Aux grands mots, les grands remèdes

Aux grands mots, les grands remèdes

Laurence Labat; maquillage-coiffure: Sylvy Plourde.

Terrasser l’ennemi, remporter le combat, fourbir ses armes, lutter pour la victoire... Pourquoi, dès qu’il est question de cancer, utilise-t-on depuis toujours une terminologie aussi guerrière?

Certes, cette longue maladie est une terrible épreuve, pour reprendre d’autres expressions qu’on lui associe, mais, si mon père ou Alexis, 11 ans, ont un jour «perdu la bataille», étaient-ils pour autant moins courageux ou moins déterminés? Quand cette saleté de crabe survient, tous y font face avec le même espoir fébrile et la même volonté tenace de retrouver la santé. Sur la voie de la guérison, certains sont «chanceux», comme Angèle le dit si bien, d’autres non. Mais il n’y a ni vainqueurs ni vaincus.

Par hasard, je travaillais juste après sur notre dossier psycho, aussi pour ce numéro. Une coach en transition de vie y évoque justement le vocabulaire à changer pour modifier nos façons de penser. Au lieu de voir la retraite comme un «retrait», comme une fin, si on parlait plutôt de nouveau départ? Selon les experts, cela ferait toute la différence dans notre façon d’appréhender et de vivre pleinement cette étape de l’existence...

«Aînés» n’est pas non plus le mot le mieux utilisé, mais, de ce côté, le vent pourrait peut-être tourner. Après avoir créé des kyrielles de néologismes pour désigner les jeunes générations (dont ces «milléniaux», qu’on retrouve souvent dans les journaux), les sociologues et les gourous du marketing s’intéressent maintenant de plus en plus... aux 50+! Un exemple parmi d’autres: le «ménocore», aussi appelé «ménopause chic», look très tendance chez les femmes dans la vingtaine ou la trentaine: vêtements fluides et confos dans des tons neutres, pantalons larges, tricots écrus, avec les magnifiques septuagénaires Diane Keaton ou Lauren Hutton en icônes de style!

Ce retour aux valeurs sûres et cet intérêt soudain pour les plus âgés se niche aussi dans un autre nouveau terme étonnant qui vient de surgir dans la presse: les «pérenniaux». On ne se définirait pas par sa date de naissance, semble-t-il, mais par son comportement: certains sont «vieux» à 25 ans, d’autres, «jeunes» à 80. (Fou pareil qu’il ait fallu une brassée d’analystes pour énoncer une telle évidence!) Curieux de tout, ouverts sur le monde, amateurs de voyages, soucieux de s’informer, les fameux pérenniaux se distingueraient par une même attitude face à l’existence, qu’ils aient 30 ou 60 ans, avec l’envie commune de sortir de leur zone de confort et de regarder vers l’avant. Pas mal plus valorisant d’être décrits enfin d’un autre versant! Le monde change, un mot à la fois.

Aline Pinxteren, rédactrice en chef

aline.pinxteren@lebelage.ca