Grandes entrevues Le Bel Âge: Guylaine Tremblay

Grandes entrevues Le Bel Âge: Guylaine Tremblay

Photo: Laurence Labat; maquillage: Richard Bouthillier; coiffure: Jonathan Lee; stylisme: Annie Richard; vêtements et accessoires: Le Château.

La quatrième saison d’Unité 9 se termine en avril, mais la série, qui a touché une corde sensible dans le coeur des Québécois, reviendra à l’automne. Guylaine Tremblay y incarne Marie, le personnage principal. Détenue pour le meurtre de son père, elle change au contact des autres prisonnières et d’un système carcéral mal adapté. «Marie est étouffée par sa colère, explique l’actrice. On ne peut pas faire de prison sans être transformée. Toute la peine, la rage, la douleur enfouies en elle depuis 40 ans ressortent. Elle n’est pas méchante, elle souffre. Sa colère froide glace le sang, je la trouve épeurante. On dirait un autocuiseur sans soupape pour évacuer la pression.»

Le destin des femmes incarcérées à la prison fictive de Lietteville a de quoi bouleverser. Ainsi, Guylaine est consciente qu’en abordant un thème aussi terrible que l’inceste, la série risque de réveiller de grandes douleurs chez certaines téléspectatrices. «Bien des femmes refusent encore de nommer leur douleur. Elles vont parler de “taponnage” et taire la gravité de leurs expériences.» D’ailleurs, avant le tournage, l’auteure Danielle Trottier et les comédiennes ont tenu à rencontrer des détenues et des intervenants. Ces contacts privilégiés ont convaincu Guylaine que la majorité des femmes en prison ne sont pas à leur place. «Elles ont beaucoup plus besoin de psychologues que d’être enfermées. La plupart des criminelles ont vécu des enfances et des adolescences de violence et d’abus systématiques, des années de souffrance qui restent ignorées du système.»

Des leaders autochtones déploraient récemment que la télévision minimise la présence des Amérindiens dans le système carcéral canadien. En effet, alors qu’ils ne représentent que 2% de la population, ils constituent plus de 12% des détenus. Guylaine en est bien consciente: «L’auteure et les producteurs ne voulaient pas que Lietteville soit une prison blanche. Malheureusement, les actrices d’expression française issues de minorités ethniques ne courent pas les rues, et les rôles féminins de cette série sont très difficiles à jouer. Il faudrait que des artistes autochtones s’inscrivent dans les écoles de théâtre et passent des auditions. Je suis persuadée que la situation va évoluer un jour.»

Les habitués de la série savent à quel point le jeu de Guylaine peut devenir intense. Vivre une telle douleur et une pareille colère pendant toute une journée de tournage peut avoir des répercussions: «Certains soirs, je rentre chez moi complètement épuisée. J’ai mal partout à force d’être crispée, mais je suis follement heureuse de jouer ce rôle. Cette femme blessée trouvera peu à peu le chemin de la lumière, mais elle ne l’aura pas facile. Heureusement, je ne suis pas de celles qui traînent leur personnage à la maison et, dès le tournage terminé, je l’oublie jusqu’au lendemain. Quand j’arrive chez moi, fatiguée morte, j’ai grand plaisir à préparer le souper et à jaser avec mes deux filles, Juliane et Marie-Ange. Nous rions beaucoup ensemble. Ma vie familiale m’aide à garder un équilibre essentiel.»



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