La cueillette des champignons sauvages

La cueillette des champignons sauvages

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«Une nouvelle voisine m’avait invitée à une cueillette de champignons sauvages à Saint-Élie-d’Orford. J’en ai cueilli cinq espèces que j’ai goûtées. Ç’a été le coup de foudre!»

La scène se passait en 1988. La Montréalaise Denise Boudreau venait d’emménager dans les Cantons-de-l’Est pour se rapprocher de la nature et mieux connaître les arbres. Or, comme elle l’apprendra plus tard, «les champignons sont souvent associés aux arbres; pour les connaître, il faut donc connaître les variétés d’arbres.» La cerise sur le champignon!

Elle devient rapidement membre des Mycologues de l’Estrie, à Sherbrooke. La mycologie au Québec en était à alors à ses balbutiements. «Il y avait peu de documents, les livres étaient surtout en anglais et Internet n’existait pas. On peut choisir d’être autodidacte, mais ce n’est pas évident, surtout quand on sait qu’il existe près de 3 000 espèces répertoriées au Québec!» En 1998, deuxième début: Denise Boudreau s’inscrit au Cercle des mycologues de Montréal, car des cours y sont offerts. «Au début, on cueille les champignons pour en manger, mais avec le temps on veut en connaître plus. Je voulais me spécialiser dans les familles de champignons. J’y ai donc suivi plusieurs sessions et j’ai beaucoup appris, avant de déménager à Montréal en 2006.»

Le plaisir du mycologue

Son premier intérêt aujourd’hui est la découverte de nouvelles espèces. «On ne s’ennuie jamais avec les champignons!» assure-elle. Chaque saison apporte ses trésors. «Tout commence avec les morilles, les premiers champignons à sortir au printemps; ce sont mes préférés. On entend souvent dire que l’automne est le meilleur temps pour cueillir, mais ce ne sera vrai que s’il y a eu beaucoup de pluie. C’est pourquoi les mycologues adorent la pluie. L’hiver venu, on poursuit l’identification des champignons amorcée au retour des excursions, et que l’on a fait sécher.» 

Car il est essentiel de les identifier. «Ce n’est pas parce qu’on trouve un champignon qu’on peut le manger, rappelle Denise. Il est peut-être toxique ou, s’il ne l’est pas en soi, il peut l’être devenu à cause du milieu ambiant. Et l’on trouve toujours de nouvelles espèces non identifiées.» D’où le plaisir des excursions un peu partout au Québec: «En un weekend, un groupe peut cueillir 400 espèces... en plus de découvrir de magnifiques paysages.» Notre mycologue scrute aussi en ville les pelouses et les parcs, pour y trouver «le joyau rare ou délicieux. Souvent, les gens nous trouvent bizarres; à Sherbrooke, on m’appelait “la petite dame au sac brun”.»

Ce loisir de plein air plaira à ceux qui aiment marcher, «s’ils ont de bons reins, précise Denise Boudreau. On doit sans cesse se pencher pour cueillir et parfois même chercher à quatre pattes. Il faut aussi beaucoup de patience, liée à un certain intérêt scientifique. C’est plus complexe qu’on ne le croit; il faut une vie pour connaître les champignons!» Denise assiste chaque année au congrès annuel de la Northeast Mycological Federation. «C’est très agréable d’apprendre et de partager ses connaissances avec d’autres passionnés.» Et que dire du plaisir gastronomique! Mme Boudreau goûte ces «soirées d’hiver partagées avec des amis mycologues, à déguster nos champignons cueillis l’été précédent et conservés séchés ou congelés. Un festin qui nous fait rêver et élaborer des projets pour l’été suivant.»



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