Lise Lefèvre: aidante de nature

Lise Lefèvre: aidante de nature

Remi Walle via Unsplash

Des comités d’école à la Table de concertation des aînés, en passant par le Centre d’action bénévole de Nicolet, Lise Lefèvre n’a jamais baissé les bras pour aider son prochain. Rencontre (téléphonique) avec une prof exemplaire.

Une maîtresse d’école comme Miss Grenier (son nom de mariée), ça ne s’invente pas. Durant ses 40 années d’enseignement — «39 ans et six mois!» —, dont les quatorze dernières auprès de jeunes décrocheurs, la presque septuagénaire, qui fêtera ses 70 printemps cet automne, a fait preuve de dévouement et d’initiative. «Je suis une fille à solutions!» Au moment de sa retraite, survenue deux ans après le décès de son mari, la «trop jeune» veuve de 57 ans s’est dit «J’ai du temps, du cœur au ventre, la santé, j’y vais!» Où ça? 

D’abord, il faut le dire, l’ancienne enseignante a toujours été active dans sa communauté. «J’ai fait partie de comités d’école; j’en ai chaperonné des soirées de danse!» Mais aussi, elle s’est toujours entièrement dévouée à la cause des jeunes, leur offrant son soutien et les aidant à développer leur potentiel. À la retraite, elle s’est engagée au sein de l’Association des retraitées et retraités de l’éducation du Québec, où elle aide à l’organisation d’activités, et à la Table de concertation des Aînés de Nicolet-Yamaska. Dans le cadre de l’initiative MADA (Municipalité amie des aînés), elle a également participé à la création d’un comité intergénérationnel visant à briser l’isolement des moins jeunes. Elle s’est aussi mise à enseigner le français à la Société Saint-Jean-Baptiste. Enfin, elle a jeté son dévolu sur le Centre d’action bénévole de sa ville, où elle donne un coup de main «de n’importe quelle façon.» Correction de textes, téléphones d’amitié, service de transport, rien n’est à son épreuve. «Je ne suis pas une femme à tout faire, mais plutôt une femme qui fait tout ce qu’elle peut faire! (rires)»

 

Amis et leçons de vie

Ce que Lise Lefèvre aime par-dessous tout, c’est d’apprendre à connaître les autres. «On rencontre toutes sortes de gens, qui ont tous des vécus différents. Je m’enrichis à leur contact. Dans le fond, c’est moi la gagnante là-dedans!» Avant la pandémie, elle tenait compagnie à une tisserande experte de 86 ans. «On tissait ensemble, des linges à vaisselle, des napperons. Elle m’appelle “Ma belle Lise” (rires). Quand la crise est survenue, je lui ai téléphoné pour lui dire de me passer un coup de fil si elle avait besoin de quelque chose.» Ces temps-ci, la bénévole fait des téléphones d’amitié tous les deux à trois semaines. «Les gens ont besoin de jaser! Je parle à environ 46 personnes, ça me prend 2 jours. Je leur demande comment va la santé, le moral, si elles ont des besoins.» Ces appels l’aident toujours à remettre les choses en perspective, dit-elle. L’une de ses interlocutrices est suivie en oncologie. «Pourtant, elle profite de la vie, garde sa bonne humeur, observe les oiseaux, se rapproche de ses petits-enfants. Disons que ces gens-là nous mettent les yeux à la bonne place!»

 

ABC: Attachement, Bonheur, Complicité

Pour elle, les conversations téléphoniques ne sont pas un travail (ni aucune de ses actions bénévoles d’ailleurs). «C’est un plaisir! Et ils ont tellement attachants.» Des liens solides se créent entre elle et ses nouveaux amis. «Je vais marcher avec une femme dont le mari souffre d’Alzheimer. On promène ensemble nos chiens, qui sont aussi à deux mètres de distance (rires). Ça lui fait du bien d’accepter l’aide des autres, cette dame m’a-t-elle confié, en ajoutant: “J’ai l’impression qu’on se connaît depuis longtemps”. On va continuer de se voir, même après la crise, c’est sûr!» Il y a aussi ce monsieur de 99 ans, qui fêtera ses 100 ans le 10 septembre prochain. «Je vais l’appeler ce jour-là et lui faire envoyer des fleurs. Et vous savez quoi? Il vit encore chez lui!» Lise voue une admiration sans bornes à tous ceux qu’elle a pris sous son aile. «Ils font preuve de courage, de fierté, de cohérence… Et ils sont tellement respectueux.»

 

Une bonne conduite

Notre bénévole offre aussi de transporter ceux qui ont besoin de se rendre à un rendez-vous médical, par exemple (ça, et aller porter des livres). «Ce qu’on fait en cours de route? On jase! (rires). On apprend à se connaître.» Derrière le volant, elle écoute les histoires de ses passagers et se laisse émouvoir. «Il y avait ce monsieur, que je suis allée conduire à l’hôpital pour une opération. Quand je suis retournée le chercher à l’heure convenue, il n’y était pas. J’étais dans tous mes états, jusqu’à ce que j’apprenne qu’il devait être gardé en observation pour la nuit. Le lendemain, j’ai appelé pour prendre de ses nouvelles. Il allait bien. Ouf!»

 

100 % présente!

Qu’est-ce qui anime tant Mme la Professeure? «Je ne peux pas rester à ne rien faire. Le bénévolat, ça me fait découvrir autre chose. Et si je peux aider, alors c’est mission accomplie!» Le bénévolat pour elle, c’est se servir de sa tête, avoir le cœur et l’esprit ouverts. C’est aussi cette chance de participer à un grand travail d’équipe. «Les bénévoles comme les gens qu’on aide en bénéficient. On partage nos idées, nos émotions, nos peines.» Dans sa vie personnelle, elle constate que la pandémie a rapproché sa famille. Ses deux fils, qui habitent loin de Nicolet, prennent  souvent de ses nouvelles. «Ils s’inquiètent pour leur mère! De même que les gens avec qui je fais du bénévolat. Tout le monde veille sur tout le monde.» Ce qui fait qu’à ceux qui lui disent «Lise, une chance qu’on t’a», elle répond: «Une chance qu’on s’a!»


Ces portraits sont réalisés dans le cadre de notre action On jase-tu? qui vise à briser l’isolement social. Merci à nos partenaires de leur appui: Quebecor | Les Résidences Soleil - Groupe Savoie | Laflamme et Associés | L’Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic | McCafé