Et si on se pardonnait enfin?

Et si on se pardonnait enfin?

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Difficile de nous pardonner nos propres fautes? Conseils d’experts pour apprendre à faire preuve d’indulgence envers soi et tirer leçon de nos erreurs.

On a tous sur la conscience un geste commis ou des paroles prononcées sous le coup de l’émotion. Parler d’un ton bête à son vieux parent ou son petit-enfant, filer sans laisser nos coordonnées sur le pare-brise de la voiture qu’on vient d’accrocher, médire d’un collègue… Pour Josée, c’est le remords de s’emporter pour des peccadilles qui la poursuit. «Je ne parviens pas toujours à maîtriser mes élans de colère», avoue-t-elle. Avoir des moments dans la vie où on ne se sent pas trop fier de nous, c’est normal. Là où le bât blesse, c’est quand on n’arrive pas à se pardonner nos torts. 

«Cette rancune envers nous-même, parfois inconsciente, s’accumule, risquant de nous empoisonner l’existence, et éventuellement, celle des autres», affirme Robert Enright, fondateur du International Forgiveness Institute, aux États-Unis, et pionnier dans le domaine de la recherche scientifique sur le pardon. Se pardonner est plus difficile que d’excuser ceux qui nous ont fait mal, renchérit Diane Gagnon, coach et conférencière: «On est plus dur avec nous-même qu’avec les autres.» On gagnerait pourtant à mettre en pratique le pardon le plus souvent possible, soutient Robert Enright: «De nombreuses études rapportent ses bienfaits pour le bien-être mental et physique.» Bon pour nous, bon pour les autres, ajoute-t-il, puisque l’auto-pardon a des retombées positives à effet boule de neige: plus on l’adopte, plus on contribue à rendre le monde meilleur. Alors que le manque d’auto-indulgence, au contraire, peut mener à la dépression ou l’anxiété. Bref, apprenons à être miséricordieux envers nous-même, on nous le pardonnera bien! 

Étape par étape

Qu’on puisse tout se pardonner semble dur à avaler. Pour Georges, 61 ans, les vieux péchés sont impossibles à oublier: «Pendant des années, j’ai été trop sévère et peu affectueux avec mes trois enfants. Je le regrette amèrement aujourd’hui, nos relations étant houleuses. Mais je ne sais pas comment réparer mes torts, et je m’en veux beaucoup.» Si on a menti, abusé d’une autre personne, volé ou pire, on risque de croire que nos paroles ou actions demeurent inexcusables et qu’on ne mérite aucune clémence. «Et si on est croyant, on demeure souvent convaincu que seule une autorité suprême pourra nous accorder le pardon», ajoute Robert Enright. Or, le pardon est une vertu qu’on peut tous adopter, surtout si on est prêt à le faire et qu’on le souhaite du fond du cœur. Pourvu qu’on franchisse d’abord trois étapes essentielles. «Ce que j’appelle, dit-il, les 3 R du pardon: le remords, le repentir et la réparation.»

1 Réaliser ses torts

Pour y arriver, on gagne d’abord à reconnaître qu’on a eu tort. Une entreprise qui peut s’avérer toutefois ardue… «Pour toutes sortes de raisons, orgueil, frustration, blessures du passé ou absence de remise en question, on ignore parfois le mal qu’on a fait, dit Robert Enright. D’où l’avantage d’apprendre à se pardonner. Plus on le fait, mieux on est prêt à admettre nos fautes, et moins on est porté à blâmer les autres.» Après l’examen de conscience viennent bien sûr les remords. «La culpabilité est le plus grand obstacle à notre épanouissement», affirme Diane Gagnon. Comment s’en défaire? Déjà, rien que de se convaincre qu’on ne peut pas changer le passé, seulement le présent, nous encourage à regarder vers l’avant et à trouver des façons de réparer nos fautes, répond Robert Enright: «Jeter un regard compréhensif et indulgent sur nos agissements est aussi une bonne façon d’apprendre à nous accepter et, éventuellement, à nous pardonner. Après tout, on est humain!» Attention, toutefois, à ne pas nous mettre hors de cause sans réflexion aucune. Une amie qui s’exclame: «Oh, que j’ai été vilaine, mais je me pardonne» après avoir cassé du sucre sur le dos d’une autre personne, ça ne compte pas!

2 Faire son mea culpa

S’en vouloir à mort ne donne strictement rien, surtout si on tend à répéter la faute. «Combien de fois ai-je explosé pour ensuite m’en mordre les doigts? raconte Josée. Une fois la poussière retombée, je regrette vivement mon impétuosité et je me promets de ne pas répéter l’expérience. Mais, hélas, rien n’y fait et je m’enlise dans la culpabilité.» Faut-il dans ce cas abandonner la lutte et se résigner à vivre sous son petit nuage noir en pestant contre notre sale caractère? On a le droit à l’erreur, à la bêtise occasionnelle et aux mauvaises décisions, soutient Robert Enright: «Ce qui compte, ce sont les gestes qu’on choisit de poser par la suite. Regretter une faute qui, à nos yeux, est répréhensible et se jurer, le cas échéant, de ne pas la répéter montre qu’on assume nos torts et qu’on souhaite les réparer.» Pour apaiser nos démons intérieurs, l’amour est champion, assure le psychologue: «Faire amende honorable auprès de ceux qu’on a blessés, puis mettre tous les efforts pour réparer notre faute, prouve qu’on tient à eux et qu’on désire s’améliorer. Même s’ils ne sont pas prêts à recevoir nos excuses, le temps aidant, ils finissent par voir que nos actions sont motivées par l’amour.» 

3 Réparer ses dégâts

On a fauté, on s’en est rendu compte, on s’est excusé, maintenant, on se met au travail! Comme Georges, qui a décidé de tendre la perche à ses enfants en s’excusant pour son attitude distante. «Je leur ai dit que je les aimais et que j’allais m’efforcer d’être un père – et un grand-père! – plus présent.» Si on souhaite changer un comportement nuisible, comme jouer de manière compulsive, boire, fumer, abuser des autres, ou se fâcher tout rouge pour un rien, comme dans le cas de Josée, on peut recourir à une aide professionnelle sous forme de consultation ou thérapie avec un psychologue ou un psychothérapeute, lire sur le sujet qui nous préoccupe, assister à des conférences, participer à des ateliers ou des groupes de soutien. Il peut s’agir aussi de changer certaines habitudes de vie, comme se coucher plus tôt, s’alimenter convenablement ou faire de l’exercice. «Cela nous aide à nous sentir mieux dans notre corps, ce qui favorise notre état d’esprit», observe Robert Enright.

Se pardonner l’impardonnable

L’auto-pardon est-il possible même si notre crime est condamnable? L’exemple d’un garçon ayant tué son beau-père parce que celui-ci battait sa femme nous dit que oui, avance Robert Enright. Après avoir purgé une peine de 15 ans en prison, celui-ci en est ressorti changé, regrettant son passé mais aussi prêt à faire face à l’avenir, en créant un centre d’aide à la réinsertion sociale pour les ex-détenus. «Cet homme dira sans doute qu’il n’est pas prêt à se pardonner, mais son projet en cours montre qu’il souhaite se réhabiliter. L’auto-pardon n’est pas une course. Je lui souhaite d’y parvenir éventuellement. En attendant, ses gestes, guidés par l’amour, apportent un grand bien dans sa communauté et, qui sait, sauront un jour apaiser sa conscience.»

Pour en savoir plus: le site internationalforgiveness.com (en anglais), de Robert Enright, ou les livres Apprendre à s’aimer, un jour à la fois et Porteurs d’espoir, de Diane Gagnon (éditions Smart Cat et Diane Gagnon).

5 gestes au quotidien 

L’auto-pardon est une vertu qui se cultive… Voici quelques actions proposées par la coach Diane Gagnon, à adopter quand le découragement nous gagne devant les remords.

-> On agit avec amour. «C’est la base de tout!»

-> On se dit: «J’ai fait de mon mieux.» On répète à nos enfants que l’important est de faire son gros possible dans la vie. Pourquoi, alors, ne pas profiter nous aussi de cette leçon?

-> On apprend de nos erreurs. «Elles sont là pour ça.»

-> On se souhaite du bien, à soi et aux autres. Cela permet de pratiquer l’indulgence, envers soi et autrui. «Pour ma part, j’aime réciter le mantra hawaiien Ho’oponopono "Je suis désolé, pardonne-moi, je t’aime, merci". Très libérateur.»

-> On fait la paix avant le dodo. «Dresser chaque soir un bilan nous permet de passer en revue nos actions et paroles de la journée et de voir ce qu’on pourrait améliorer le lendemain.»