La dernière maison: documentaire-choc

La dernière maison: documentaire-choc

Courtoisie

Notre grande enquête Bel Âge montre que 77 % des 55 ans et plus trouvent que le Québec ne donne pas aux aînés la place et la reconnaissance sociale qu’ils méritent. Un sujet dans l’air du temps, alors que des voix s’élèvent pour dénoncer cet état de fait. La chroniqueuse de Salut Bonjour Annie-Soleil Proteau est de celles-là. En juin, elle dévoilera son documentaire La dernière maison, dans lequel elle s’interroge sur le sort que le Québec réserve aux personnes âgées. 

 

La pandémie a mis davantage en lumière les lacunes du système québécois, mais vous portiez ce projet en vous depuis bien plus longtemps…

J’ai commencé à travailler sur ce documentaire il y a quatre ans. Tout est parti de ma grand-mère, qui m’a un jour annoncé qu’elle quittait la petite maison d’Hochelaga qu’elle avait habitée pendant 37 ans pour aller en résidence. C’était une belle résidence avec une réputation correcte, mais ça ne s’est pas bien passé. C’est cette histoire que je raconte. 


À quel point étiez-vous proche de votre grand-mère?

J’ai souvent dit que j’ai grandi en bonne partie chez mes grands-parents. Ils habitaient à quatre portes de chez moi et j’étais toujours chez eux. Mon grand-père est décédé quand j’étais adolescente, mais je suis toujours restée très près de ma grand-mère. Quand elle a déménagé en résidence, elle était encore tout à fait autonome malgré un diagnostic de Parkinson. Et sûrement en raison du lien qui nous unissait, elle m’avait confié que ça ne lui tentait pas du tout d’aller là-bas et de quitter sa maison. Elle m’a même dit qu’elle avait peur. À ses enfants, mon père et ma tante, elle affirmait pourtant que c’était la bonne chose à faire, mais son discours était tout à fait différent avec moi. Je pense qu’elle sentait une certaine pression de la société. Ça ne devrait pas se passer comme ça.

 

Votre documentaire remet d’ailleurs en question nos choix de société. 

Les personnes âgées sont une richesse. Nous vivons dans une société capitaliste, une société de performance – et moi-même, je suis ancrée là-dedans –, mais sommes-nous obligés d’oublier à ce point-là ceux qui nous ont mis au monde? Ils nous ont tout donné, puis nous, on les «place»! Je me suis demandé: laisse-t-on vraiment les personnes âgées choisir leur dernière maison? Respecte-t-on leurs dernières volontés? Mes démarches m’ont appris des choses qui m’ont choquée et qui m’ont blessée. Ça part d’une histoire personnelle, oui, mais ça transcende l’expérience de ma famille. Ça touche tout le monde. Je parle de ma grand-mère, mais un jour pas si lointain, ce sera le tour de nos parents, puis le nôtre. 


Vos recherches vous ont-elles permis d’entrevoir un peu d’espoir?

Ce que je trouve justement déplorable, c’est que non seulement on ne donne pas aux aînés la place qu’ils méritent, mais qu’il existe des solutions. J’ai rencontré des chercheurs québécois, très avancés dans leurs recherches, ayant mis au point des solutions offrant une meilleure qualité de vie à ceux qui souhaitent demeurer à domicile. Ces solutions ne sont pas encore déployées ici pour des raisons politiques, techniques et financières qui, pour moi, n’ont pas de sens. Dans le documentaire, je pose beaucoup de questions et les réponses sont toutes là. Ça me donne le goût plus que jamais de continuer le combat.

 

Le documentaire La dernière maison sera diffusé sur les ondes de TVA le 6 juin à 21h30.