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Bel Âge. Si l’on se fie aux données, faire passer une entreprise familiale des mains du fondateur à celles de ses enfants semble rempli d’embûches. Comment expliquez-vous ce haut taux de disparition ?
Guy Lefebvre. Presque toutes les entreprises créées au Québec sont familiales par la force des choses, je dirais. Par exemple, si vous ouvrez un dépanneur et que vous êtes seul à l’exploiter, ce sera considéré comme une entreprise familiale. Comme on le sait, beaucoup d’entreprises ferment leurs portes au cours des premières années d’activité. Il est donc normal que celles dites «familiales» soient fortement représentées dans ce groupe.
B.Â. Ce serait donc un problème de perception ?
G.L. Ce que je dis, c’est que l’aspect familial n’explique qu’en partie le taux de disparition. Ce n’est pas exclusif. L’incapacité à affronter la concurrence, notamment, est une cause majeure de vente ou de fermeture d’entreprises.
B.Â. Qu’est-ce qui motive un entrepreneur à transmettre sa société à ses enfants ?
G.L. Plusieurs facteurs expliquent cette motivation. Au cours de l’une de mes conférences, une personne m’a dit que la satisfaction de transmettre à ses enfants l’entreprise qu’elle a elle-même bâtie était aussi grande que les succès qu’elle lui a permis de connaître. D’autres sont inspirées par la volonté de conserver une affaire lucrative au sein de la famille. Certains entrepreneurs, enfin, sentent qu’ils ont une responsabilité sociale vis-à-vis de leurs employés, de leurs fournisseurs et de leurs clients. En gardant l’entreprise dans le giron familial, ils espèrent que ces liens resteront intacts. Les motifs qui poussent le fondateur à passer le flambeau à ses enfants sont les mêmes que ceux qui l’ont incité à ne pas vendre sa société au cours des années.