Les arbres de mon pays

Billet Jean-Louis Gauthier janvier 2014

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En fait, c’est notre sujet préféré, peut-être parce qu’il englobe tous les autres. La vie... La vie qui bat. La vie qui va.

Fernand a maintenant tout son temps pour discourir, lui qui se déplace de plus en plus difficilement, qui va à pas lents de la chambre au salon, du salon à la chambre.

Il passe maintenant presque toute la journée assis dans son fauteuil, là, près de la fenêtre. Son fauteuil qui est devenu un peu comme sa maison.

– C’est tellement beau! m’a-t-il dit l’autre jour en tournant son regard vers la fenêtre.

– Qu’est-ce qui est beau?

– Tout cela! Le parc, les enfants, les arbres.

Les arbres qui montent la garde, beau temps mauvais temps, le long de l’allée.

C’est qu’il les a beaucoup aimés, les arbres, Fernand. Les arbres de son pays, mais aussi ceux de France et d’Italie, ces deux pays où il a passé la plus grande partie de sa vie. Il dit que c’est l’une des grandes choses de la vie, les arbres. Les arbres, la vie des arbres, avec ces feuilles qui, l’automne venu, tombent lentement, comme à regret, pour habiller le sol avant le froid. Les arbres nus, dénudés, pendant l’hiver. Cet hiver qui s’éternise, semble ne plus vouloir finir. Puis c’est à nouveau le miracle, le miracle des petites pousses vert tendre, grosses comme des têtes d’épingle, qui chantent avec le printemps.

La vie dans son éternel recommencement.

La vie qui tient le coup malgré tout, de saison en saison, de bourrasque en bourrasque.

Fernand a beaucoup vécu. Il en a vu des vertes et des pas mûres. Il a beaucoup voyagé aussi, aux quatre coins du monde. Artiste peintre, il s’est abreuvé des plus beaux chefs-d’oeuvre du monde. Cézanne, Rothko, Albers... Pourtant, il a dit un jour que l’un de plus beaux spectacles qu’il lui ait été donné de voir en ce monde, c’est celui d’un brin d’herbe qui, attiré par la lumière, arrive à se frayer un chemin entre deux pierres.

Je sais qu’il pensait à ce moment-là à la vie, la vie plus forte que la mort, la vie qui traverse les siècles et les saisons, mais qui est si fragile aussi, qu’un rien peut effacer, jeter par terre.



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