La classe de troisième

La classe de troisième

Je n’ai jamais su son prénom. Nous l’appelions madame Lévesque. Elle fut mon institutrice en troisième année.

   Son mari était plombier. Ils habitaient juste derrière chez nous. Quand les toilettes bouchaient à la maison, ce qui arrivait souvent, et je m’en souviens chaque fois comme d’un drame, l’un de nous partait en courant chercher le «fish» de monsieur Lévesque, espèce de long serpentin qu’on enfonçait  à la manière d’un tire-bouchon dans le conduit et qui, eurêka!, finissait toujours par avoir raison de notre gros problème. Fin de la parenthèse!

   Tout ça pour enfin vous dire que j’adorais madame Lévesque et qu’elle me le rendait bien. Parfois, à la fin de la journée, quand la cloche sonnait, elle me prenait à part : «Demain matin, vous viendrez déjeuner à la maison.» C’était la joie! Je me souviens que son mari mettait des cretons sur ses toasts, beaucoup de cretons, sans doute pour mieux tenir le coup jusqu’à midi.

   Le petit déjeuner terminé, nous partions, madame Lévesque et moi, pour l’école. Cette complicité qui nous liait n’échappait pas, bien sûr, à mes camarades, ce qui me valait d’être traité de «chouchou», une moquerie, une injure dont je me défendais bien fort. Ils avaient pourtant raison: j’étais le préféré de madame Lévesque. 



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