Mots croisés

Laurence Labat

Notre vocabulaire a tellement changé ces dernières semaines. Confinés, pandémie, distanciation sociale, immunité collective... Aurions-nous imaginé magasiner des masques en tissu plutôt que du linge d’été?

Les points de presse égrènent chiffres et termes scientifiques au point qu’on en vient parfois à oublier ce que ces derniers recouvrent. Les fameux 2 mètres/6 pieds tiennent peut-être le coronavirus à distance, mais pas ses conséquences.

Derrière chaque «personne décédée», un être aimé avec un nom, une histoire, des proches. Comme Philippe, le papa de notre collègue Marie-Claude, parti retrouver sa Suzanne. Derrière chaque interdiction de rassemblement, des grands-parents rêvant de serrer leurs petits-enfants dans leurs bras. Comme notre autre collègue Francine, qui a tellement envie de revoir en vrai Émile et Olivia.

Derrière chaque jour de confinement, une vie en suspens. Comme celles de nous tous dans la communauté Bel Âge. Des centaines d’abonnés ont d’ailleurs déjà été contactés par d’autres lecteurs et des membres de notre équipe dans le cadre de la chaîne de solidarité que nous avons lancée pour prendre de vos nouvelles. Ghislaine a hâte de refaire ses courses elle-même en auto et de retourner avec sa nièce au casino. Aldée adore chasser et pêcher avec son épouse malgré les bestioles piquantes du Nord, dont il raffole beaucoup moins. Jocelyne encourage ses amies à respecter les consignes du Dr Arruda. Georgette et Solange cousent des masques. Denyse passe le temps en jouant du piano. Félicienne produit du sirop d’érable avec sa fille. Monique discute tous les jours au téléphone avec ses enfants, installés à la Baie-James. Pour Lise, c’est plutôt des rendez-vous FaceTime. Monique fait son jogging au quotidien sur le bord de la rivière. Sans oublier René, toujours au service des autres, même de chez lui. Mes billets lui font, paraît-il, beaucoup de bien. J’espère, cher René, qu’il en sera de même pour celui-ci.

Oui, on est aussi parfois tannés d’entendre parler d’épidémie tout le temps, à bout d’être isolés, la tête remplie de propos stressants, stressés par l’inconnu de ce qui nous attend. Mais les beaux jours finissent toujours par revenir, c’est une certitude. Réunions de famille, soupers, voyages, partys, activités de groupe... On retrouvera bientôt tous les mots qu’on aime tant. Et tous les gens qu’ils recouvrent.