MADA

Longueuil. Une initiative haute en couleur!

Tout a commencé en 2014, quand la Ville de Longueuil s’est dotée d’une politique visant à faire voir aux jeunes et aux moins jeunes l’art urbain sous un angle positif. Depuis, les graffitis et les tags profanateurs s’effacent peu à peu devant des fresques et des murs thématiques colorés... et 100 % réglementaires.

En mai dernier, dans le cadre de la Semaine des aînés, les personnes du troisième âge ont pu participer à cet effort d’embellissement collectif en s’improvisant tagueurs pour une première fresque. «On trouvait important d’initier les aînés à cet art encore souvent perçu comme synonyme de vandalisme », explique Monique Bastien, conseillère municipale de la Ville de Longueuil.

C’est Josette Laplante, directrice de La Maison Le Réveil, un centre de loisirs pour aînés, qui a eu l’idée de former les UrbaînÉS, premier groupe de séniors à faire l’expérience de l’art urbain à Longueuil. «Dans le cadre de la démarche MADA, Longueuil invitait les gens de mon âge à faire part de leurs idées qui favoriseraient leur implication dans la communauté, raconte Mme Laplante. Or, je venais tout juste de participer à un tour de ville en autobus qui nous faisait voir les œuvres d’art urbain réalisées par des jeunes. Je me suis dit que ce serait le fun que les aînés puissent avoir eux aussi leur mur.»

Une oeuvre intergénérationnelle

Mais où et comment réaliser cette fresque? «Il nous était impossible d’arriver avec une canette et de dessiner n’importe où, surtout qu’on ne savait même pas comment s’y prendre!» Josette Laplante a finalement déniché l’emplacement idéal (approuvé par la Ville), soit un des murs de l’édifice de La Maison Le Réveil. Pour la conceptualisation, elle a rencontré de jeunes artistes de Dose Culture, une entreprise d’économie sociale dont l’objectif est de résoudre la problématique des graffitis illégaux et de promouvoir l’art urbain. Le thème choisi a fait l’unanimité: «On nous a proposé d’apporter une paire de chaussures significatives: derniers talons hauts utilisés, souliers ayant servi à marcher sur les chemins de Compostelle, etc.»

Le jour venu, une quinzaine de personnes dont la moyenne d’âge était de 70 ans se sont pointées pour mettre la main à la pâte. «Certaines, sous prétexte qu’elles ne savaient pas dessiner ou qu’elles n’avaient jamais participé à un tel projet, craignaient de gâcher l’œuvre. On les rassurait en leur disant: “Justement, c’est encore mieux si vous n’avez jamais fait ça! Les jeunes vont nous aider, ne vous inquiétez pas.” Et ça s’est effectivement très bien déroulé.»

Plaisir durable

Comme leur oeuvre, cette expérience restera à tout jamais gravée dans la mémoire des bombeurs amateurs. «Nous sommes tellement reconnaissants à la Ville de Longueuil de nous avoir donné la chance de nous exprimer ainsi. Jamais je n’aurais cru que je dessinerais sur des murs à mon âge vénérable!» Quand les chaussures ont pris forme sur le mur, l’émotion était palpable. «De voir les bottines du petit-enfant d’une dame ou les chaussons d’une ex-ballerine, ça nous a beaucoup touchés. En même temps, ça voulait dire que nous, les aînés, on a beaucoup marché et qu’on poursuit notre chemin, sauf qu’on le fait désormais dans des chaussures plus confortables!» Une expérience à répéter? «Assurément! Notre objectif au cours des prochaines années sera de remplir de fresques les trois autres murs de l’édifice!»

Pour voir l’oeuvre: 930, rue Saint-Jacques (visible par la rue Saint- Thomas). Plus d’infos sur les autres initiatives de la ville en faveur des aînés sur le site longueuil.quebec. BA