Grandes entrevues Le Bel Âge: Laurence Jalbert

Grandes entrevues Le Bel Âge: Laurence Jalbert

Stéphane Lamontagne

Des épreuves... encore et encore

Laurence connaît un vif succès et ses chansons tournent en boucle à la radio, mais le sort semble s’acharner sur elle. Un jour, un gérant se sert d’une clause mal écrite dans un contrat pour lui piquer tout son argent, une trahison qui la blesse au plus profond du coeur. «Quand je travaille avec quelqu’un, dit-elle, je lui fais une confiance absolue. Certains en ont profité.» Avec d’autres, elle a connu un grand bonheur. «Michel Bélanger, d’Audiogram, a toujours été là pour me guider quand je faisais mes disques, dit-elle. Lorsque vient le temps d’enregistrer mes voix, je n’ai aucun recul, contrairement à la scène, et Michel m’a guidée tout au long de ma carrière. C’est un ami précieux.»

D’autres épreuves ont accablé la chanteuse rousse, de graves ennuis de santé qui ont laissé des traces. «À quelques reprises, on m’a prédit qu’il ne me restait qu’une semaine à vivre, dit-elle sur un ton désabusé, mais chaque fois j’ai éloigné le désespoir. En fait, je suis à une étape de ma vie où j’élimine de mon cercle d’amis les gens qui ne sont pas porteurs d’espoir.»

On se rappellera peut-être que, peu de temps après la naissance de son fils, Laurence a été attaquée par une bactérie mangeuse de chair. On lui annonce alors qu’elle pourrait ne pas se réveiller après l’opération. Mais l’anesthésiste, Thierry Petry, lui chuchote à l’oreille: «Tu pars pour un long voyage, mais je ne te laisserai pas tomber. Je serai là quand tu vas te réveiller.» Laurence choisit de le croire et sortira de sa maladie. Elle compose pour son médecin la chanson Qui est cet homme? dont peu de gens connaissent la véritable inspiration:

J’ai vu un homme qui souriait aux anges que je n’ai pas vus...

Laurence aura aussi plus tard de graves problèmes de glande thyroïde, un goitre qui lui fait pendant des jours des yeux exorbités. Et elle souffre en permanence de fibromyalgie. À chaque difficulté, elle s’accroche en pensant à ses enfants.

Puis, au matin de ses 50 ans, tout son univers bascule: «Il y a cinq ans, raconte-t-elle, mon fils m’a dit: “Maman, je ne te comprends plus, tu ne souris plus comme avant.” Je me suis effondrée.» Ce qui lui tombait dessus, c’était la dépression nerveuse, sujet tabou dans le monde des artistes. Qui va engager quelqu’un qui ne se contrôle plus? Laurence Jalbert va donc vivre un enfer secret pendant des mois. «Mon mari me nourrissait à la cuillère le matin, puis il me conduisait sur les lieux de mon spectacle. J’en faisais quatre par semaine. Je pleurais toute la journée et le soir je me cachais dans ma loge. La femme que je maquillais n’était pas moi, je ne me reconnaissais plus dans le miroir. Quand je montais sur scène, je faisais venir en moi la petite Lison de mon enfance et je chantais comme elle, avec tout mon coeur, en criant mon désespoir. Je me souviens avoir fait une émission d’En direct de l’univers déguisée en soeur Sourire... Je souriais, mais c’était une façade qui n’était pas moi. Et tout le temps je me demandais ce que je faisais là. La femme qui avait écrit Au nom de la raison était devenue une femme raisonnable, loin de ses passions.»

Laurence comprend qu’un grand ménage s’impose dans sa vie, un ménage nécessaire, mais difficile. Elle se sépare de son mari, rétablit les liens avec sa fille, cesse de fréquenter les gens toxiques et va consulter un spécialiste. «Personne n’est à l’abri de la maladie mentale, ajoute-t-elle. Quand on en souffre, il faut se soigner comme il faut et prendre le temps de faire entrer l’espoir dans sa vie.»

Aujourd’hui, la chanteuse travaille encore très fort, mais elle reste vigilante. Lorsqu’elle a parlé publiquement de sa maladie, plusieurs artistes lui ont avoué être aussi passés par là, mais en silence, pour ne pas nuire à leur carrière.



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