Une rose

Jean-Louis-Gauthier billet de mai 2015

Ainsi, je la revois assise à sa machine à coudre, penchée sur son ouvrage... Manteaux d’hiver pour nous protéger du froid, chemises de coton et pantalons. Elle voulait que ses enfants soient beaux, propres et bien mis. Elle avait la fierté de son petit monde. Elle avait donné le jour à trois petits princes quand ma soeur enfin est arrivée. Elle se mit alors à coudre de jolies robes. Je me souviens particulièrement de l’une d’elles, rose, et dont la jupe piquée de fleurs blanches était gonflée par un cerceau et une crinoline. Notre soeur avait l’air d’une infante. Je ne suis pas sûr, par contre, qu’elle appréciait vraiment ces accoutrements! 

Ma mère aimait aussi les fleurs. Je la revois dans l’allée, penchée sur ses rosiers dont elle prenait le plus grand soin. Elle adorait aussi les «oeillets de poète», dont le nom me semblait aussi joli et romantique que la fleur elle-même. 

Je me souviens également qu’elle fermait les yeux quand nous passions en voiture sur un pont. Elle avait peur de l’eau. Une peur viscérale. D’où lui venait donc cette peur? 

Autre image: on vient d’annoncer à la radio la mort de la chanteuse Rolande Désormeaux, emportée par un cancer du sein. Maman arrête tout et va s’asseoir à la table de la cuisine. Elle est atterrée, bouleversée comme si elle venait de perdre une amie chère, une soeur. Rolande Désormeaux avait 37 ans et laissait deux jeunes enfants. C’était en 1963. En 1963, maman, elle, venait d’être opérée d’un cancer du sein. Elle avait six enfants à ses trousses. 

La maladie a sûrement été un très grand choc pour elle. Et ce n’est sans doute pas un hasard si, peu de temps après être revenue de l’hôpital, elle a appris à conduire l’auto... comme si elle voulait profiter de la vie au maximum. Le dimanche, elle nous emmenait faire «un tour de machine». Mains agrippées au volant, le regard droit devant. Elle m’impressionnait! Cette image d’une femme déterminée et combative m’aura accompagné, je crois, tout au long de ma vie, comme un legs précieux qui m’aide à affronter l’adversité. 



Pages :

7

Commentaires

Une rose.

C'est un bel article qui m'a fait penser à ma mère Que de souvenirs de ma jeunesse.Merci pour ces
beaux souvenirs,continuez on vous aime.C. C.xx

Une rose

Comme toujours Monsieur Jean-Louis,vous m'avez toucher.Ma mère est décédée lorsque j'avais 18 ans et je ne passe pas une journée sans penser à elle.J'aime beaucoup vous lire.Votre chien Edmond est chanceux de vous avoir comme ami.Merci d'être là.

Billet une rose

comme toujours un très beau billet - lorsque je recois le BelAge , j'ai toujours hâte de vous lire
-très beaux témoignages ou tranches de vie - ce que vous dites est tellement ''vrai'' à chaque fois
-merci , continuez votre bon travail

commentaire

Merci monsieur Jean Louis Gauthier , oui merci ,car chaque mois c'est un bonheur de vous lire , votre authenticité et votre facilité à partager est une richesse pour moi qui est la chance de vous lire . Il n'y a jamais d'indifférence dans la lecture de vos beaux textes et le titre tellement bien choisi . Merci

encore une fois....

encore une fois....vous parlez de l'essentiel! Merci Jean-Louis. :-)

une rose

Ma mère est décédée en 2010 et ce texte m'a mis les larmes aux yeux surtout que j'ai un frère qui se bat contre un cancer; mon chum relève d'un triple pontage alors je sais que la vie est difficile et fragile

commentas

J'ai subi un triple pontage le 30 septembre 2015 à 74 ans à l'hotel dieu de Mongtréal
Je sais donc que la vie est difficile et fragile
Gilles Desrochers