10 livres québécois pour l'été

10 livres québécois pour l'été

Jairph via Unsplash

L’été est le moment parfait pour se plonger dans la lecture. On vous propose 10 livres québécois qui vous feront voyager à travers le monde et les époques.

 

Un monde à part

«Une fois, j’ai été morte.» Étrange fillette que cette petite Claude Kerouac, 11 ans: intelligente, mystérieuse, déroutante, inquiétante parfois, et pourtant très attachante! Quarante-huit heures se sont écoulées lorsque sa famille réalise qu’elle a disparu. Deux policiers mènent l’enquête, sans trop d’inquiétude toutefois, car l’enfant est coutumière du fait. Elle adore se cacher, habituellement sous l’escalier, là où elle trouve le silence, «cette cachette invisible que personne ne peut pénétrer». Même sa psy, «la Femme essuie-tout», ne parvient pas à la comprendre. Quant à ses proches, ils y ont tout bonnement renoncé. Claude nous initie à son monde de mots qui auraient pu gambader sous la plume de Réjean Ducharme. Une histoire étrangement fascinante, de la littérature, aussi. 

Guy Lalancette, Les cachettes, VLB éditeur (264 p., 26,95 $ ou 20,99 $ en version numérique). 

 

Envers et contre tout

L’auteur connaît son sujet pour avoir vécu, enfant, la guerre et la déportation. Il en a témoigné dans ses films et dans ses livres. Mais il nous présente plutôt ici une série d’anecdotes palpitantes qui ont connu, par chance, un dénouement heureux: tel soldat mal en point est caché par de braves gens; tel autre prend une ville à lui seul. Un enfant échappe aux balles; un autre naît sous les bombes. Un amour, aussi... Au milieu de l’horreur absolue, l’audace, la chance, et, surtout, une profonde humanité redonnent parfois espoir en la nature humaine.

Alain Stanké, Les belles histoires d’une sale guerre, Éditions Hugo Doc (252 p., 27,95 $).

 

L’échappatoire

Québec, mars 1775. Loi de la guerre: les Lafrenière se voient contraints d’héberger des soldats anglais. Parmi eux, le capitaine Walker – un homme bien éduqué, plutôt sûr de lui – ne semble pas insensible au charme d’Aurélie, fille aînée de la famille. Mais la belle rousse est promise à Rodolphe De Grandpré, qu’elle considère comme un mufle. Pour échapper à cette situation, la jeune intrépide se réfugie à Boston où, plus d’une fois, elle se trouvera en fort mauvaise posture... Un vrai roman d’amour sur fond historique minutieusement documenté. 

Stéphanie Martin, Le destin d’Aurélie Lafrenière, tome 1, L’officier anglais, Guy Saint-Jean Éditeur (502 p., 24,95 $ ou 18,99 $ en version numérique).

 

 

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Une guerrière

«Elle est douce, généreuse, romantique, sensuelle, élégante, raffinée, sensible et pure, mais aussi exigeante, extrovertie, solitaire, réservée.» Tel est le portrait que brosse avec amour Robert Langevin, qui, depuis 1986, partage la vie exaltante mais pas toujours facile de Renée Claude. L’entendre chanter était un plaisir, la voir sur scène le décuplait. Son amour des mots, elle l’a magnifié à travers les textes de grands poètes et paroliers, tant français que québécois. Son biographe suit pas à pas la vie et la carrière de l’artiste; quant aux magnifiques photos – cheveux longs ou courts, lisses ou frisés, grain de beauté ou pas –, elles ne pourront qu’émouvoir ceux qui ont aimé et aiment encore cette grande dame, frappée hélas par la terrible maladie qui fait de sa vie un ailleurs et qui l'a emportée en mai dernier. 

Mario Girard, Renée Claude. Donne-moi le temps, Éditions La Presse (255 p. avec encarts photos, 26,95 $). 

 

Faire face ou non

Cette autofiction n’est pas à proprement parler une lecture d’été: c’est une lecture à faire pour découvrir une plume. La narratrice, Fauve, est capable des attitudes les plus touchantes, et parfois des pires, dans l’accompagnement de son père frappé par la maladie. Au fil de courts chapitres rentre-dedans, l’auteure nous fait partager humour, ironie, sarcasmes, mais aussi, finalement, la tendresse déguisée de Fauve pour cet homme qui «n’était pas fait pour être père». Un style qui sort comme ça, sans fioritures, brut de décoffrage, mais que l’on reconnaîtra à l’avenir.

Rose-Aimée Automne T. Morin, Il préférait les brûler, Éditions Stanké (230 p., 22,95 $ ou 16,99 $ en version numérique).

 

Tout sur elle

«Je mens facilement aux gens que je méprise.» Eh bien, cette autobiographie nous porte à croire que Francine Noël chérit son lectorat, car elle avance sans masque, nous disant toute la vérité. Depuis son enfance et jusqu’à ses 75 ans, l’actrice, écrivaine et professeure de théâtre n’essaie jamais de se montrer sous un jour qui l’avantagerait; et c’est ce qui nous la rend d’autant plus sympathique. Cette mère et grand-mère a connu des hommes (beaucoup d’hommes), mais a eu peu d’estime pour son père qui, c’est un fait, n’en méritait guère. En nous racontant son histoire, c’est aussi celle du Québec et de son époque de bouleversement que Francine Noël revisite non sans émoi. Elle n’aime ni les contraintes ni les principes: c’est à prendre ou à laisser. On prend, et l’on garde!

Francine Noël, L’usage de mes jours, Éditions Leméac (385 p., 34,95 $).

 

Le fracas des souvenirs

Connaît-on jamais vraiment ceux qui nous ont donné le jour? Après la mort de sa mère, en découvrant ses cahiers, Hanna comprend enfin cette femme qui fut «là, mais ailleurs» et qui, sa vie durant, a porté un lourd secret: elle avait rêvé d’une mer étale et n’a rencontré que des tempêtes. Deux printemps marquent ce récit: celui de 1914, alors que l’Empress of Ireland coulait au large de Pointe-au-Père, entraînant dans la mort plus de mille personnes; et puis mai 1949... Chez Hélène Dorion, la poésie est omniprésente, vibrante, enveloppante, violente par moments, à l’image de la vague illustrant la page couverture de cet «écrin».

Hélène Dorion, Pas même le bruit d’un fleuve, Éditions Alto (180 p., 22,95 $ ou 13,99 $ en version numérique).

 

Sur les rails

«Chauffer un train, c’est pas une job de filles.» À 34 ans, Marie Guilbaud a si souvent entendu cette réflexion désobligeante qu’elle n’en est même plus affectée. Ce qui compte pour elle, c’est de conduire à bon port, dans le Nord québécois, ses 240 wagons de minerai. Déjà à Schefferville, où elle est née et a vécu, Marie était perçue comme «une anomalie de la nature». Ni son père ni son frère ne prenaient sa défense. Elle fera donc face seule à la vie qu’elle a choisie et qui la comble. Jusqu’au jour de l’accident: en pleine tempête, son train blesse à mort un orignal blanc, considéré comme sacré par les Autochtones. De multiples aventures entraîneront alors la conductrice aux confins d’un monde où amour, folie et mort se frôlent en un indescriptible chaos.

Isabelle Grégoire, Fille de fer, Éditions Québec Amérique (240 p., 24,95 $ ou 16,99 $ en version numérique).

 

 

Scoop

On «tue la une» d’un journal quand on décide, à la dernière minute, de remplacer la nouvelle du jour par une autre, plus importante. Dans ce cas-ci, c’est de la fiction: 14 journalistes sont invités à écrire une nouvelle policière ayant pour toile de fond leur univers familier de recherche et d’enquête. Les faits divers, la politique, le sport, les potins, l’internet fournissent de riches décors à l’imagination de ces professionnels assez habiles pour nous emmener, captivés, au bout de chacune de ces histoires pas si invraisemblables que ça.

On tue la une, sous la direction de Sonia Sarfati, Éditions Druide (288 p., 22,95 $ ou 15,99 $ en version numérique).

 

Au diapason

Elles ne s’étaient jamais rencontrées; pourtant, elles sont devenues des âmes sœurs, le temps d’écrire ce petit bijou littéraire sans prétention mais débordant d’émotions. Ces deux amies nous racontent les bonheurs éphémères que nous offre la nature – arbres, coquillages, oiseaux, rivières, couchers de soleil – et que nous ne prenons pas toujours la peine d’apprécier. Leurs fillettes Zoé et Zaza viennent joliment émailler de leurs mots d’enfants ce délicat journal à quatre mains ouvert à l’émerveillement.

Dominique Fortier et Rafaële Germain, Pour mémoire (Petits miracles et cailloux blancs), Éditions Alto (176 p., 23,95 $ ou 14,99 $ en version numérique).