Le compagnon de ma mère

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«Elle n’a plus l’âge pour ça, s’indigne Colette dont la mère de 74 ans s’est amourachée d’un jeunot de 72 ans. Et puis, qu’est-ce qu’elle peut bien lui trouver? Il n’a aucune envergure. Sa conversation se limite au sport et au bridge.» De toute évidence, Colette accepte mal l’arrivée du nouveau conjoint de sa mère.

Les craintes et les appréhensions des enfants

Son cas n’est pas unique. Plusieurs enfants voient d’un mauvais œil leur mère – ou leur père – s’engager dans une relation amoureuse après l’âge de la retraite. Même après avoir quitté la maison depuis longtemps, la famille reste un clan serré, où n’entre pas qui veut. Mais il y a plus. Des craintes et des appréhensions, entre autres.

«Les insécurités suscitées par la venue d’un nouveau conjoint dans la vie d’un parent âgé sont nombreuses, souligne Louise Fréchette, psychologue et psychothérapeute en analyse bioénergétique. Certains craignent que leur mère leur accorde moins d’importance qu’à ce nouveau conjoint. Ils se sentent soudainement moins “utiles”. Si le père décédé occupait une grande place dans le cœur des enfants, ceux-ci peuvent trouver pénible de voir un étranger occuper une place privilégiée auprès de leur mère. Ils le vivent comme une trahison. D’autres redoutent que leur mère vieillissante se fasse manipuler ou que le nouvel amoureux dilapide l’héritage familial. À la limite, certains peuvent être jaloux de ce bonheur si leur propre couple va à la dérive. Sans compter que l’arrivée d’une nouvelle personne affecte la dynamique familiale.»

Lorraine, elle, avait peur de voir sa mère s’effondrer si la relation ne fonctionnait pas. «Elle a vécu difficilement le décès de mon père, raconte-t-elle. Ç’a été pénible pour toute la famille. Actuellement, elle vit en couple depuis un an, et elle semble très heureuse. J’espère juste que ça continue.» «Une rupture amoureuse, ça fait toujours mal, peu importe l’âge, convient Yvon Dallaire, psychologue et sexologue. Mais il y a pire qu’un chagrin d’amour: l’absence d’amour. Prendre le risque d’aimer, c’est prendre le risque d’être laissé. Soit. Mais si on a vécu jusqu’à 70 ans, on sait aussi qu’on finit par s’en remettre. Et les beaux moments vécus, eux, restent.»



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