Maintenant, il ne restait que le plaisir à l’état pur. Décorer l’arbre choisi avec tant de soin et qui a élu domicile près du foyer, son tronc bien arrimé dans une vieille chaudière remplie de journaux mouillés. Quelques cordes ici, un support là et voici le bienheureux prêt à recevoir tous les honneurs dus à son titre de roi des forêts. À ce chapitre-là, c’était maman qui menait le jeu. D’une grande boîte défraîchie, elle tirait lumières et guirlandes, verroteries et nœuds de couleurs, boules de verre et fins glaçons de papier argenté. Même si le carton semblait presque vide, la mère de Sophie y dénichait une vieille crèche fabriquée par le grand-père André. Une antiquité! Cette fois, maman octroyait à Sophie le droit de placer les saints personnages qui, du 15 décembre au 8 janvier, éliraient domicile dans l’humble masure. Sophie poussait la crèche bien au fond, tout près du tronc de l’arbre, et vérifiait si l’espace ainsi libéré serait suffisant pour recevoir les cadeaux.
Bon, ça y est, tout semble en place pour recevoir le Père NoÑ‘l. Il ne manque que la neige. La demoiselle de la météo a pourtant bien annoncé une importante chute de neige dans la région, mais il semble que cette manne étoilée cerne délibérément la maison de Sophie.
-Il ne faut pas s’en faire, la rassure sa mamie. Je suis certaine qu’il y aura
suffisamment de neige pour que le traîneau de notre ami glisse aisément.
Enfin, les douze coups de minuit! Sophie pensait que l’horloge ne sonnerait jamais. Sans qu’on ait besoin de la réveiller, la fillette saute en bas de son lit, descend l’escalier d’un trait et se dirige vers le sapin. Miracle! On ne voit plus la crèche tant il y a de cadeaux. Et le père NoÑ‘l, où se cache-t-il? Son père prétexte que le vieil homme avait une longue route à faire et ne pouvait s’attarder. Heureusement qu’il a pris des forces avant de repartir, pense Sophie, car les biscuits sont disparus et le verre de lait est vide.
Combien d’enfants d’ici et d’ailleurs espèrent ce magicien de la nuit? Combien d’entre nous aimerait y croire encore? Comme par magie, le vieillard aux joues rouges remettrait nos vies à l’endroit et, de sa poche, il tirerait de quoi manger pour tous ceux qui ont faim. On entendrait son célèbre rire résonner dans tous les cœurs et dans son traîneau, il nous amènerait au pays de l’imaginaire.
Lina Savignac, auteure de cette nouvelle, a publié plusieurs ouvrages aux Éditions La Caboche, une maison d'édition québécoise qu'elle a fondé avec son conjoint Raymond Gallant. Les deux retraités mordus de VR nous ont d'ailleurs offert leurs récits de voyage cet hiver.