La vie en résidence depuis la COVID-19

La vie en résidence depuis la COVID-19

Gabriel Porras via Unsplash

En réponse à la pandémie de COVID-19, des résidences pour personnes âgées ont redoublé de créativité afin d’offrir à leurs locataires un milieu de vie sécuritaire, tout en continuant de veiller à leur bien-être. Regard sur cette nouvelle réalité. 

La pandémie de COVID-19 a chamboulé notre quotidien du jour au lendemain. Dans les résidences où le personnel nous a fait part de son expérience dans cette situation hors de l’ordinaire, de nouvelles habitudes ont été adoptées. Le déconfinement est entamé, mais les contours d’une tout autre réalité se dessinent lentement: la vie après la pandémie ne sera plus la même.

 

La sécurité avant tout

Le personnel des résidences que nous avons contactées avait déjà l’habitude de travailler avec du matériel de protection. «Comme il y a parfois des éclosions de gastroentérite ou de grippe, on a des mesures bien rodées qui peuvent être rapidement mises en place», affirme Mylène Dupéré, vice-présidente des affaires publiques et des communications corporatives du Groupe Sélection. Les règles adoptées depuis l’éclosion de la COVID-19 n’ont donc pas déstabilisé les employés qui s’y sont conformés et qui, à leur tour, ont incité les résidents à en faire autant. 

«Très vite, nous avons cherché un couvre-visage dont le tissu permettrait de bien respirer et nous en avons fait confectionner pour les offrir à nos résidents», rapporte Katarina-Darkise Marcil, vice-présidente de l’expérience client aux Résidences Soleil du Groupe Savoie. Le port du masque, qui semblait incongru il n’y a pas si longtemps, est désormais un préalable pour se balader librement dans les aires communes de la résidence. À l’heure du déconfinement, ces aires communes ont d’ailleurs été repensées afin de permettre aux résidents de socialiser tout en respectant les règles de distanciation physique.

«Nous avons mesuré les ascenseurs pour évaluer combien de personnes pouvaient y entrer, réaménagé les salles à manger et offert plusieurs services à l’heure des repas», précise Mylène Dupéré. Installation de plexiglas pour diviser les tables de la salle à manger, affiches rappelant les consignes de distanciation physique, réorganisation des aires de détente extérieures: chaque détail a été pensé pour faciliter un retour à la vie normale… ou presque.

 

Des activités réinventées

Pour égayer les journées sous le signe de la prudence, le Groupe Maurice a offert à ses locataires un été de divertissements. «Dans le cadre de Festivia, nos résidents ont pu profiter d’une programmation étalée sur neuf semaines, incluant notamment des spectacles de Gregory Charles, d’Angèle Dubeau et d’Alain Dumas. Nous avons même eu un cracheur de feu!» décrit Chantal Beaulieu, vice-présidente adjointe de l’exploitation au Groupe Maurice, qui a par ailleurs créé une application mobile permettant aux résidents de télécharger une trousse d’activités accessibles sans avoir à mettre le nez dehors. «Elle comprend un programme d’activité physique et des visites virtuelles de musées.» 

Dans les résidences du Groupe Sélection, des cours de yoga et des spectacles sont diffusés sur une chaîne en circuit fermé, ainsi que des conférences et des discussions sur Facebook Live. Des parties de bingo sont organisées étage par étage. «Nos employés se sont donné pour mission de créer des échanges, des petits moments de bonheur et des activités intéressantes», confie Mylène Dupéré. Ses propos rejoignent ceux de Chantal Beaulieu, encore surprise de la rapidité avec laquelle son équipe de récréologie a revampé le calendrier des activités: «Le tout a été organisé en quelques jours!»

 

L’entraide au menu

Les récréologues des résidences n’ont pas été les seuls à s’activer pour remonter le moral des troupes: de nombreux locataires ont aussi mis la main à la pâte. «Dans une de nos résidences, des habitués du bénévolat ont créé ce qu’ils ont appelé “l’escouade réconfort”, raconte Mylène Dupéré. Ils allaient cogner aux portes des autres locataires pour prendre de leurs nouvelles et les aider, au besoin, à utiliser leur ordinateur ou leur tablette.» Du côté des Résidences Soleil, les membres des clubs d’artisanat, de tricot et de couture ont entrepris de confectionner des masques. «Ils sont vendus à la réception de nos résidences ou dans nos dépanneurs, précise Katarina-Darkise Marcil. Les fonds ainsi recueillis sont remis à des organismes caritatifs.» 

 

Un virage techno

Comme bon nombre de Québécois, les locataires des résidences ont également dû, au cours des derniers mois, se familiariser avec le processus d’achat en ligne et les applications de vidéoconférence. Car maîtriser les bases du fonctionnement d’une tablette ou d’un portable était souvent la meilleure façon de maintenir une vie sociale et de faire son épicerie. «Pendant la pandémie, de nombreuses familles ont apporté des tablettes ou des portables à nos résidents pour leur permettre de naviguer sur Internet», dit Katarina-Darkise Marcil. Des employés à temps plein ont été mandatés pour apporter du soutien aux personnes désirant apprivoiser le Web.

«Nous avons formé une escouade dont la principale tâche est d’aider les gens à communiquer avec leurs proches et à faire leurs achats en ligne, explique Frédéric Soucy, président de la Société de gestion COGIR s.e.n.c. Les produits livrés dans nos résidences – qu’il s’agisse de colis des proches ou de nourriture –, sont désinfectés et acheminés à l’appartement par les membres de l’escouade.»

Cet apprentissage de l’utilisation du Web aurait-il fait naître de nouvelles habitudes? «Des résidents continuent de faire leur épicerie en ligne», constate Frédéric Soucy. Katarina-Darkise Marcil, pour sa part, est convaincue que les cours d’informatique offerts dans les Résidences Soleil connaîtront un regain de popularité. «On observe une fréquentation accrue de nos salons Internet depuis leur réouverture.»

 

Le début d’un temps nouveau?

À tous ceux et celles qui ont dû se contenter de l’essentiel pendant quelques mois, la pandémie a fait découvrir de nouveaux plaisirs, comme celui d’une conversation avec une voisine, d’une balade en bonne compagnie ou d’un cours d’artisanat. Aux Résidences Cogir, certains éternels solitaires ont même pris goût aux activités de groupe. «Des locataires qui n’avaient pas de repas inclus dans leur bail ont commencé à venir dîner ou souper à la salle à manger, rapporte Frédéric Soucy. Ça leur permet de socialiser avec d’autres résidents.» 

La pandémie a ainsi mis en lumière l’importance des contacts humains, et les résidences pour aînés en font plus que jamais une priorité. «C’est essentiel pour nous que les gens soient stimulés intellectuellement et qu’ils continuent d’avoir une vie sociale, assure Chantal Beaulieu. Nous avons d’ailleurs mis les petits bonheurs quotidiens au cœur de plusieurs actions. Ça fait vraiment une différence!» 

Sans savoir si on retrouvera un jour nos habitudes d’avant la pandémie, nul doute que cette période unique aura permis aux résidences et aux locataires de donner le meilleur d’eux-mêmes, comme le souligne Katarina-Darkise Marcil: «On est heureux quand on voit les gens sourire sous leur masque.»