Devenir grand-mère

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Même les femmes les plus dures, même celles qui étaient découragées, il n’y a pas si longtemps, de voir leurs amies transformées en mamies gagas, craquent à leur tour quand naît l’enfant de leur enfant.

Tout au plaisir d’être grands-mères, plusieurs se lancent à fond dans cette aventure, au risque parfois de s’y perdre un peu… ou beaucoup. Il leur suffit d’un appel pour tout annuler et se précipiter auprès de bébé. «Si l’on a du mal à mettre ses limites, c’est peut-être que l’on n’en a jamais mis…», remarque la psychologue Hélène Boisvert. Elle invite fortement les nouveaux grands-parents à définir leurs attentes et leurs disponibilités dès les premiers jours. «C’est aux grands-parents d’en parler. Ils restent les parents de leurs enfants!», rappelle-t-elle en expliquant que la venue d’un bébé réactualise leur statut d’enfant.

Limites, contraintes et circonstances

Qu’elles travaillent, qu’elles habitent loin de leur nouveau tout-petit ou qu’elles aient une vie sociale chargée, certaines doivent déjà composer avec les limites que la réalité leur impose, quitte à les étirer. Gaétane venait tout juste de prendre sa retraite quand sa fille unique a accouché de… jumeaux. Un accouchement difficile, dont elle est sortie anémique et épuisée. «Au début, elle était tellement faible…», se souvient la mamie qui se demande parfois comment sa fille s’en serait sortie si elle-même avait encore été au travail. Malgré toute leur bonne volonté, leur fille et son mari en ont vite eu plein les bras. Une gardienne est venue les épauler. Gaétane prenait ensuite la relève et préparait les soupers du couple en pleine adaptation, qui avait à peine le temps de manger.

Elle s’est engagée à fond. Elle est non seulement mamie de jumeaux, mais son petit-fils est atteint de neutropénie, c’est-à-dire qu’il est pratiquement sans défense face à l'infection. Dès qu’il fait de la fièvre, on doit l’hospitaliser et l’isoler pour combattre l'infection. Tout cela est exigeant. Surtout qu’à deux, les enfants sont souvent malades, otites, bronchites… «L’un finit, l’autre commence!»

Très présente, Gaétane s’est donnée beaucoup, beaucoup, jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle était épuisée. Victoria et Philippe avaient alors un peu plus d’un an. «Quand j’enseignais, j’étais fatiguée moralement. Avec les bébés, j’étais crevée physiquement.» Étonnée, cette femme, qui a toujours su mettre ses limites, a compris qu’elle s’était laissé emporter par la vague de l’amour maternel. «Mais ça a été une bonne chose. Ça a permis à notre fille de constater que chacun a ses limites : elle a les siennes, j’ai les miennes. Et ça lui a appris à élargir le cercle de ses ressources.» Gaétane, elle, a appris à se retirer un peu, même si elle ne reste jamais longtemps sans voir ses petits trésors!

«Il faut que les enfants devenus parents soient capables de répondre à leurs besoins et de trouver les ressources qui leur sont nécessaires sans toujours se fier à leurs parents, qui doivent leur laisser la chance d’être de bons parents», soutient Hélène Boisvert. La psychologue ajoute que l’on doit valider nos enfants comme parents, et non les dénigrer. «Si, par exemple, le médecin leur a dit de mettre de la glace, on les laisse faire, même si dans notre temps, on mettait plutôt de la chaleur. On n’a pas à intervenir.»



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