Il y a neuf ans que ma mère est morte et je rêve encore à elle.
Courageuse… Ma mère avait 43 ans quand mon père est décédé subitement. Elle vouait à son homme un amour immense et une admiration sans borne. À une époque où il était exceptionnel pour une femme de se tailler une place sur le marché du travail, elle s’est retrouvée seule avec sept enfants à nourrir. Malgré sa peine, malgré son deuil, elle a fait en sorte que nous ne manquions jamais de rien. Je respecte encore son courage et sa témérité...
Belle… Je suis assise sur un parapet qui longe la rue où j’habite. Je vois venir au loin une femme habillée de la couleur du deuil. Elle marche tranquillement, le regard perdu dans ses pensées. Son travail terminé, elle rentre chez elle pour entamer la deuxième partie de sa journée. Je la regarde à son insu et je la trouve belle. Arrivée à quelques pas de moi, elle remarque ma présence et me tend la main. Je blottis ma petite menotte dans la chaleur de la main de ma mère. J’admire encore sa beauté et sa dignité...
Majestueuse… Assise près de ma mère sur un banc d'église, je caresse la manche de son manteau de fourrure qui change de couleur au gré du va-et-vient de ma main. Coiffée d'un chapeau extravagant et la tête haute, ma mère avait fière allure. Dans les dernières années de sa vie, une douce folie l’habitait. Elle aimait se déguiser toujours avec l’intention d’animer et de faire rire ses enfants et ses petits-enfants. Je m'inspire encore de son audace et de sa vivacité… Toujours en moi précieuse Ma mère… Courageuse, belle et majestueuse.
Marie Paule Lauzière, St-Bruno de Montarville