Le cellulaire: ça change pas le monde, sauf que...

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Il y a 15 ans, le téléphone cellulaire faisait son apparition. Il devait alors nous procurer liberté, autonomie et efficacité. Aujourd’hui, selon l’Association canadienne des télécommunications sans fil (ACTS), 51 % des ménages québécois ont au moins un téléphone cellulaire. Cet appareil a-t-il tenu ses promesses? Difficile à dire. Mais il a certainement influencé nos comportements!

Partout, tout le temps

Il n’y a pas si longtemps, nous faisions nos appels et en recevions dans un lieu déterminé, au bureau et à la maison, par exemple. Aujourd’hui, nous «placotons» partout: à l’épicerie, dans l’autobus, dans la rue… Conséquences: nous ne savons pas toujours où se trouve la personne avec qui nous parlons, et il y a fort à parier qu’elle n’est pas totalement attentive. «Nous vivons à la vitesse grand V, souligne Pierre Doray, professeur au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie. Si nous avons un problème, nous appelons tout de suite. Nous voulons que les choses se règlent dans l’immédiat, sans délai.»

On est devenu familier avec ce rythme et pour ne pas perdre de temps, on a pris l’habitude de converser au téléphone tout en vaquant à ses occupations. Mais cela ne convient pas à tout le monde… «Les gens n’ont pas tous la même facilité à se dédoubler, à faire deux choses en même temps, explique Éveline Marcil, psychologue et consultante en entreprise. Et puis, il faut parfois s’arrêter, prendre le temps de réfléchir. Et cela, nous ne le faisons pas beaucoup…»

Seul et avec d’autres

Utiliser un téléphone cellulaire alors que nous ne sommes pas seul, c’est laisser tomber les personnes qui nous entourent pour communiquer avec des personnes qui se trouvent ailleurs. Le phénomène est courant et amène Martin Soucy, psychologue, à considérer le téléphone cellulaire comme un instrument qui isole plus qu’il ne rassemble. «Nous disons souvent que le téléphone cellulaire est un outil de communication. Mais en réalité, les gens communiquent de moins en moins…», déplore-t-il.

Pour illustrer son propos, Martin Soucy évoque l’image de deux personnes attablées au restaurant, ayant chacune une conversation à leur téléphone cellulaire. «Quand je vois cela, j’ai toujours le goût de demander à ces deux personnes si elles se parlent au téléphone!», ironise-t-il. Selon Éveline Marcil, il est possible que les gens agissent ainsi pour gagner du temps. Mais il est aussi possible qu’ils le fassent pour combler un vide ou parce que leurs intérêts sont ailleurs. «Si nous nous libérons pendant une certaine période de temps pour être avec quelqu’un, il serait normal que nous lui consacrions tout notre temps, fait-elle remarquer. Si nous ne le faisons pas, c’est peut-être que nous fuyons quelque chose…»



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