Grandes entrevues Le Bel Âge: Catherine Major et sa mère

Grandes entrevues Le Bel Âge: Catherine Major et sa mère

Martin Laprise

Anxiété et remise en question

Mais le rôle de grand-mère n’est-il pas venu atténuer quelque peu ce sentiment? Pas vraiment. Lorsque Catherine a appris à sa mère qu’elle était enceinte de son aînée, à la joie de voir sa fille devenir maman s’est immédiatement ajoutée une sorte d’inquiétude: «Tu vas donc aimer quelqu’un plus que moi!» Quel constat inattendu! Et Catherine de rétorquer: «On aime sa maman comme on aime sa maman.» Quant à elle, ses filles sont devenues le centre de sa vie, l’ont «amenée dans la réalité», mais elle ne pense pas avoir changé pour autant. «J’ai les mêmes besoins de manger, de vivre, d’être constamment en éveil…» Manger en priorité! Compte tenu de sa silhouette, à la fois gracile et sensuelle, on ne s’y serait pas attendu… (Rires…) Pourtant, elle abonde dans ce sens: «Nous faisons partie d’une famille de gourmands. Chez nous, la bouffe occupe une place démesurée. De plus, ma mère a toujours cuisiné avec beaucoup d’amour.» Et d’ajouter que son père passe maintenant le plus clair de son temps à mitonner des petits plats dont il fait profiter sa fille et les siens qui habitent au-dessus de chez lui.

Fait assez inusité, à 33 ans, Catherine Major vit dans le triplex qui l’a vue naître, à Outremont. Au bout d’un moment, on se dit que malgré le côté tourmenté de ses chansons, elle n’est pas si pessimiste que ça, Catherine Major. Simplement elle se remet en question souvent, et il y a eu dans sa vie des périodes «de chute hormonale complète» qui ont donné lieu à des textes plutôt sombres. On la sent proche de son corps. À ce propos, il faut la voir sur scène agissant et réagissant parfois comme un animal traqué. Elle en convient: «Je ne ferai jamais de chansons légères et je n’en écoute pas non plus.» Pour elle, une chanson se doit d’être musicale, littéraire, et porteuse de messages qu’on devrait pouvoir découvrir même après de nombreuses auditions. Idéalement, tout texte offre matière à une réflexion que chaque personne peut s’approprier. Ainsi «Un blanc sur ma mémoire» est en lien direct avec l’état d’âme d’une Haïtienne ayant perdu tous ses proches dans le tremblement de terre. Elle lui fait dire: «Je chante pour prier deux fois / Je prie pour calmer en moi / Les restes d’effroi.» Une jeune femme, décédée depuis, avait confié à Catherine que l’évocation de ce cataclysme pouvait aussi bien s’appliquer à ce qu’elle vivait elle-même, un cancer.



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