-¡Diez pesos, señor, diez pesos!
Tomassa tendaient aux touristes une main remplie de minuscules poupées qu’elle vendait un dollar.
-¡Diez pesos, señor, diez pesos!
Tôt le matin, la famille totzile prenait l’autobus qui l’amenait jusqu’à la ville afin d’y vendre sa marchandise. Seul le père de Tomassa restait dans la montagne, car il devait couper le maïs dans le champ d’un riche propriétaire terrien. L’homme était trop pauvre pour posséder la moindre parcelle de terre. Comme il aurait aimé cultiver le maïs pour sa famille!
-¡Diez pesos, señor, diez pesos!
Les gens n’usaient pas toujours de courtoisie envers Tomassa. Certains, assurés de leur bon droit de touristes, suivaient leur chemin sans prendre garde à la fillette, allant même jusqu’à la bousculer au passage. Vite, elle reculait afin d’échapper à l’inévitable collision. Pourtant, Tomassa ne leur avait offert que ses poupées. D’autres ne regardaient même pas ce que la petite tenait dans sa main, se disant en eux-mêmes: «Encore une vendeuse de pacotilles!»
- Mes poupées, de la pacotille! s’indignait Tomassa. Si vous saviez, monsieur, combien de temps il a fallu aux petites mains enfantines pour faire ce travail, vous les achèteriez deux fois plus cher que je vous les offre.
Il y avait aussi ces touristes qui craignaient que la petite indigène ne les vole. Alors, ils serraient encore plus fort leur sac sur eux, pensant que Tomassa pourrait le leur prendre.
- Mais je suis ici pour vendre mes poupées, pas pour faire main basse sur votre porte-monnaie!
Peu importe, on pensait qu’une enfant sale traînant dans les rues du matin jusqu’au soir devait nécessairement chaparder… Quoi qu’on dise, Tomassa ne se décourageait pas. Peut-être ses pieds étaient-ils poussiéreux, mais sans plus. Elle était propre!