Mes gencives vont-elles bien?

Mes gencives vont-elles bien?

Peter Kasprzyk via Unsplash

Les maladies des gencives sont le problème dentaire le plus fréquent chez les adultes et la principale cause de la perte de dents. Heureusement, on peut les traiter ou, encore mieux, les prévenir. La clé? Bien les soigner! 

Environ 75 % des adultes souffriront d’une maladie des gencives, ou maladie parodontale, au cours de leur vie. Le hic, c’est qu’elle se développe souvent lentement et sans douleur, de telle sorte que ceux qui en souffrent l’ignorent la plupart du temps. Or, les maladies parodontales peuvent avoir des répercussions sur l’état buccodentaire, mais aussi sur la santé globale.

«Les bactéries présentes dans la plaque dentaire peuvent migrer vers d’autres régions du corps par le sang et causer ou aggraver certaines affections, note le Dr André Shenouda, parodontiste et président de l’Association des parodontistes du Québec. Par exemple, la maladie parodontale au stade avancé contribue au développement des maladies cardiovasculaires et des AVC en favorisant le rétrécissement des artères. Il existe également un lien étroit entre la maladie parodontale et le diabète. Elle semble aussi associée à la maladie d’Alzheimer, à des problèmes respiratoires et à certains cancers, dont celui du pancréas.» Autant de bonnes raisons de ne pas prendre nos soucis de gencives à la légère!

Gingivite ou parodontite?  

Il existe deux types de maladies des gencives: la gingivite et la parodontite. La première désigne une inflammation bénigne des gencives causée par l’accumulation de plaque et de tartre sur les dents. «La plaque dentaire est une pellicule collante et incolore, principalement composée de bactéries, qui s’accumule sur les dents, explique Sylvie Proulx, hygiéniste dentaire et membre de la Brigade du sourire de Crest et d’Oral-B. Si la plaque n’est pas délogée régulièrement, elle durcit et se transforme en tartre, que seul un nettoyage professionnel peut enlever. Avec le temps, l’amas de tartre peut finir par créer une inflammation: c’est la gingivite.» Les signes qui devraient nous alerter? Une gencive rougeâtre, enflée et sensible, un saignement lors du brossage ou du passage de la soie dentaire et une mauvaise haleine persistante.

Si on ne la traite pas, la gingivite peut dégénérer en parodontite, une inflammation des tissus de soutien (os, gencives, etc.) des dents. «À ce stade, les bactéries s’infiltrent entre la gencive et les dents et forment des poches qui augmentent progressivement en profondeur, empêchant la brosse et la soie dentaire d’atteindre la zone, souligne le Dr Shenouda. Sans intervention, la situation se détériore jusqu’à provoquer une récession des tissus osseux et gingivaux. Les dents touchées changent de position, se déchaussent, bougent et finissent par tomber.» Cela dit, certains facteurs augmentent le risque de subir une maladie parodontale, dont l’hérédité (environ 10 % des cas sont associés à un gène), la prise de certains médicaments, le diabète, l’obésité, le tabagisme et le stress. À surveiller…

Les bons traitements

Heureusement, la gingivite est réversible. On empêche sa progression avec un détartrage des dents par l’hygiéniste dentaire au moins deux fois par année et une hygiène buccodentaire impeccable. En revanche, la parodontite ne s’élimine pas, mais on peut la contrôler. «Plus on s’en occupe tôt, moins le traitement sera invasif et moins il y aura de séquelles au niveau de la dentition», assure le Dr Shenouda. Le traitement varie selon la sévérité de la maladie.

La première étape consiste habituellement en un détartrage sous-gingival par l’hygiéniste dentaire, suivi d’un nettoyage en profondeur (aussi nommé surfaçage radiculaire, curetage ou débridement) par le dentiste. Cette intervention élimine le tartre et les bactéries dans la région sous-gingivale et lisse la surface de la racine des dents affectées, afin de faciliter l’attachement de la gencive avec les dents et d’éviter que les bactéries y adhèrent.

Le traitement se pratique sous anesthésie locale et requiert parfois deux séances. Dans les cas graves, le dentiste référera à un parodontiste, spécialiste des maladies des gencives. «Si le nettoyage en profondeur ne suffit pas, on peut pratiquer une chirurgie de réduction des poches, précise le DShenouda. L’objectif de la chirurgie, effectuée elle aussi sous anesthésie locale, est de diminuer la propagation bactérienne et de freiner la perte osseuse en éliminant les poches gingivales. Dans certains cas de perte osseuse ou de récession gingivale, on inclut une chirurgie de régénération des tissus osseux [greffe osseuse] ou gingivaux [greffe de gencives].»

Même à un stade avancé de la parodontite, on peut donc sauver sa dentition, à condition d’y voir le plus tôt possible. Quand les moyens financiers incitent à retarder les traitements préventifs ou curatifs, on peut se tourner vers les cliniques dentaires des universités et des hôpitaux, qui proposent généralement des soins dentaires à prix avantageux, tout comme les cliniques-écoles d’hygiène dentaire de certains cégeps. Autre piste: le projet Bouche B de la Fondation de l’Ordre des dentistes du Québec, mis sur pied pour les gens de milieux défavorisés ayant besoin de soins dentaires.   

L’incontournable prévention 

Jusqu’à récemment, la santé dentaire était presque uniquement associée à la prévention et au traitement des caries. Désormais, on se préoccupe aussi des gencives. Et la meilleure façon d’éloigner les maladies parodontales, c’est d’adopter une hygiène buccale rigoureuse.   

Visiter son dentiste. Sylvie Proulx recommande un nettoyage complet deux fois par année et un auto-examen régulier des gencives pour détecter les premiers signes de la gingivite.

Se brosser les dents au moins deux fois par jour. «On conseille l’utilisation d’une brosse à poils souples afin de réduire l’irritation des gencives et d’un dentifrice spécialement formulé pour nettoyer les gencives en profondeur», précise Sylvie Proulx. Mais même avec la meilleure brosse, on n’obtiendra pas les résultats escomptés si on n’emploie pas une bonne technique de brossage. Selon le DShenouda, la meilleure façon est de placer la brosse de manière à former un angle de 45° avec les dents, les poils sur le rebord des gencives, à la base des dents. Durée de brossage suggérée: deux minutes. «En brossant moins longtemps, on risque de tourner les coins ronds, tandis qu’en brossant trop longtemps, on peut endommager les gencives et favoriser le déchaussement. Par ailleurs, même s’il n’y a pas de moment idéal pour le brossage, je recommande de ne pas se nettoyer les dents immédiatement après le repas parce que la bouche est trop acide. L’émail est alors partiellement décalcifié et le brossage peut causer de l’érosion dentaire. On devrait plutôt attendre 30 minutes après avoir mangé pour se brosser les dents. À la limite, on pourrait même nettoyer ses dents avant le repas. L’important, c’est de déloger la plaque régulièrement, peu importe l’heure à laquelle on le fait.»

Utiliser la soie dentaire. Ce geste est essentiel pour prévenir le développement de la plaque entre les dents. On la passe au moins une fois par jour, de préférence le soir avant le coucher. «Contrairement à ce que plusieurs croient, mieux vaut passer la soie dentaire avant de se brosser les dents», affirme Sylvie Proulx. Et si certaines dents sont trop espacées pour permettre un passage efficace de la soie dentaire, on remplace celle-ci par une brossette interdentaire. 

Bien s’alimenter. Une saine alimentation contribue à la santé buccodentaire. Cela dit, le Dr Shenouda rappelle que les aliments n’ont pas d’impact direct sur les gencives. Toutefois, certaines études semblent indiquer qu’une alimentation riche en oméga-3 serait favorable au bon état des gencives. Et si les nôtres sont irritées et sensibles, on évite les aliments trop épicés. 

Mes gencives passent-elles le test? 

Pour le savoir, on coche les affirmations qui nous concernent parmi les suivantes:

Mes gencives sont passées du rose au rouge près des dents.
Mes gencives saignent à chaque brossage ou utilisation de la soie dentaire.
Mes gencives sont souvent enflées.
J’ai remarqué qu’il y a davantage d’espace entre mes dents.
Mes gencives sont sensibles sans raison apparente.
J’ai mauvaise haleine en permanence.

Si on a coché certaines de ces affirmations, on en parle à notre dentiste sans tarder. 

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