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Nouvelle: Brindilles d'ailleurs

Les aventures de Tomassa, une petite autochtone qui vend des poupées.

Par Lina Savignac

brindilles d'ailleurs
Tomassa portait de drôles de souliers, une sorte d’entrelacement de lanières roses qui entouraient son pied d’enfant. Le rose affichait une couleur délavée et ses petites galoches avaient perdu leur apparence neuve. Il faut dire que Tomassa arpentait les trottoirs et les rues poussiéreux une grande partie de la journée.

-¡Diez pesos, señor, diez pesos!

Tomassa tendaient aux touristes une main remplie de minuscules poupées qu’elle vendait un dollar.

-¡Diez pesos, señor, diez pesos!

La vie de la petite indigène n’était pas facile. Née dans la montagne, le hameau où elle demeurait était situé loin du village. Tous les matins, Tomassa enfilait sa jupe noire faite d’épais lainage, sa blouse de satin rose brodée aux couleurs des Totziles, enroulait plusieurs fois autour de sa taille une large ceinture de laine rouge puis chaussait ses souliers roses. Dans ses cheveux, sa mère avait tressé un joli ruban de satin rouge, ce qui donnait à Tomassa l’air d’être toujours prête pour la fiesta. C’est dans un large foulard, qu’elle portait en bandoulière, que la fillette installait ses minuscules poupées.

Tôt le matin, la famille totzile prenait l’autobus qui l’amenait jusqu’à la ville afin d’y vendre sa marchandise. Seul le père de Tomassa restait dans la montagne, car il devait couper le maïs dans le champ d’un riche propriétaire terrien. L’homme était trop pauvre pour posséder la moindre parcelle de terre. Comme il aurait aimé cultiver le maïs pour sa famille!

-¡Diez pesos, señor, diez pesos!

Les gens n’usaient pas toujours de courtoisie envers Tomassa. Certains, assurés de leur bon droit de touristes, suivaient leur chemin sans prendre garde à la fillette, allant même jusqu’à la bousculer au passage. Vite, elle reculait afin d’échapper à l’inévitable collision. Pourtant, Tomassa ne leur avait offert que ses poupées. D’autres ne regardaient même pas ce que la petite tenait dans sa main, se disant en eux-mêmes: «Encore une vendeuse de pacotilles!»

- Mes poupées, de la pacotille! s’indignait Tomassa. Si vous saviez, monsieur, combien de temps il a fallu aux petites mains enfantines pour faire ce travail, vous les achèteriez deux fois plus cher que je vous les offre.

Il y avait aussi ces touristes qui craignaient que la petite indigène ne les vole. Alors, ils serraient encore plus fort leur sac sur eux, pensant que Tomassa pourrait le leur prendre.

- Mais je suis ici pour vendre mes poupées, pas pour faire main basse sur votre porte-monnaie!

Peu importe, on pensait qu’une enfant sale traînant dans les rues du matin jusqu’au soir devait nécessairement chaparder… Quoi qu’on dise, Tomassa ne se décourageait pas. Peut-être ses pieds étaient-ils poussiéreux, mais sans plus. Elle était propre!

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