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Un mode de vie sain
Pour garder son taux de cholestérol dans les normes acceptables, le Dr Jacques Genest fils, directeur de la division de cardiologie de l’hôpital Royal Victoria, fait cinq recommandations.
- Cesser de fumer.
- Adopter une diète de bonne qualité en évitant le plus possible les gras trans et saturés. Rappelons que les gras saturés (viande rouge, produits laitiers gras, charcuteries, œufs, fruits de mer, abats) et les gras trans (pâtisseries et desserts industriels, friandises, margarines solides, aliments prêts à manger, huiles de palme et de coco, shortening) font grimper le taux de cholestérol parce que notre foie les transforme en cholestérol, tout simplement.
- Garder un poids santé.
- Faire une heure d’exercice tous les jours. «Il n’y a pas de sot exercice, précise le cardiologue; faire un marathon ou marcher, c’est pareil; ce qui importe, c’est surtout de rester vigoureux.»
- Cultiver la sérénité… «Faites non seulement face à un stress quelconque de façon appropriée, mais développez aussi tout ce qui s’appelle soutien social, soit amis et famille, ajoute le Dr Genest. Bien souvent, les femmes recherchent la compagnie, les hommes, eux, beaucoup moins, ce qui, à mon avis, pourrait leur coûter très cher à un âge avancé.»
Ces cinq recommandations ne sont-elles pas entrées dans toutes les têtes puisqu’on les répète partout depuis 15 ans ? «Il n’y a encore rien d’acquis…», soutient le spécialiste.
Il faut aussi le dire : si le mode de vie peut réduire le taux de cholestérol et faire augmenter le taux de bon cholestérol (HDL), le gain ne peut toutefois être que modeste. Pourquoi ? Parce que notre corps fabrique lui-même son indispensable cholestérol. Notre foie produit à peu près les trois quarts du cholestérol que l’on a dans le sang, tandis que les aliments fournissent le dernier quart. C’est essentiellement sur ce dernier quart que l’alimentation et le mode de vie en général peuvent agir. N’empêche ! Un gain sur ce dernier quart fait parfois la différence entre un taux élevé et un taux normal, entre la prédominance de bon ou de mauvais cholestérol !
Cinq familles de médicaments régularisent le taux de cholestérol : résines, niacine à fortes doses, fibrates, ezetimibe et statines. Cette dernière famille constitue de nos jours la principale, et de loin. Les statines limitent le foie dans ses ambitions de produire du cholestérol. «En chiffres, elles réduisent le mauvais cholestérol de 25 % à 50 %, augmentent le bon de 5 % à 10 % et font baisser le taux total», précise le Dr Genest. Le cholestérol étant associé à la santé des membranes cellulaires, il n’est pas étonnant que les statines agissent aussi sur d’autres maladies. C’est ce que les scientifiques pensent être en train de découvrir ces années-ci.
En tirant des conclusions «secondaires» aux études portant sur les statines, ils estiment qu’elles pourraient aussi traiter l’ostéoporose. En plus de ralentir la destruction du tissu osseux, elles en hâteraient la reconstruction. Chez les diabétiques, les statines réduiraient le risque d’infarctus et de complications touchant les yeux et les reins. Dans la maladie d’Alzheimer, elles réduiraient un marqueur sanguin associé au cholestérol cérébral, lequel est présent en même temps que les plaques caractéristiques de la maladie.
Les statines diminueraient l’action de gènes impliqués dans le développement de quelques cancers et freineraient la croissance des vaisseaux sanguins que les tumeurs utilisent pour s’alimenter. «On s’est maintes fois trompé en mettant trop de poids sur ces études secondaires, mais elles peuvent servir d’hypothèses de travail pour d’autres études, certes encourageantes, et encore à venir», tient à préciser Jacques Genest.
Ce sont potentiellement de bonnes nouvelles puisque les statines sont beaucoup prescrites et plutôt bien tolérées. Un effet secondaire, quoique rare, doit être surveillé : les myopathies. «Quand on constate l’apparition de douleurs musculaires, on change de statine, explique la pharmacienne montréalaise Tinh-Man Luong, ce qui règle généralement le problème. Et pour tenir ces douleurs à l’écart, on évitera le jus de pamplemousse.»
Il arrive qu’apparaisse une myosite, c’est-à-dire une douleur musculaire doublée d’une augmentation des enzymes hépatiques. Cela invite à la prudence. Au dernier degré, la rhabdomyolise, ou rupture musculaire, on ne lésine plus : il faut stopper les statines. «Le risque de développer ces maladies augmente avec la dose, précise la pharmacienne. Les médecins prescrivent rarement la dose maximale; ils préfèrent ajouter un deuxième produit pour obtenir un effet complémentaire.»
Les taux recommandés
Vous pouvez demander à votre médecin de vous montrer votre bilan lipidique. Pour la population en général, on recommande :
| Cholestérol total | moins de 5,2 mmol/l |
| HDL | plus de 0,9 mmol/l |
| LDL | moins de 3,4 mmol/l |
| Cholestérol total divisé par HDL | moins de 4,5 |
| Cholestérol LDL divisé par HDL | moins de 5 |
De façon générale, on tente de contrôler le cholestérol d’une personne en réduisant son taux de mauvais cholestérol (LDL), puisque c’est celui qui adhère aux veines, tandis que le bon (HDL) les nettoie.
Le Dr Genest se demande s’il ne faudrait pas plutôt chercher à augmenter le cholestérol HDL pour mieux combattre les maladies du cœur. «La plupart des patients ont des taux faibles de HDL en raison de leurs mauvaises habitudes de vie», déplore-t-il. Selon lui, le HDL joue d’importants rôles biologiques. Il enlève le mauvais cholestérol (LDL) de la paroi des artères, prévient l’inflammation des artères, leur oxydation, la formation de caillots (thrombose) et leur permet enfin de se dilater.
Mais il faut d’abord savoir qui fait quoi. «Il y a environ 66 différentes protéines qui transportent le HDL dans le sang, chacune ayant des fonctions très spécialisées», résume le cardiologue, qui cherche actuellement à identifier l’action de chacune de ces protéines à HDL. L’autre difficulté se trouve dans notre sang : chacun de nous possède une combinaison différente de ces protéines.
C’est pourquoi les chercheurs tentent simultanément d’inventer des marqueurs sanguins capables de distinguer lesquelles nous avons. À la suite de tests plus spécifiques, qui distingueraient non seulement notre taux de cholestérol HDL mais aussi les protéines que nous hébergeons pour le transporter, les médicaments de demain cibleront mieux encore ce dont nous avons besoin pour brider le cholestérol.
Les scientifiques tentent déjà des expériences. Par exemple, on a découvert par hasard que les membres d’une famille italienne de Limone sul Garda, près de Milan, vivaient très vieux, même avec un très faible taux de cholestérol HDL. En l’analysant de près, des chercheurs ont découvert qu’ils portaient un HDL génétiquement muté. Avec un seul petit acide aminé de différence, ce super-HDL est selon toute vraisemblance plus efficace que le HDL régulier pour nettoyer les artères !
Des scientifiques l’ont reproduit, puis injecté à 57 patients ayant les veines obstruées. Ils ont aussi injecté un placebo à un deuxième groupe de patients. En très peu de temps, l’épaisseur des plaques de graisse du premier groupe a beaucoup diminué, tandis que celles du groupe placebo n’a subi aucun changement. Cette étude préliminaire de «faisabilité» a été publiée dans le Journal of the American Medical Association en 2004.
Mais tout n’est peut-être pas si simple. «Sur une petite île du Japon, on a découvert une autre mutation produisant un HDL très élevé, sauf que ce dernier ne semble pas prolonger la vie de ceux qui l’ont, explique le Dr Genest. C’est un paradoxe : on a une mutation italienne qui allonge la vie avec un taux très faible de HDL, une autre, japonaise, qui ne la prolonge pas avec un haut taux de HDL. Ce qui prouve que nous n’avons pas encore résolu la complexité des HDL sur le plan scientifique…»
Quand vérifier
La Fondation des maladies du cœur du Canada incite à faire vérifier son taux de cholestérol si :
- vous êtes un homme de plus de 40 ans ou une femme ménopausée de plus de 50 ans;
- vous souffrez de maladie du cœur, de diabète, d’hypertension artérielle ou d’AVC;
- votre tour de taille dépasse 40 po (100 cm) pour les hommes et 35 po (88 cm) pour les femmes;
- vous avez des antécédents familiaux de maladies du cœur ou d’AVC.
Tout sur le cholestérol
Si les termes comme LDL (mauvais) et HDL (bon) cholestérol, ratio de cholestérol, triglycérides et tutti quanti restent obscurs pour vous, visitez le www.apprenezvotreratio.ca
Ce nouveau site Internet s’avère une impressionnante source d’informations sur le cholestérol. Il renseigne notamment sur le principal indicateur de risque de maladie cardiaque à long terme : le ratio, soit le cholestérol total divisé par le HDL. Par ailleurs, le site foisonne de conseils sur la santé cardiaque, l’alimentation, l’activité physique et la motivation au changement. On y trouve également des outils pour calculer son risque et les questions à poser au médecin. Bref, un véritable condensé de connaissances et de conseils sur le cholestérol.