Une histoire de cœur

Il s’appelle Edmond. Edmond, c’est la tendresse et la gentillesse mêmes, avec un museau au bout. Il aime les gens, va spontanément vers eux.

Si, dans l’ascenseur, quelqu’un a la bonne idée de lui faire de l’œil, il est sûr qu’Edmond répondra à ses avances, se dressant sur ses pattes de derrière tout en fouettant l’air de ses pattes de devant. C’est sa façon à lui de dire bonjour. Tant d’exubérance et d’expressivité! C’en est parfois un peu gênant… Un jour, quelqu’un m’a dit: «Votre chien, il est mûr pour le Cirque du Soleil.» Mais Edmond se fout bien de ce qu’on peut penser.

Il se laisse aller, n’a pas honte d’exprimer ses émotions, sans crainte d’être rejeté. Edmond, c’est la joie de vivre incarnée, la bonne humeur à toute heure du jour. Il mord dans la vie, avale le bonheur à grandes lampées.

Notre histoire a commencé il y a 12 ans, quand je suis allé le chercher chez l’éleveur. Il avait tout juste deux mois. Une petite boule! Une peluche! Le lendemain, je l’ai amené chez le vétérinaire, histoire de m’assurer qu’il était en bonne santé et qu’il avait bien tous ses morceaux.

– Votre chien a un souffle au cœur! m’a dit la docteure après l’avoir longuement ausculté. – Un souffle au cœur? Est-ce grave? – Moi, à votre place, je le retournerais. Le retourner! Comme une marchandise! J’ai enveloppé Edmond dans sa petite couverture et je l’ai ramené à l’éleveur. Je n’étais pas fier de moi. La nuit suivante, j’ai mal dormi. Les jours passaient. Je n’arrivais pas à oublier Edmond. Chaque fois que mes yeux se posaient sur cette cage vide près de l’entrée, j’avais un petit pincement au cœur. J’ai finalement rappelé l’éleveur. Edmond n’avait pas encore trouvé preneur. Je l’ai repris.

À cause de ce souffle au cœur, je l’ai aimé encore plus fort. Les semaines ont passé. Nous sommes retournés chez le vétérinaire pour un examen de routine. Plus de souffle au cœur! Parti! Envolé! Je me suis dit que l’amour que je lui avais prodigué y était sûrement pour quelque chose. Ce diagnostic venait confirmer une idée à laquelle je crois profondément, passionnément: l’amour peut faire des miracles, déplacer des montagnes et guérir les éclopés.

Voilà donc 12 ans qu’Edmond et moi filons le parfait bonheur… Petites balades dans le parc matin, midi et soir. L’été, nous nous assoyons sur le banc, notre banc, près de l’allée, collés, collés, comme des amants. Je lis pendant que monsieur écoute chanter les oiseaux, épie les écureuils.

La belle vie, quoi!

Edmond, c’est mon coach de vie. Il me ramène dans l’instant présent, me rappelle l’importance des choses simples… La douceur du vent. L’odeur des fleurs. La fraîcheur de l’herbe. Il m’apprend à être là, tout simplement.

Il m’aide aussi à créer des liens, à aller vers les autres, sorte de trait d’union entre moi et tous ces inconnus que je croise dans la rue et à qui je ne parlerais sans doute jamais sans la présence d’Edmond.

Merci, cher Edmond! Tu allèges ma vie, tu l’embellis. La maison sans toi ne serait pas la même. Il y aurait un grand vide, une absence.

Il y a quelques semaines, Edmond s’est mis à boiter. Nous sommes retournés chez le vétérinaire. Verdict: ligaments croisés déchirés.

Il a été opéré. Longue réhabilitation. Exercices de physiothérapie trois fois par jour. Compresses chaudes. Petits massages. Il a repris lentement du poil de la bête.

Sauvé encore une fois! Edmond gambade et court à nouveau comme un neuf. En le voyant foncer, tête baissée, avec l’espoir d’attraper les écureuils dans le parc, je me dis que le bonheur et la tendresse se présentent sous différentes formes, qu’ils se présentent même parfois sous la forme d’un petit chien, les oreilles dans le crin.

Merci encore, Edmond. Merci à vous tous aussi, animaux de la terre. À vous qui ne savez ni lire ni écrire, mais dont la présence est comme une chanson, un poème, un roman, une merveilleuse aventure.

Jean-Louis Gauthier, Rédacteur en chef

jean-louis.gauthier@bayardcanada.com

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Commentaires

Merci monsieur Jean-Louis,

Encore une fois, j'ai pris plaisir à vous lire. Un de ces jours, il faudrait présenter votre Edmond à mon Harriet!