres à l'échelle locale. Un concept très simple, qui tente de répondre aux enjeux du maintien à domicile au quotidien. Ainsi, la personne membre peut effectuer une requête de service pour aller faire ses courses, pour trouver un dentiste, pour s'y rendre... voir même pour trouver des partenaires de bridge. La centrale met ensuite en contact les deux parties. Le plus? Une intégration de la communauté dans le processus de l'organisation, notamment sur le plan des solutions apportées; chauffeurs, aide ménagère à domicile, etc. Cela crée nécessairement des liens intergénérationnels, difficile à créer autrement, tout en renforçant le sentiment d'appartenance et de solidarité de la communauté.

On sent à travers ce projet le désir chez la population vieillissante de s'organiser pour prendre les moyens nécessaires pour être autonome le plus longtemps possible. Pour choisir la vie qu'ils souhaitent avoir. Mais que fait-on lorsque rester chez-soi n'est plus chose possible? Lorsque leur état nécessite tant de soins quotidiennement pour que les ressources intermédiaires (RI), qui visent toujours l'intégration ou le maintien de la personne dans sa communauté, ne puissent plus suffirent? Certains auront des proches aidants-naturels et d'autres devront recourir aux centre d'hébergement et de soins longues durée (CHSLD). La question que je soulève est celle-ci : comment parvenir à maintenir dans un contexte institutionnalisé, dans un CHSLD par exemple, le sentiment d'aisance, voir de recréer un sentiment d'appartenance à la communauté tels qu'ils étaient soutenus par les propositions précédemment mentionnées?

Plusieurs difficultés semblent se poser dès lors; on sait qu'il s'agit d'un milieu qui sert de lieu de vie pour certains alors que pour d'autres, il s'agit d'un lieu de travail. Cela amène son lot de caractéristiques qui peuvent faire sentir à plusieurs résidents qu'ils ne sont pas « comme à la maison », comme j'ai pu l'observer sur le terrain. Pourtant, un peu partout dans le réseau, des propositions d'améliorations, à petite ou plus grande échelle, sont faites régulièrement. Le Québec a emboîté un pas encourageant dans les dix dernières années en se dotant d'orientations ministérielles pour les personnes hébergées en CHSLD, sous la politique « milieu de vie » (Publications MSSS, 2003). La volonté est là, mais ces orientations n’exemplifient que peu concrètement l'application de mesures dans les milieux concernés.

Certaines organisations ont pris les devant en créant, par exemple, des cadres de référence pour de l'accueil des nouveaux résidents. Ce cadre devient ainsi la procédure à suivre afin de créer un climat de confiance et d'intégration de la personne dans la « communauté » dès son arrivée. Ce geste démontre une volonté de la part de l'organisation de rendre l'individu le plus confortable possible. Cela peut sembler n'être qu'un détail, mais il faut que les changements soient précis et fins pour être cohérents et adoptés naturellement dans leur contexte. Prendre la problématique des milieux de vie des CHSLD est un défi trop immense pour être abordé en un tout. C'est en proposant des innovations ciblées qui auront un effet senti sur la vie des résidents que l'ensemble semblera meilleur. On peut citer l'exemple de ce CHSLD dans les Laurentides (CSSS des Pays d'en Haut) qui a ouvert un potager pour les résidents; les légumes, les herbes cultivés sont apportés au chef qui les intègre aux plats. Un sentiment d'accomplissement, de fierté et d'appartenance au lieu et a la communauté a été ressenti par les gens ayant pris part à l'initiative, qui reprend maintenant du service chaque année.

Enfin, s'il est primordial de développer les plus belles initiatives pour le maintien à domicile des gens dans des conditions agréables, il est aussi impératif qu'on porte la même attention aux institutions de soins longues durées. Car les enjeux soulevés par le premier : maintien du confort et de l'aisance, intégration et appartenance à la communauté jettent les bases du développement et du renforcement du potentiel de chacun, selon ses capacités et ses désirs. Peut-être serait-il intéressant, à l'instar du projet Village to Village de faire intervenir des intervenants actifs de la communauté locale de manière régulière et enrichissante autant pour les résidents des CHSLD que pour ces intervenants? Ou peut-être alors que non. Mais une piste se cache peut-être dans une solidarité intergénérationnelle renforcée, quelque soit le milieu de vie.

Marie-Laure Cormier
Finissante au baccalauréat en design industriel