Tricotées serrées

Tricotées serrées

Imani via Unsplash

Rencontre téléphonique avec une bénévole qui aide des femmes en résidence à prendre conscience qu’elles «sont pas rien», une maille à la fois.

En temps normal, Lisette Gagnon, bénévole pour les visites d’amitié du Centre d’action bénévole de Chicoutimi, se rend dans une résidence de la région afin de tenir compagnie à une gentille nonagénaire qui souffre d’angoisse. Elle y a aussi fondé un club de tricot (son idée à elle) auquel participent des résidentes, certaines en marchette, qui ne sortent pas beaucoup. Ensemble, elles manient leurs aiguilles pour créer foulards, pantoufles ou poupées qui seront distribués dans des maisons d’accueil pour les personnes itinérantes ou des pays en voie de développement. Entre toutes ces femmes, des liens se tissent… qui ne se détricotent pas!

Quand ça déborde

Pandémie oblige, Lisette ne peut plus se rendre sur place pour visiter son amie ni conseiller les tricoteuses. Qu’à cela ne tienne! L’infirmière à la retraite s’est vite trouvé une autre façon de se rendre utile. «Je fais maintenant des téléphones d’amitié. J’appelle mon amie en résidence tous les jours. La pauvre tourne en rond dans sa cage. Certains jours, ça déborde. On échange, ça aide à la calmer.» Dans son quartier, il y a aussi cette artiste-peintre de 81 ans qui, en raison de son emphysème avancé, est branchée sur un respirateur 24 h sur 24. «Je vais chez elle avec mon mari entre trois et quatre fois par semaine. Pendant que mon conjoint sort les bacs à ordures, elle et moi nous parlons à travers sa porte-fenêtre. C’est sûr qu’il faut parler plus fort que d’habitude (rires), mais on a du fun. Elle me montre les cartes 3D qu’elle a faites. Mes visites la rassurent.»

Les petites victoires qui font du chemin

Et son club de tricot? Pas question pour notre septuagénaire bénévole de laisser tomber ses amies! Elle les appelle aussi, histoire de savoir où en sont rendus leurs projets de laine. «J’ai formé une équipe pour qu’elles puissent s’entraider et se débrouiller sans moi en cas de pépin. Quand elles se désolent d’avoir laissé échapper une maille sans être capable de la récupérer, je leur dis “Continuez! Et quand je vous verrai, je vais vous arranger ça!”» En plus d’être leur conseillère — «elles m’appellent même Madame la Présidente! (rires)» — Lisette Gagnon est un baume pour ces femmes qui se sentent seules et parfois désœuvrées, surtout par les temps qui courent. «Ces femmes-là, elles attendent mon appel. Je leur propose des activités pour se changer les idées, comme marcher dans le corridor ou parler à leurs enfants. Ces petits gestes quotidiens, ce sont comme de petites victoires.»

L’effet boule… de laine

Plus de sept ans dans la même résidence, ça crée des liens. «Quand mes amies me disent que je leur fais du bien, je leur réponds “Vous dites que vous recevez de moi, mais vous, vous donnez au suivant”.» Celle qui a travaillé 40 ans dans un hôpital psychiatrique et qui s’est occupée de sa mère quand celle-ci était malade voit le bénévolat comme un loisir. «Je ne suis pas obligée de le faire, je VEUX le faire. Ces femmes, je les aime. Pour moi, ce sont toutes ma mère. En même temps, je ne suis pas impliquée émotionnellement, comme une vraie fille le serait. Elles peuvent donc me parler de sujets dont elles n’oseraient s’entretenir avec leurs enfants.» Le bénévolat est aussi pour elle un apprentissage, ayant beaucoup appris de ses amies. «Elles me montrent à vieillir. Je vois ce que je dois faire tout de suite pour bien avancer en âge. J’occupe mes journées autant que possible. Je lis, je couds, je parle à mes enfants et à mes petits-enfants. Quand je fais un appel Facetime avec ma petite-fille de deux ans, qui n’a pas l’habitude de ce mode de communication, elle me demande où je suis! (rires). Bref, il y a tout le temps quelque chose à faire et c’est très bien comme ça!» 


Ces portraits sont réalisés dans le cadre de notre action On jase-tu? qui vise à briser l’isolement social. Merci à nos partenaires de leur appui: Quebecor | Les Résidences Soleil - Groupe Savoie | Laflamme et Associés | L’Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic | McCafé



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Commentaires

le tricot ou pour occuper son temps

Bonjour, moi aussi je tricote. J'ai initié un groupe de tricoteuses à La Cordée à Sherbrooke. Cependant, étant donné la crise sanitaire on ne se regroupe plus à La Cordée. Je tricote chez moi et je fais des bonnets, des écharpes et des lavettes. J'écoute aussi de la musique classique. Pour moi, tricoter c'est une méditation. J'oublie l'isolement du confinement. J'ai apporté mes oeuvres à la friperie Le support à Sherbrooke.