Quand l'amour touche le cœur

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Il a 12 ans, elle aussi, ils sont chaque jour dans la même cour d’école; ils s’échangent des regards, elle est timide, lui davantage... Ils sont amoureux l’un de l’autre. Sans se le dire. Déjà! Mais voyant la fête des cœurs s’amener, il demande à sa grand-mère, gêné de s’ouvrir à sa mère, ce qu’il pourrait offrir à une petite amie. Cette dernière, sourire aux lèvres, lui chuchote à l’oreille: «Des chocolats dans une jolie boîte de satin rouge. Comme grand-papa quand j’étais jeune. Les demoiselles aiment toutes le chocolat, tu verras...»


50 ans à s’aimer


Et grand-maman se souvient de son Gilbert et des chocolats au lait qu’il lui avait offerts, à peu près à cet âge, il y a bien longtemps... Elle se revoit, elle en soupire encore. Cinquante ans plus tard, après avoir traversé ensemble les hauts et les bas de la vie, après avoir lutté contre vents et marées, après avoir souri devant les joies, pleuré pour humecter les peines, ils sont encore ensemble, unis, main dans la main. L’amour d’hier a fait place à la tendresse. D’un regard, elle le réconforte. Lui la regarde, hélas sans comprendre. Parce que Gilbert souffre d’une dégénérescence, sa mémoire s’affaiblit de jour en jour. Elle, encore en forme, quelques courbatures, rien de plus, veille sur lui avec ce même soin amoureux qu’aux premiers jours.

Sans gâteries apparentes, sans cadeau enrubanné, avec juste la chaleur de sa main dans la sienne pour qu’il discerne qu’elle l’aime encore autant. Différemment. En le soignant, en le choyant de petits plaisirs instantanés qui, hélas!, s'égouttent dans l’entonnoir de l’oubli. Sans penser qu’elle est exténuée, qu’elle est parfois au bout de sa corde. Parce que les aidants, les soignants, ne se rendent pas compte de leur dévouement. Pas quand on aime encore après toutes ces années. Parfois lasse, soupirant quelque peu quand le couvercle cherche à sauter devant les questions trop souvent répétées, elle le regarde avec émoi et murmure: «Ça aurait pu être moi...» Pour que la vapeur redescende, pour que l’amour encore présent l’emporte sur l’impatience.



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