À chaque âge sa stratégie financière!

À chaque âge sa stratégie financière!

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Pour partir du bon pied, on couche d’abord sur papier nos objectifs à court, moyen et long terme en se rappelant que notre contexte familial (perte d’emploi, séparation, maladie ou décès d’un proche) pourrait bouleverser notre budget et nos projets. On dresse ensuite le bilan de notre situation financière afin d’évaluer l’ensemble de nos avoirs, de connaître nos sources de revenus ainsi que le montant et le coût de nos dettes. Cela demande du temps, mais bonne nouvelle: quel que soit notre âge, il n’est jamais trop tard pour se lancer! L’idée, c’est de déterminer l’effort d’épargne nécessaire à la réalisation de nos projets (voyage, retraite et autres). En faisant une planification financière complète, on s’assure de ne rien oublier. Et, pour en être vraiment sûr, on fait appel à notre banquier ou à un expert, qui pourra nous donner l’heure juste.

Stratégie financière à 45 ans - Épargner en accéléré

«La quarantaine est le meilleur moment pour maximiser ses droits de cotisations au Régime enregistré d’épargne-retraite (REER), spécialement pour les travailleurs avec des droits inutilisés», affirme Gaétan Veillette, planificateur financier chez Groupe Investors. Cette discipline d’épargne permet d’accélérer la croissance de nos avoirs à un moment de notre carrière où l’on gagne un salaire intéressant. Les enfants ont vieilli, nos obligations financières diminuent, alors autant en tirer parti et mettre les bouchées doubles. «Pour un travailleur avec encore plusieurs années avant la retraite, le REER et les autres régimes de retraite constituent une bonne façon de bâtir un patrimoine», note le spécialiste. Lorsqu’il n’y a plus de place dans le REER, on peut contribuer à son compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Un exemple: si on n’avait jamais cotisé à un CELI, en 2015, on aurait pu y déposer jusqu’à 41 000$. Les droits de cotisation ne sont jamais perdus et l’argent croît à l’abri de l’impôt. Le CELI est également un bon véhicule de placement afin de financer des projets à l’horizon plus court, comme un voyage ou l’achat d’une voiture.

Bien sûr, il faut aussi faire l’effort de rembourser nos dettes personnelles, particulièrement les plus dispendieuses, comme les soldes de nos cartes de crédit. «Lorsqu’on a assez d’équité sur notre propriété immobilière, prendre une marge de crédit hypothécaire pourrait s’avérer une option intéressante», ajoute M. Veillette. On consolide ainsi nos dettes tout en abaissant notre coût d’emprunt. «Dans le cas d’une famille avec des enfants encore mineurs, les parents devraient prioriser l’épargne dans le régime enregistré d’épargne-études (REEE), en raison des subventions gouvernementales atteignant 30% et possiblement plus, selon le revenu déclaré des parents», rappelle le spécialiste. Quand l’enfant aura 18 ans, les parents pourraient récupérer les cotisations versées au REEE en les transférant à leur REER. Les enfants utiliseront, dans cet exemple, les subventions et la plus-value du capital.

En plus de nous faire bénéficier de tous ces régimes d’investissement, n’oublions pas que notre système fiscal permet aux conjoints de fractionner leurs revenus pour économiser de l’impôt. Ainsi, celui qui a les revenus les plus élevés peut en transférer une partie à son conjoint afin que le couple paie moins d’impôt. De même, le conjoint avec le plus de moyens est autorisé à cotiser au REER de l’autre.

La plupart des couples avec enfants qui ont une propriété immobilière ont déjà rédigé un testament. «Il est conseillé de revoir ses volontés périodiquement et de les modifier, si nécessaire. Même chose dans le cas du mandat en cas d’inaptitude et de la procuration générale», note le planificateur financier. Lors d’une séparation, de l’arrivée d’un nouveau conjoint ou de la vente d’une propriété, on veut souvent changer certaines clauses.

Quant aux protections d’assurances, plus on s’assure tôt, plus la prime payée sera faible. Une assurance-vie temporaire peut, advenant notre décès, pourvoir aux besoins de nos enfants jusqu’à leur majorité ou même rembourser notre hypothèque. «Mais ce sont parfois les assurances les plus coûteuses à long terme: bien des particuliers dans la quarantaine souscrivent une assurance-vie temporaire et se retrouvent à 65 ans sans assurance», précise M. Veillette. Or, à cet âge, les coûts d’une protection pour toute la vie seront beaucoup plus élevés, et le montant versé au bénéficiaire sera souvent limité, d’autant que l’état de santé constitue un élément important pour les assureurs. Idéalement, donc, c’est dans la quarantaine qu’on couvre nos besoins d’assurance-vie permanente afin de rembourser nos dettes résiduelles, d’assurer la subsistance des enfants et du conjoint survivant, de payer les frais funéraires ou de laisser un héritage.

Par ailleurs, l’assurance-invalidité est une protection presque incontournable lorsque le travailleur a encore devant lui de longues années avant la retraite. «On assure notre voiture et notre maison, mais on oublie qu’en cas d’invalidité on pourrait être privé de notre salaire pendant plusieurs années, alerte l’expert. C’est une grosse exposition au risque!»

«Un travailleur qui envisage la retraite dans une dizaine d’années n’aura pas beaucoup de changements à apporter à son portefeuille de placements», remarque Gaétan Veillette. Il en sera tout autrement si une perte d’emploi survient, ou si on prévoit un congé sans solde ou un projet qui requiert un décaissement spécifique afin d’assurer les besoins de subsistance. En pareil cas, au moins deux ans avant l’événement, on place un pourcentage du portefeuille dans des véhicules plus sécuritaires, comme des fonds à revenu fixe avec une qualité de crédit élevée. Ce même processus s’applique deux ans avant la retraite.

C’est également le bon moment pour préciser le montant nécessaire au maintien de notre niveau de vie à la retraite. Devra-t-on piger dans nos réserves pour payer les dépenses courantes? Nos prestations de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et de la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) ne suffiront pas toujours... Un particulier dans la cinquantaine devrait tester des scénarios de décaissement, faire des projections et consulter un expert dans ce but. «En faisant des projections de décaissement, celui qui s’attend à toucher des revenus modestes ou faibles à la retraite pourra déterminer comment défiscaliser le plus efficacement possible ses placements», rappelle le planificateur financier. Prenons l’exemple de Janine, 55 ans, qui anticipe avoir des revenus annuels inférieurs à 18 000$ à sa retraite et réclamer le Supplément de revenu garanti (SRG). «Elle aura intérêt à prioriser l’épargne dans son CELI plutôt qu’un régime de retraite comme le REER.» En effet, en versant des sommes dans son CELI après impôt, elle évite d’avoir à les retirer du REER au moment de la retraite, ce qui risquerait de la pénaliser par rapport au SRG, car elle aurait alors trop de revenus. Après 65 ans, les sommes retirées du CELI ne s’ajouteront pas au revenu imposable.

On détermine également si l’on souhaite devancer la réclamation de ses rentes de la RRQ à 60 ans (avec une pénalité), plutôt qu’à 65 ans. De nouvelles règles ont pris graduellement effet ces dernières années et changent la donne pour les personnes nées après le 1er janvier 1954. Repousser notre demande entre 65 ans et 70 ans permettra de recevoir des prestations plus élevées. Une personne en mauvaise santé pourrait vouloir sa rente même si elle est escomptée, alors qu’un travailleur de 60 ans ne voudra généralement pas la réclamer puisqu’il paiera plus d’impôt. Il faut donc y aller au cas par cas, d’où l’intérêt de demander l’aide d’un expert.

À la retraite, on portera une plus grande attention aux revenus générés qu’à la croissance du capital. Pour pallier le manque à gagner entre nos revenus de pension et le coût de la vie, il faudra puiser dans notre portefeuille de placements. «Pour combler les revenus manquants chaque année, on s’assure donc de provisionner un compte ou un panier de subsistance en y déposant des produits financiers qui donnent des revenus et où le capital est protégé», explique Gaétan Veillette. Ce compte pourrait contenir, par exemple, des titres qui génèrent de hauts dividendes et des obligations individuelles de qualité. Si Claudette, 67 ans, a des revenus de pension de 17 000$ par année et qu’elle estime avoir besoin d’un minimum de 25 000$ par an pour vivre décemment, elle devra puiser 8 000$ tous les ans dans ses comptes de placements (panier de subsistance).

Dès 65 ans, on peut recevoir la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV). Depuis le 1er juillet 2013, il est toutefois permis de la reporter jusqu’à 60 mois (5 ans) après la date d’admissibilité. On touche ainsi un montant bonifié de 0,6% par mois reporté jusqu’à un maximum de 36% à l’âge de 70 ans. Une piste à envisager selon notre état de santé, notre situation professionnelle, nos sources de revenus présentes et futures et nos projets. Par ailleurs, il existe au fédéral et au provincial plusieurs crédits d’impôt pour les aînés et les retraités: montant en raison de l’âge, montant pour revenu de pension, crédit d’impôt pour activité des aînés... Se renseigner auprès d’un comptable ou d’un fiscaliste permettra de ne rien oublier.

Plusieurs stratégies fiscales permettent également aux retraités de fractionner leur revenu de pension avec le conjoint. Les prestations d’un régime de retraite agréé peuvent l’être, tout comme le fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) ou les fonds de revenu viager (FRV ou FRVR). La rente de la RRQ peut également être divisée si le conjoint avec le plus gros revenu à la retraite reçoit également une rente de la RRQ plus élevée.

À la retraite, les revenus garantis valent leur pesant d’or. Selon plusieurs recherches, les retraités devraient avoir au moins 40% de leurs revenus sous forme de rentes, incluant celles de la RRQ et la PSV. Certaines personnes penseront à s’acheter une rente viagère afin d’assurer une portion plus grande de leurs revenus de retraite. Ce produit permet effectivement de recevoir un montant fixe mensuellement tout au long de sa vie, mais ce n’est pas gratuit! La rente viagère est intimement liée au niveau des taux d’intérêt. Plus ils sont bas, comme c’est le cas ces dernières années, plus il faut débourser un montant substantiel de capital. Et au lendemain du décès de son détenteur, la rente cesse et l’argent demeure entre les mains de l’institution financière. Pour protéger le conjoint survivant, mieux vaut ajouter une clause de réversibilité au bénéfice de ce dernier.

Dans la soixantaine, il est également bon de réviser notre testament, notre mandat et notre procuration. On s’assure qu’ils respectent toujours nos volontés. Si on a nommé, dans la trentaine ou la quarantaine, des liquidateurs testamentaires qui avaient une vingtaine d’années de plus que nous, peut-être faudrait-il envisager de les remplacer s’ils nous semblent trop âgés ou moins motivés à remplir cette délicate tâche. De plus, tous les détenteurs de biens immobiliers à l’extérieur du Canada, comme un condominium en Floride, devraient envisager de rédiger un testament dans le pays et la juridiction concernés par ce bien. «On s’assure que notre testament respecte les lois du pays, conseille M. Veillette. En cas de décès, cela facilitera le processus d’homologation.»

Dans quels véhicules de placement doit-on investir nos épargnes? Notre politique de placement nous le dira! Ce document exprime nos besoins, notre tolérance au risque et notre horizon de placement en tenant compte de notre profil socio-économique, de notre accès ou non à un fonds de pension de notre employeur, du nombre d’années nous séparant de la retraite, etc.

En sachant quel type d’investisseur on est, il est plus facile de déterminer le pourcentage d’actions (titres de croissance plus risqués) et d’obligations (titres à revenu fixe plus sécuritaires) à intégrer dans notre portefeuille de placements. «Ces questionnaires déterminent notre tolérance au risque», confirme Gaétan Veillette. Certains auront un profil d’investisseur conservateur ou modéré, alors que d’autres seront au contraire plus dynamiques ou même spéculatifs. Ainsi, un investisseur pourrait, à 45-50 ans, avoir jusqu’à 80%, voire plus, de son épargne en actions. «Avec un profil très conservateur, on risque de ne pas maximiser à long terme le potentiel de croissance du patrimoine. Mais tout dépend de la philosophie du particulier en matière de placements.»

Merci à M. Gaétan Veillette, planificateur financier chez Groupe Investors.

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Commentaires

Aspect fiscal post vente d'un condo aux USA

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J'ai peut-être manqué un article sur ce sujet......