Comment se protéger des erreurs médicales

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On entend de plus en plus d’histoires d’horreur à propos de notre système de santé: mauvais diagnostics, lectures erronées de radiographies, bactéries contagieuses dans les établissements. Bref, il vaut mieux ne jamais avoir à mettre les pieds dans un hôpital. Mais voilà, on y est parfois obligé et il se peut qu’on y soit victime de mauvais soins.

Paul Brunet est depuis 1998 président et porte-parole du Conseil pour la protection des malades. Il a succédé à son frère Claude, qui a fondé il y a 40 ans cet organisme à but non lucratif, sorte de médiateur entre les institutions et les malades qui se croient lésés ou malmenés par le système de santé.

M. Brunet est catégorique: on peut régler la plupart des problèmes avec un peu de bonne volonté, mais il faut parfois hausser le ton. Cela dit, il existe des façons de mettre toutes les chances de son côté et se protéger des erreurs médicales. En voici quelques-unes à mettre en pratique.

Des trucs simples pour se protéger des erreurs médicales

Un patient qui entre à l’hôpital devrait s’assurer que son médecin de famille va suivre son dossier. Il arrive trop souvent que les gens soient abandonnés aux mains de spécialistes qui connaissent mal leur histoire médicale et personnelle

Il est recommandé d’être accompagné d’un proche qui nous aidera à prendre les bonnes décisions. Ce proche pourra servir d’interlocuteur avec les médecins et les infirmières si le patient n’est pas en mesure de s’informer adéquatement de son état. Mandaté par le malade, il peut demander à voir son dossier médical – c’est son droit –, ainsi que ses radiographies pour se les faire expliquer, ou même les montrer à un autre médecin, quitte à passer pour un individu malcommode...

Paul Brunet conseille aussi aux proches du malade de le visiter souvent, à des heures irrégulières, afin de connaître tous les intervenants qui en prennent soin. «Si on ne va jamais voir nos parents ou nos amis hospitalisés, comment allons-nous convaincre le personnel que cette personne est importante et mérite de l’attention?»

• Il ne faut jamais hésiter à complimenter et remercier les infirmières, les médecins et même le personnel d’entretien lorsqu’ils font du bon travail. Un sourire ou un remerciement valent de l’or.

• Si on a un grief à formuler contre le personnel, il vaut mieux que ce soit un proche du malade qui s’en charge et non le patient lui-même; ainsi, les plaintes ne proviendront pas d’une personne vulnérable aux représailles. M. Brunet fournit des exemples concrets: «Les représailles peuvent être subtiles; “on oublie” de changer une couche, de nettoyer la salle de bains, de servir un repas chaud, d’éteindre une lumière qui empêche de dormir...»

• La situation peut parfois se corser. Par exemple, un médecin ou une infirmière va jusqu’à menacer un patient d’un transfert dans un autre service ou un autre établissement. Il faut alors réagir vite. «C’est à ce moment que le Conseil pour la protection des malades entre en jeu, en communiquant directement avec les autorités. Normalement, les coordonnées du commissaire aux plaintes d’un établissement doivent être affichées à la vue de tous, mais peu d’hôpitaux le font. Ces commissaires devraient pouvoir être joints rapidement en tout temps, y compris les fins de semaine. Quand il y a de la mauvaise foi crasse, il m’arrive de les menacer d’alerter les médias. Cela leur donne la frousse!»

• Certaines personnes ont installé des minicaméras de surveillance dans la chambre d’un proche afin de faire la preuve de la négligence ou de l’acharnement du personnel. M. Brunet ne recommande pas cette pratique, mais il comprend que des familles exaspérées y aient recours. «Il faut alors avoir une cause en béton avant de rendre publics ces enregistrements, car les accusés peuvent contre-attaquer en cour pour atteinte à leur réputation.»

Erreurs médicales: en dernier recours

Lorsque les efforts de médiation ont échoué, on peut avoir recours à un avocat. Me Jean-Pierre Ménard se spécialise dans les causes impliquant notre système de santé. Selon lui, il est utopique de croire qu’une personne seule puisse se défendre contre la bureaucratie médicale. «Il faut prouver sans l’ombre d’un doute qu’une erreur médicale vous a causé un dommage bien précis, et évaluer ce dommage. Fournir cette preuve est difficile, insiste-t-il. Il faut savoir où trouver l’information pertinente dans la jurisprudence, interroger les bonnes personnes, trouver les bons experts.»

Il faut savoir aussi qu’au Québec, un peu plus de la moitié des poursuites (soit 16% de plus que dans le reste du Canada) se terminent par une compensation financière pour les patients lésés. Les médecins peuvent compter sur des assureurs nantis; ceux-ci disposent d’un fonds de réserve de deux milliards de dollars pour faire face aux poursuites.

La population québécoise vieillit et le type de poursuites judiciaires va suivre l’évolution démographique. Selon Me Ménard, il faut améliorer la qualité et l’accès des soins, et aussi faire respecter les droits des aînés. «Les vieux ont de la difficulté à être admis dans les établissements de leur choix; on les place souvent dans des endroits où ils ne veulent pas aller. On doit respecter davantage l’intimité des personnes, leur désir d’autonomie, et leur fournir un meilleur accompagnement en fin de vie.»

Le célèbre avocat est persuadé que l’invasion du privé dans le domaine de la santé est néfaste. «Le privé offre des soins de moins bonne qualité que le public, moins encadrés, plus axés sur la rentabilité que sur la qualité. Les effets pervers du privé vont s’accentuer, ce qui va constituer la majorité des combats judiciaires à venir.»

Conseil pour la protection des malades

1 877 CPM-AIDE (276-2433) ou 514 861-5922.

info@cpm.qc.ca

Ménard, Martin avocats: 514 253-8044.

www.menardmartinavocats.com

Mise à jour : février 2012



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