Dès le mois de novembre, Sophie s’était mise à compter les jours qui restaient avant la naissance du petit Jésus, repassant sans cesse dans sa tête les différentes étapes à franchir. Une fois la date charnière de l’Halloween passée, l’interminable mois de novembre s’était accroché à la page du calendrier, n’apportant que grisaille et ennui. Mais dès l’arrivée de décembre, plus rien n’interdisait à Sophie d’espérer le vieux barbu. Il fallait compter 25 jours avant que ne survienne l’heureux évènement. Chaque soir avant de se coucher, Sophie apposait un minuscule autocollant sur le calendrier accroché derrière la porte de sa chambre. Ainsi, elle pouvait visualiser les jours qu’il lui restait avant que son ami n’arrive. Avec l’aide de sa grand-mère, Sophie et sa petite amie, Lisette, avaient adressé une lettre au père NoÑ‘l dont la teneur se résumait en une longue énumération des jouets aperçus dans un catalogue. Comme les fillettes ne savaient pas écrire, c’était donc sous la plume de la grand-maman que le célèbre résident du Pôle Nord pourra connaître les volontés des deux complices. Heureusement que l’aïeule connaissait l’adresse du vieux bonhomme, car jamais les lettres des fillettes ne se seraient rendues au pays des rennes.
Lorsque les missives furent postées, ce fut le temps des courses. À ce jeu, les parents sortaient toujours gagnants. Ils revenaient les mains chargées de sacs. Inutile d’insister! Leur contenu demeurait secret, papa et maman refusant systématiquement de parler. À ces jours de magasinage intensif, succédèrent ceux de chuchotements, de bruits de papiers froissés auxquels s’ajoutèrent le son caractéristique du papier gommé que l’on coupe. Et dans le plus grand mystère, les parents avaient soustrait les boîtes colorées au regard de leur fille, allant même jusqu’à inventer des cachettes invraisemblables, voire loufoques, dans le but de la dissuader de fouiller.
Un beau samedi, alors qu’il faisait un froid de canard, le père de Sophie l’avait invité à venir choisir un sapin de avec lui. Un vrai arbre de NoÑ‘l qui sent bon le résineux et la forêt! Cette fois l’excitation avait monté d’un cran, car cela signifiait qu’il ne restait qu’une semaine avant la grande fête. Déçue, la fillette constate alors que la sortie sera de courte durée, car ils ne se rendaient qu’à deux coins de rue plus loin. Voici donc Sophie et son père au dépanneur du quartier, où monsieur Bigras s’était transformé en marchand d’arbres de NoÑ‘l. Et elle, qui pensait aller chercher un arbre dans la forêt, sera toutefois surprise de se retrouver devant une étendue boisée composée de sapins Baumier appuyés les uns sur les autres et emmaillotés dans un filet de plastique. Heureusement, quelques-uns avaient échappé à ce traitement contraignant et déployaient leurs branches du mieux qu’ils pouvaient. Chacun portait à sa tête un petit ruban de couleur. Seul le marchand connaissait le code régissant les minuscules bandes de plastique.