Âge d’or

Bille Aline Pinxteren octobre 2016

Laurence Labat; maquillage-coiffure: Sylvy Plourde.

Et plus d’une trentaine d’internautes se sont permis le même type d’intelligentes remarques, «traumatisés» par la vision d’un sénior dans une publicité télévisée... Des plaintes et des insultes qui ont incité le journaliste et animateur à publiciser ce qui lui arrivait, pour tirer la sonnette d’alarme. 

Incroyable qu’on en soit encore là, alors que les 50 ans et plus représentent maintenant plus de la moitié des Canadiens! On a beau avoir avancé sur le front du sexisme, du racisme et de la tolérance de l’autre dans sa différence, tant en matière d’identité sexuelle que d’image corporelle, les cheveux gris, les rides et un corps vieillissant semblent toujours aussi difficiles à accepter dans notre société. Trop de tabous et de préjugés règnent encore, qu’on ait une sexualité à l’âge de la retraite, qu’on rêve encore de rencontrer l’âme sœur, qu’on continue à s’habiller comme à 40 ans ou qu’on reste sur le marché du travail... 

Professionnellement d’ailleurs, au lieu de valoriser leur grande expérience, on imagine souvent les travailleurs avec le plus d’ancienneté totalement dépassés, notamment dans les nouvelles technologies (tant sont pourtant des utilisateurs assidus des tablettes numériques ou de Facebook). Frustrant... Ainsi, des artistes comme Louise Forestier ont les pires difficultés à sortir un nouvel album parce que certains décideurs les estiment trop âgés. Quelle ironie, au moment même où nos voisins des États s’apprêtent à élire un nouveau président et «maître du monde» de 68, voire 70 ans, selon leur choix entre les deux candidats! 

De même, certaines marques de cosmétiques ou de vêtements, dont la clientèle est pourtant constituée en très large majorité de quinquas et au-delà, refusent d’annoncer dans des magazines au lectorat aussi assumé que le nôtre ou de prêter des articles à photographier pour nos pages mode (peu, heureusement!). Leur argument? «On veut rajeunir notre image.» Tous ces gens fidèles à leurs produits, à qui elles doivent pourtant une bonne partie de leur chiffre d’affaires, n’ont donc pas le droit de voir leurs nouveautés? 

Louise Forestier a pris le taureau par les cornes et lancé un disque avec France Castel et deux autres «vieux criss» (ce n’est pas moi qui le dis, ce sont elles-mêmes, en p. 10!). Nous avons fait de même en mettant ces deux superbes femmes en première page de ce numéro. Vivantes, allumées, passionnées, pleines de projets et d’humour... Qu’on ait 20 ans ou 80, on a juste envie de leur ressembler. Et il y en a tant, des personnes de 70 ans comme elles, curieuses, intéressantes, drôles et charmantes! 

Vous nous écrivez parfois que vous aimeriez voir des modèles avec quelques années de plus en couverture, et vous avez raison! La beauté vient de ce qu’on dégage, de la confiance qu’on éprouve, de la sagesse qu’on a acquise. «Vieux» ne devrait jamais être une insulte. Quand on représente une partie aussi importante de la population, il est vraiment possible de faire bouger les mentalités. D’ailleurs, Winston McQuade a créé une page Facebook pour combattre l’âgisme au quotidien dans la foulée de ce qu’il a vécu récemment. Âge d’or, le bel âge? Ça ne tient qu’à nous! 

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Aline Pinxteren, rédactrice en chef

aline.pinxteren@lebelage.ca