Le cellulaire: ça change pas le monde, sauf que...

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Répondra, répondra pas

Dans un clan

Nous utilisons le téléphone cellulaire dans le cadre de notre travail, et pour rester en lien avec nos proches. Les jeunes, eux, s’en servent pour parler à leurs amis, avec lesquels ils peuvent établir un contact quasi-permanent. «Les adolescents ont besoin d’agir ainsi, dit Éveline Marcil. Pour eux, le téléphone cellulaire est presque un outil magique.» Il est pour ainsi dire le prolongement naturel de leur main! La psychologue ajoute que, dans certains cas, le fait d’avoir un téléphone cellulaire signifie que l’on a des amis. Et ne pas en avoir, que l’on est seul…

Dans le cadre d’une recherche réalisée à l’Université de Montréal, André Caron, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire sur les technologies émergentes, a enregistré toutes les conversations téléphoniques d’un certain nombre d’adolescents durant trois semaines. «Au début, nous avions l’impression que leurs propos étaient relativement vides de sens, dit-il. Puis, nous avons réalisé que les jeunes ne se parlaient pas pour échanger de l’information, mais plutôt pour affirmer leur appartenance à un groupe, pour se rassurer.» Selon André Caron, les adultes aussi ont ce genre de conversation.

Devant témoins

Certains sont tellement pris par leur conversation téléphonique qu’ils oublient qu’on peut les entendre. «Lorsqu’ils ont des conversations vraiment privées, ça fait un peu bizarre», soutient Éveline Marcil. Martin Courcy, psychologue, appelle ce phénomène l’élargissement de l’espace intime. «Les jeunes, qui n’ont pas connu les cabines téléphoniques, ont en quelque sorte moins de pudeur», dit-il. Les entendre peut être difficile. «Cela peut brusquer nos habitudes, remarque André Caron. Nous n’avons pas toujours le goût de savoir ce que les autres ont à dire!» Dans d’autres cas, cela peut créer des conflits. «Il y a toujours le danger que quelqu’un saisisse une bribe de conversation hors contexte et qu’il l’interprète mal…», dit Éveline Marcil.
 
Heureusement, certaines règles sociales sont en train de s’instaurer. «Il n’y a pas si longtemps, au cinéma, dans les salles de concert, on pouvait entendre des téléphones sonner. Maintenant, ce phénomène s’est estompé: les gens sont en train d’apprendre comment se comporter avec leur appareil», se réjouit André Caron. Fait intéressant: sur le site Internet de l’ACTS, on trouve un petit guide traitant de l’étiquette à adopter lorsqu’on utilise un téléphone cellulaire. Et dans certains pays d’Europe, il y a des endroits où les téléphones cellulaires sont interdits.

Répondra, répondra pas

Si nous parlons si souvent au téléphone cellulaire, c’est notamment parce que nous nous sentons obligé de répondre à tous les appels que nous recevons, de peur de nous le faire reprocher. «Lorsque nous appelons quelqu’un chez lui, nous concevons qu’il puisse être absent, explique Éveline Marcil. Mais lorsque nous tentons de le joindre sur son téléphone cellulaire, nous nous attendons à ce qu’il réponde.» Cela met une pression sur les utilisateurs.

Et cette pression est encore plus grande quand c’est l’employeur qui paie la facture! Il n’est pas rare, en effet, qu’un employeur fournisse un téléphone cellulaire à son employé, s’attendant en retour à une grande disponibilité. «Voilà un échange bien insidieux !», s’exclame André Caron. Comment réagir? En mettant ses limites, même si cela n’est pas facile. «Par exemple, il faut mentionner à son patron qu’à tel ou tel moment, on ne veut pas être dérangé. On en discute avec lui», suggère Éveline Marcil.



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